Les apôtres du djihad 3.0

Les djihadistes de l’État islamique manient les réseaux sociaux (comme Twitter) aussi bien que les armes. Leurs appels à la violence s’y propagent à la vitesse de l’éclair, sous le nez d’États impuissants, explique un ancien agent de la CIA.

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Photo : extraite de YouTube

L’État islamique est l’un des premiers groupes terroristes dont les combattants ont grandi avec Internet. Ils ont élaboré des stratégies sans précédent sur les réseaux sociaux, en particulier sur Twitter, explique Patrick M. Skinner, expert en mesures antiterroristes et ex-agent de la CIA. Détail des opérations.

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Dans quel but le groupe État islamique (EI) et les djihadistes ont-ils recours aux réseaux sociaux ?

C’est une manière de diffuser leur message qui comporte très peu de risques et ne coûte presque rien. Ils n’ont pas besoin de produire des magazines ou de publier des communiqués de presse, car les médias sociaux leur permettent de faire appel à des sympathisants qui effectuent le travail de communication à leur place. C’est un peu comme la méthode de l’arrosage en publicité. Dans les faits, on n’atteindra qu’une poignée de personnes qui relaieront le message. Mais vu le coût quasi nul de l’opération, c’est un succès énorme.

C’est donc un outil de propagande et non de recrutement ?

Ça peut l’être. Les djihadistes diffusent leur message à une très large audience. Mais si une personne démontre un intérêt soutenu, ils la cibleront de plus près. Sur Twitter, par exemple, ils lui enverront des messages privés. Ce n’est pas du recrutement pur et dur, mais c’est certainement une façon de repérer un partisan qui pourra possiblement rallier leurs rangs.

Quels sont leurs réseaux de prédilection et comment les utilisent-ils ?

Il y a quelques mois, les djihadistes utilisaient YouTube. [NDLR: C’est sur ce réseau que l’EI a publié la décapitation du journaliste américain James Foley, en août 2014.] Depuis, ils ont modifié leur stratégie, car la diffusion sur cette plateforme comporte des restrictions: si vous violez les conditions d’utilisation, votre vidéo sera supprimée. Twitter leur permet d’agir plus discrètement, mais tout aussi efficacement. Par exemple, ils ont recours à des sites de partage de fichiers, tel JustPaste.it. Ils téléversent un film ou des images sur le Web au moyen de cet outil, semblable à DropBox, avant de diffuser le lien de la page sur Twitter. Comme le contenu de ces pages n’est jamais surveillé, il passe sous le radar. Et les sympathisants des djihadistes sur Twitter partageront l’information, notamment au moyen de «bombes».

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Patrick M. Skinner

Qu’est-ce qu’une «bombe Twitter» ?

C’est une stratégie de détournement d’un mot-clic. Les djihadistes repèrent les mots-clics les plus populaires et les intègrent à leurs publications. Par exemple, vous pouvez suivre un fil de publications comportant le mot-clic #JeSuisCharlie et vous retrouver avec des messages de propagande de l’EI. C’est une stratégie impossible à bloquer.

Qui sont les cibles des djihadistes sur les réseaux sociaux ?

De jeunes hommes de 14 à 25 ans troublés, désabusés ou esseulés. Le message est parfaitement adapté à ce type de profil, peu importe l’origine. Par nature, les adolescents se rebellent contre l’autorité et cherchent un sens à leur vie. Avec ses messages en 140 caractères et un lien, Twitter est l’outil idéal pour les atteindre, parce que c’est un excellent vecteur de messages hargneux. Malheureusement, c’est une stratégie efficace, car les djihadistes transmettent à quelques-uns de ces jeunes l’élan nécessaire pour verser du côté des extrémismes religieux.

Qui supervise cette stratégie ?

