Les cabossés de 2012

L’alliage dont doivent être faits les candidats aux présidentielles américaines et françaises a-t-il encore quelque chose d’humain ?

Les cabossés de 2012
Photo : Presse Canadienne

On peut se le demander, à voir la férocité des premiers assauts de ces campagnes électorales, qui culmineront en mai en France, en novembre aux États-Unis.

Le président américain, Barack Obama, candidat démocrate, dit lui-même que sa « carrosserie est un peu cabossée ».

Le grand homme au regard rieur, dont la jeunesse ravissait les foules il y a trois ans à peine, a désormais des poches sous les yeux, les cheveux gris, la démarche moins bondissante. Et sa machine électorale vient à peine de se mettre en branle. Imaginez en novembre ! Son horaire de travail d’ici là sera meurtrier : rencontres interminables, déplacements nombreux, manque de sommeil.

Ce n’est pas d’hier que les aspirants aux plus hautes fonctions doivent avoir des capacités physiques et mentales hors normes, mais l’instantanéité des médias d’aujourd’hui (Internet, Twitter, les chaînes d’information continue) pousse à leurs extrêmes limites des stratégies de communication qui contraignaient déjà sérieusement le discours, l’apparence et l’horaire des candidats. Jusqu’où ira-t-on ? Les élus existeront-ils vraiment ou seront-ils une image construite pour plaire ?

En France, en prévision de la campagne présidentielle, le candidat socialiste François Hollande a perdu de 10 à 15 kilos (selon les sources), ne mange plus de fromage, ne boit plus de vin, car, dit-il, s’il redevient « gros et mou », les gens ne voteront pas pour lui. Un chef d’État doit être un homme actif. Ou du moins en avoir l’air.

Le président actuel, Nicolas Sarkozy, fait du footing, du vélo, mange léger lui aussi et ne boit pas d’alcool. Il se maquille à chacune de ses sorties et « se fait stimuler au laser le collagène naturel », rapporte le magazine Le Point. On est bien loin d’un René Lévesque agitant sa cigarette ou d’un Jacques Parizeau à qui l’embonpoint donnait, disait-on, un air d’autorité ! Il y a longtemps que la tyrannie de l’image s’applique aux femmes. Voilà qu’elle contraint aussi les hommes.

Comment faire dominer les idées dans cet univers hypermédiatisé, où trop d’électeurs se préoccupent plus du tour de taille que du courage, de la vision et de l’éthique des candidats ? À l’heure où l’économie mondiale flirte avec le marasme, on aurait pourtant bien besoin que ces deux campagnes électorales soient riches d’espoir et de projets porteurs.

Les deux présidents sortants doivent convaincre l’électorat qu’ils peuvent faire demain ce qu’ils n’ont pas réussi à faire hier : résorber le chômage, redonner confiance aux travailleurs. Les deux pays ont perdu leur triple A de l’agence de notation Standard & Poor’s au cours des six derniers mois. Le défi économique est au cœur des inquiétudes nationales.

Le président Obama – que plus d’un Américain sur deux disait en janvier ne pas vouloir réélire – est avantagé par la faiblesse de l’opposition républicaine. Le président Sarkozy pourrait ne pas faire le second tour, si on en croit les sondages. Mais il est bien tôt pour enterrer un politicien aussi surprenant que lui.

Les Québécois ont intérêt à suivre de près ces scrutins, vu les liens étroits, autant économiques que culturels, qui les unissent à ces deux grands pays. Pour mieux suivre ces campagnes, L’actualité a rouvert son blogue Spécial États-Unis et proposera au cours des prochains numéros plusieurs reportages liés à l’une ou à l’autre. Les rebondissements n’y manqueront pas.

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