Les années folles

Au diable les chaises berçantes ! La vieillesse, c’est pour les autres.


(Photo de Marie-Reine Mattera)

Simply the Best ! Le 8 décembre, l’indomptable Tina Turner montera sur la scène du Centre Bell, à Montréal. Gageons que, bien plantée sur ses jambes interminables, juchée sur des talons vertigineux, elle fera frétiller la foule avec ses chorégraphies endiablées. Raison de plus de fêter : elle aura soufflé 69 bougies quelques jours plus tôt !

D’accord, le miracle de Hollywood et la chirurgie esthétique. Un fait demeure : on n’a plus les 69 ans qu’on avait !
La courbe du vieillissement se déplace, observe Hubert de Ravinel, professeur de gérontologie à la retraite, qui a publié six essais sur le vieillissement. « Une femme qui a 70 ans aujourd’hui en ferait environ 45 si on la replaçait dans le Québec des années 1950. »

D’abord, on vit plus longtemps. Quand l’âge de la retraite a été fixé à 65 ans, après la Deuxième Guerre mondiale, les gens mouraient à 66 ans en moyenne. L’espérance de vie des femmes atteint aujourd’hui 83 ans (78 pour les hommes). On vit aussi en meilleure santé. « Les femmes, tout particulièrement, surveillent leur alimentation et font de l’exercice », note le Dr Judes Poirier, directeur du Centre McGill d’études sur le vieillissement.

Christine St-Pierre, ministre de la Culture, des Communications et de la Condition féminine, a fêté ses 55 ans en juin dernier. « Quand je regarde une photo de ma mère au même âge, je remarque qu’elle fait beaucoup plus vieux que moi ! Peut-être parce qu’elle avait eu six grossesses et qu’elle était plus fatiguée. Elle fumait, aussi. » La ministre, pour sa part, n’a pas eu d’enfant.

C’est aussi une question d’état d’esprit. « Quand je suis arrivée à la ménopause, poursuit la ministre, je n’ai pas vu ça comme un coup de vieux, mais plutôt comme l’évolution normale de la vie. » Les baby-boomers ont généralement la même attitude, selon elle, alors qu’autrefois on percevait la ménopause comme la fin de la jeunesse.

Aujourd’hui, les retraitées s’impliquent dans la communauté, au sein de leur famille, continuent à travailler à temps partiel ou à faire du bénévolat, font du sport ou poursuivent leurs études. « Quand on recrute des volontaires pour nos recherches sur le vieillissement, les femmes de plus de 65 ans sont toujours étonnées d’avoir été choisies », raconte Michèle Charpentier, professeure à l’UQAM, qui s’intéresse au vieillissement des femmes. « Elles ne se considèrent pas comme vieilles ! »
L’espérance de vie et la santé vont généralement de pair avec le milieu socioéconomique dont on est issu. Au Québec, le tiers des femmes seules de 65 ans et plus vivent dans la pauvreté. Pas étonnant qu’une grande proportion des répondantes à notre sondage disent qu’elles aimeraient être autonomes à 80 ans. « Je le vois même chez les gens à l’aise de 50-60 ans qui accompagnent leurs parents à ma clinique, dit le Dr Poirier. Ils craignent de ne pas pouvoir se payer les services requis quand ils en auront besoin. En fait, ils craignent que le système de santé ne soit plus malade qu’eux. »