Les campagnes débarquent en ville !

La rencontre Ruralia, à Montréal, témoignera du chemin parcouru depuis les premiers États généraux du monde rural, il y a 20 ans. Et on y parlera d’avenir !

Les campagnes débarquent en ville !
C. Bolduc (photo : D.R.)

Claire Bolduc se souvient comme si c’était hier d’une journée de février 1991, où la campagne était venue se faire voir en ville. À cette occasion, 1 200 « ru­raux » étaient des­cendus à l’hôtel Reine Elizabeth, à Montréal. « On était venus crier notre droit d’exister », raconte l’agronome de 53 ans, qui habite Ville-Marie, en Abitibi-Témiscamingue.

À l’époque, les fermes familiales tombaient comme des mouches. Dans les villages, les commerces déclaraient faillite et on mettait la clé sous la porte des écoles.

Lire le dossier « Campagnes : la contre-attaque ! » >>

La tenue des États généraux du monde rural a servi d’électrochoc. Peu de temps après la rencontre de Montréal naissait Solidarité rurale, mandatée pour épauler la revitalisation des petites localités. L’organisation a tenu des consultations publiques dans toutes les régions et s’est démenée pour faire adopter la Politique nationale de la ruralité 2002-2007, dotée d’une enveloppe de 90 millions de dollars. La seconde politique, qui couvre les années 2007-2014, est assortie d’un budget de 280 millions.

« Le gouvernement a signé des pactes ruraux avec les 91 MRC rurales du Québec, résume Claire Bolduc, présidente de Soli­darité rurale depuis trois ans. Chaque MRC peut gérer l’argent à sa guise, mais les projets doivent venir de la base. Les loca­lités se développent à leur manière. »

Appuyés par 160 agents de développement rural disséminés sur le territoire, certains villages ont utilisé les fonds pour se brancher à Internet haute vitesse, d’autres ont créé des circuits d’agrotourisme. Ailleurs, des villageois se sont serré les coudes pour sauver le dernier commerce de leur patelin.

L’argent des pactes ruraux n’est pas une béquille sur laquelle s’appuient des régions qui n’arrivent plus à se tenir debout sans l’aide de l’État, soutient le ministre des Affaires municipales, des Régions et de l’Occupation du territoire, Laurent Lessard. « Au cours des 20 dernières années, beaucoup de villages ont appris à marcher seuls. La Politique de la ruralité a permis de bâtir un leadership et une fierté qui vont perdurer au-delà de 2014. » Chaque dollar investi dans les pactes ruraux aurait généré 6,80 $ d’investissements connexes.

La Politique 2007-2014 finance également 33 « laboratoires », qui expérimentent de nouvelles voies de déve­loppement pour les collectivités rurales. Au Lac-Saint-Jean, « Portes ouvertes sur le Lac » explore les meilleures façons d’accueil­lir et d’intégrer les familles immigrantes en région. En Montérégie, des « travail­leurs de rang », analogues aux travailleurs de rue dans les villes, cherchent à rompre l’isolement des personnes seules.

Tout doucement, l’espoir revient. Selon le Conference Board du Canada, l’emploi aurait crû à un rythme annuel de 1 % en moyenne dans les collectivités rurales du Québec de 1991 à 2006, contre 0,7 % dans les centres urbains.

Le ministre Laurent Lessard compte déposer au cours des prochains mois un projet de loi-cadre sur l’occupation et la vitalité du territoire. Avare de détails, il précise simplement que la loi devrait forcer tous les ministères à décentraliser leurs programmes, pour permettre aux régions de les modeler à leur image. « C’est le principe de la Politique de la ruralité qu’on veut étendre à tous les secteurs d’intervention du gouvernement, dit-il. Chaque village ou région pourra définir ses priorités et miser sur ses forces pour se développer. »

Du 16 au 21 mai, la campagne viendra de nouveau se faire voir en ville. La rencontre Ruralia réunira à Montréal les acteurs du monde rural, qui viendront fêter les succès passés et continuer à rêver l’avenir. Un village-vitrine sera installé sur la Grande-Place du complexe Desjardins pour faire connaître aux « urbains » les meilleurs coups de leurs cousins des régions.