Les amours mal-aimées des religions

Les religions sont-elles incompatibles avec l’amour homosexuel? Certaines se montrent-elles plus ouvertes que d’autres? Petit tour de la question.

Photo: Jeff Smith / Getty Images
Les religions d’Extrême-Orient, sans être homophiles, font preuve de plus d’ouverture d’esprit que les religions monothéistes. (Photo: Jeff Smith/Getty Images)

La religion encourage-t-elle l’homophobie et la haine de soi? La tuerie dans un bar LGBT d’Orlando, au printemps, a remis le sujet à l’ordre du jour. Pourquoi un Américain d’origine afghane comme Omar Mateen, qui tenait des propos homophobes mais fréquentait des bars gais, passe-t-il à l’acte, tuant 49 personnes et en blessant 53 autres au nom de Dieu? Les religions sont souvent belliqueuses et intransigeantes — parfois tolérantes — à l’égard de l’amour homosexuel. Les deux sont-ils incompatibles? La rédactrice en chef du Monde des religions, Virginie Larousse, répond aux questions de notre journaliste.


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La Bible, le Coran et la Torah, textes sacrés des trois grandes religions dites «du Livre», parlent-ils expressément d’homosexualité?

Ces textes ne mentionnent pas le terme «homosexualité», puisqu’il a été inventé après leur écriture. En revanche, il y est clairement question d’actes homosexuels, toujours condamnés par l’idée que cette pratique va à l’encontre de la procréation et du projet divin: c’est donc faire injure à Dieu que d’être homosexuel.

L’exemple le plus fameux est l’épisode de Sodome et Gomorrhe, cité dans la Bible, puis repris par le Coran. Dieu, furieux que les hommes de Sodome aient voulu violer [NDLR: «sodomiser» dérive du nom de la ville de Sodome] deux visiteurs, décide de détruire la ville et sa voisine, Gomorrhe. On peut voir en cette histoire le signe que l’acte homosexuel est condamné et entraîne la destruction.

Par ailleurs, la Torah dit que si un homme couche avec un homme comme il couche avec une femme, il sera condamné à mort, car cela est une abomination.

Virginie Larousse, rédactrice en chef du Monde des religions. (Photo: Sandrine Expilly)
Virginie Larousse, rédactrice en chef du Monde des religions. (Photo: Sandrine Expilly)

Les interprétations de ces textes sacrés ont-elles aussi joué un rôle dans la construction de l’homophobie?

Il y a toujours une distorsion entre un texte sacré et les conclusions qu’en tirent les croyants. Par exemple, le Coran condamne fermement l’homosexualité, mais ne parle pas de châtiments: c’est la charia qui, au fil des siècles, a prévu tout un tas de dispositifs particulièrement cruels pour punir les homosexuels. Ces interprétations ont rendu la situation des homosexuels dangereuse dans certains pays où l’islam est religion d’État.

Contrairement au Coran, la Bible dit explicitement que l’acte homosexuel doit être puni de mort. Pourtant, ces châtiments ne sont plus appliqués dans le christianisme et le judaïsme, sauf exception, comme en Ouganda, où les chrétiens se sont alliés aux musulmans pour persécuter les homosexuels.

L’islam n’est donc pas aussi intolérant envers l’homosexualité que certains courants extrémistes actuels le prétendent?

Comme toutes les traditions religieuses, l’islam a connu différentes périodes et on ne peut pas faire de généralités. Des courants progressistes et obscurantistes se sont succédé au pouvoir, ce qui a donné lieu à des périodes de désintérêt total pour la question homosexuelle et d’autres beaucoup plus violentes. À l’heure actuelle, le sujet est délicat parce que l’islam est traversé par de puissants courants obscurantistes et rétrogrades, comme le wahhabisme et le salafisme. Cette situation donne l’impression que les idées reculent, mais il faut beaucoup nuancer en fonction des zones géographiques: on parle surtout des pays où l’islam est religion d’État, car évidemment, la majorité des musulmans en Occident ne jettent pas l’anathème sur les homosexuels. En France, il y a même un imam qui accepte de marier des homosexuels!