Abou Amr al Shami, un Saoudien d’origine syrienne né en 1979. C’est l’ancien leader des combattants de l’EI dans la région d’Alep. C’est aussi une figure prédominante du Conseil de la choura [conseil de sages]. Nous savons qu’il dirige une armée de blogueurs, de rédacteurs, de recherchistes qui scrutent Internet et les réseaux sociaux et diffusent des messages, des images et des vidéos. Nous avons estimé que de 6 000 à 12 000 comptes Twitter appartiennent à des sympathisants de l’EI. La plupart ne sont pas des combattants djihadistes ou des membres de l’EI, mais leur action est tout aussi nocive, car ils sont souvent anonymes sur le Web, ils ne contreviennent pas à la loi et sont difficiles à repérer.

Qui sont ces sympathisants ?

Ils habitent aux quatre coins de la planète, mais un bon nombre est concentré dans la péninsule arabique et en Afrique du Nord. Nous avons passé pas mal de temps à analyser les comptes Twitter des sympathisants s’exprimant en anglais et avons constaté qu’ils interagissaient beaucoup entre eux, mais peu avec le reste du monde. Un peu comme s’ils évoluaient dans des cercles à part. Beaucoup de ces enfants ont tout simplement l’impression d’être dans un jeu vidéo…

La décentralisation du message est donc un facteur clé du succès de l’EI.

D’une certaine façon, l’EI a confié à l’extérieur la diffusion de sa propagande. C’est un phénomène nouveau dans l’univers du terrorisme. Et il est redoutable, car on ne peut pas en venir à bout.

Pourquoi Twitter ne supprime-t-il pas les comptes des sympathisants ?

Dès que Twitter ferme un compte, le titulaire de celui-ci en ouvre un nouveau sous un autre pseudonyme. Il rapatrie sa liste de contacts et envoie des messages les prévenant du changement. Par ailleurs, les sympathisants des djihadistes sont tellement nombreux que la fermeture d’une poignée de comptes ne suffit pas à inverser la tendance. Le problème n’est pas le média, mais le message.

Comment contrer ou limiter l’influence des djihadistes ?

Il faut probablement une interaction accrue entre les jeunes et leur collectivité. Au lieu de chercher à modifier le message répandu dans les réseaux sociaux, nous devrions trouver des façons de changer la réalité. Peut-être les États devraient-ils investir davantage dans les programmes sociaux, favoriser l’emploi et l’accès à l’éducation, s’attaquer aux problèmes de santé mentale et de pauvreté. Malheureusement, nous, les Occidentaux, sommes très mauvais en ce domaine. À l’évidence, nous ne trouverons pas facilement de façons de réduire la portée du message djihadiste.

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Patrick M. Skinner est directeur des programmes spéciaux pour le Soufan Group, une organisation spécialisée dans la lutte contre le terrorisme. Ancien agent de la CIA spécialisé dans les enjeux de contre-terrorisme, il a également travaillé au sein de l’agence fédérale chargée de la sécurité à bord des avions de ligne (US Air Marshall), de la police du Capitole des États-Unis et de la Garde côtière américaine.

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On connait les meneurs, on sait où ils sont, ce qu’ils prêchent,où ils veulent en venir, il y en a encore qui pense qu’il n’y a pas encore de danger, faut être complètement aveugle.
Les gouvernements, les connaissent et savent très bien leur but, mais ne bougent pas, car ils vont perdre des votes. Administration de molasse, que vont penser vos enfants de vous, j’aime autant ne pas le dire.
Un petit problème et nos dirigeants, il ne faut pas agir trop vite, car on peut les blesser, les stigmatiser. À regarder les décapitations qu’ils font, peut-on dire que ce sont des êtres humains. Je sais que ce n’est qu’une poignée de musulmans qui agissent ainsi.

Twitter et les autres devraient être tenus légalement d’empêcher toute propagande haineuse avant sa parution.
Avec ce que nous vivons actuellement je pense que les djadistes doivent être maintenus dans leurs propres pays et ne pas chercher à lever des troupes comme ils le font à nos dépens.