La religion peut-elle servir d’argument homophobe?

Sans aucun doute. La religion est constamment instrumentalisée et c’est encore plus marquant depuis quatre ans avec les nombreux débats sur le mariage gai, la laïcité, le voile, le burkini… Les candidats politiques utilisent la religion pour émouvoir l’électorat, ils jouent sur cette corde sensible et intime. On l’a d’ailleurs vu en France en 2013, lors du débat sur le mariage homosexuel: il y a eu des tentatives évidentes de récupération politique, et juifs, chrétiens et musulmans pratiquants se sont mis à l’unisson contre l’union des homosexuels.


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Existe-t-il des religions ouvertes à l’homosexualité?

Les religions d’Extrême-Orient, sans être homophiles, font preuve de plus d’ouverture d’esprit que les religions monothéistes. Selon le shintoïsme, par exemple, tout ce qui s’exprime dans la nature est une réalité et doit donc être accepté. Le taoïsme approuve un rapport homosexuel qui pourrait permettre d’équilibrer le flux d’énergie d’un homme qui aurait trop d’énergie féminine (yin) et un manque d’énergie masculine (yang).

On aurait tendance à penser que l’hindouisme est très ouvert en raison du fameux Kamasutra et de ses positions homosexuelles. Mais si l’acte homosexuel en lui-même n’est pas condamné, il y a quand même l’idée qu’il est contre nature et ne rend pas hommage à la création. Enfin, le bouddhisme ne condamne pas spécialement l’homosexualité, mais plutôt la sexualité en général, car il considère que tout ce qui alimente le désir chez l’être humain provoque de la souffrance; les homosexuels sont donc appelés à être le plus indifférents possible à la sexualité, mais au même titre que les hétérosexuels.

Croyez-vous qu’il y aurait moins de tueries comme celle d’Orlando si les religions étaient plus tolérantes?

Les textes sacrés condamnant l’homosexualité accordent, d’une certaine façon, un «permis de tuer» implicite à des personnes qui cherchent à justifier leurs pulsions violentes. Réformer la lecture de ces textes permettrait de délégitimer leurs actes, même si cela ne résoudrait pas le problème de la violence elle-même, qui reste intrinsèque à l’être humain.

Aujourd’hui, plusieurs courants religieux, en particulier au sein du christianisme et du judaïsme, se sont lancés dans ce travail avec succès: les homosexuels y sont moins discriminés que par le passé. Il y aura toujours des minorités homophobes, d’autant plus visibles qu’elles se manifestent souvent bruyamment, mais elles ne sont plus représentatives de la majorité, qui s’en va tranquillement vers une plus grande acceptation de la cause homosexuelle.

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3 commentaires
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Anatomiquement, physiologiquement, psychologiquement, un homme n’est pas fait pour avoir des relations sexuelles avec un autre homme. Même chose pour les femmes. La Bible a raison de dire qu’il s’agit là d’une ABOMINATION ! Je suis complètement contre l’homosexualité mais jamais je ne persécuterais un homosexuel ou une lesbienne. Il suffit pour moi qu’ils sachent que je ne suis guère d’accord avec leur « tendance » qui, comme toutes les autres, est « soignable » à mon avis. Voilà…

Monsieur le docteur, vous démontrez une totale ignorance de ce qu’est l’homosexualité, qui n’est pas un choix mais une orientation naturelle pour une minorité d’êtres humains, comme pour une minorité d’animaux d’ailleurs. Cela existe dans la nature, tout simplement. Il a été démontré que cet état de vie n’est pas « soignable » puisque ce n’est pas une maladie.

Pourquoi nous soumettre à de tels conneries. » On peut voir en cette histoire (de Sodome et Gomorrhe) le signe que l’acte homosexuel est condamné et entraîne la destruction. » Cette histoire est une histoire de viol. Quand on remplace le terme viol par le terme homosexualité, on perd tout semblant de crédibilité pour ne pas dire d’intelligence.