Notre ennemi utilise les mêmes moyens que nous pour faire sa propagande et il estime que ce qui est bon pour nous doit l’être pour lui ( nous partons du principe que nous avons tous les droit et lui aucun…..)
Je crois que le vrai problème vient de nous qui avons facilité cette propagande car les moteurs qui sont utilisés vient de notre conception du nouveau monde que nous essayons de créer ( avec nous au gouvernail).
On a commencé par les films de violence où le héros utilise toutes sortes d’armes pour tuer tout le monde et s’en sortir indemne jusqu’aux jeux vidéos de plus en plus violents et destructeurs ( surtout de la cervelle de nos enfants qui passent leurs temps devant des écrans a vouloir tuer tout ce passe devant leurs armes fictives.)
Alors prenons tous les jeunes qui ont grandis dans ce concept et qui vivent mal leur jeunesse a cause de ce que nous faisons subir a leur communauté dans nos pays, ou dans les leurs :

— voir la Libye ou les gens vivaient relativement tranquille avant notre intervention en vue de leur voler leur pétrole : des centaines de milliers de mort( et ça continue )
–voir l’Irak ou nous avons tout fait pour détruire le pays sous des accusations farfelues d’armes de destruction massives
alors que notre but était et est toujours de nous approprier leur pétrole et leur gaz 🙁 plus de 2 millions de morts et 5 millions de réfugiés et ça continue…)
–voir la Syrie ou, après avoir découvert qu’il y avait des réserves énormes de gaz , nous avons déclenché la machine de guerre en vue de changer le gouvernement réfractaire a nos vue sur l’avenir de son pays et mettre nos marionnettes a la place : résultat : des centaines de milliers de morts, des millions de réfugiés et un pays complètement détruit ( et ça continue )
–voir le Soudan , un pays dont la terre pourrait nourrir presque toute l’Afrique mais qui a malheureusement un sous-sol plein de pétrole et de minéraux de très grande valeur pour nous. Allez! on fait le nécessaire pour le partager en plusieurs morceaux afin de l’avaler plus facilement ( et les tueries continuent jusqu’a présent …)

On pourrait continuer cette liste indéfiniment mais cela ne nous mènerait qu’a la conclusion que notre soif de pouvoir et de richesse nous empêchera toujours de voir plus loin que le moment présent ou nous nous estimons tellement forts que nous pouvons nous accorder droit de vie et de mort sur toute la planète.

Toute cette jeunesse issue des guerres que nous menons et élevée avec l’idée que le droit n’existe pas ,que les lois ne protègent que les riches et qu’il suffit d’avoir une arme en main pour réussir a obtenir tout ce qu’on désire ( c’est ce que nous leur avons enseigné par nos actes ) est prête a se retourner contre nous autres .

Enfin, que peut faire , par exemple, un père pour expliquer a son fils qu’il doit être raisonnable après que sa soeur ait été humiliée ou pire a cause du vêtement qu’elle porte ou d’une parole qu’elle a dite devant tout le monde.
Ce père croit en notre constitution et aux lois de notre pays pour protéger sa fille mais son fils ne voit que les messages de haine contre sa communauté musulmane, juive , chrétienne , sikh, homo ou autre.

Quels choix lui laissons-nous?

il est prêt a la violence que nous avons instillé en lui ( contre lui même ou contre les autres)
Il se fiche complètement sous quelle bannière il va commettre ses actes futurs, religieux ou non , il est prêt a faire n’importe quoi pour se venger de ceux qu’il croit responsables de ce qu’il ressent.
Il se transforme en monstre aveugle.

Et c’est nous qui qui avons fabriqué ce monstre!

Aurons-nous , un jour, le courage de voir notre propre responsabilité dans ce qui arrive ou resterons nous les yeux fermés pour toujours en disant que c’est la faute des autres?

Je n’en sais rien…..