Les Canadiens sont là

De Rouyn à Victoria, ils rêvent tous de monter sur le podium. Certains pour défendre leur titre!

Natation

Retour en force

Avec des nageurs comme Brent Hayden et Audrey Lacroix, l’équipe canadienne rêve à nouveau de records et de médailles.

par Daniel Chrétien

Avec son 1,63 m, Audrey Lacroix, 24 ans, n’a rien des armoires à glace est-allemandes qui ont dominé la natation aux Jeux olympiques de Montréal, en 1976. Pourtant, cette frêle nageuse originaire de Pont-Rouge, près de Québec, fait chaque semaine à la nage l’équivalent de deux traversées du lac Saint-Jean ! À Pékin, elle sera l’un des plus sérieux espoirs de médaille de l’équipe canadienne de natation.

Son épreuve de prédilection : le 200 m papillon. Une course « souffrante, pas super-agréable, mais qu’on finit par apprécier avec le temps », dit la nageuse, classée quatrième au monde dans cette épreuve. Or, comme tout juste une seconde sépare les huit meilleures papillonneuses de la planète, « à Pékin, toutes les nageuses qui atteindront la finale pourraient terminer parmi les trois premières », dit-elle.

Pierre Lafontaine est un fabricant de champions. Entraîneur en chef de l’équipe australienne de natation jusqu’en 2005, il a mené six de ses nageurs sur le podium aux Jeux d’Athènes, en 2004. Le Canada, lui, avait fait chou blanc. Seulement trois nageurs avaient réussi à se qualifier pour les finales. « En Chine, nous espérons doubler et même tripler le nombre de nageurs qui se rendront en finale », dit Lafontaine.

Il refuse toutefois de prédire le nombre de médailles que les Canadiens récolteront. Car une nouvelle combinaison de natation, lancée dans la controverse par Speedo il y a quelques mois, change la donne. La LZR Racer permet au nageur de maintenir une meilleure position du corps. Cette combinaison aide à la flottabilité, ce qui est interdit par la Fédération internationale de natation, laquelle a tout de même autorisé son utilisation en avril dernier. Les nageurs dont la position est déjà parfaite risquent d’en tirer moins d’avantages que les autres. Mais il reste que les records mondiaux sont susceptibles de tomber comme jamais.

Selon Pierre Lafontaine, il faudra aussi suivre les performances de Brent Hayden (24 ans) en nage libre, de Mathieu Bois (20 ans en juillet) et de Mike Brown (24 ans) à la brasse, et de l’équipe masculine du relais 4 x 100 m libre. Autant d’athlètes qui ont récemment abaissé leur marque personnelle… « sans le maillot magique », dit l’entraîneur.

 

Athlétisme

Un roi est né

Perdita Felicien blessée, Gary Reed devient le principal espoir en athlétisme.

par Marie-Eve Cousineau

L’Ontarienne Perdita Felicien, 27 ans, n’est pas au bout de ses peines olympiques. La spécialiste du 100 m haies, qui était tombée lors de la finale des Jeux de 2004, s’est blessée au pied au cours d’un entraînement à la mi-février. Depuis juin, elle s’entraîne légèrement. Sans savoir si elle pourra être à Pékin…

Gary Reed, lui, y sera. Pour décrocher la médaille d’or. Deuxième au 800 m lors des Championnats du monde 2007, ce Britanno-Colombien de 26 ans est un « bon tacticien », selon Martin Goulet, chef de la direction technique nationale d’Athlétisme Canada. Une qualité essentielle sur cette distance, où ça joue des coudes dès que les coureurs quittent leur couloir (après 100 m) pour tenter de dépasser leurs concurrents. « Une erreur de stratégie peut être fatale dans cette épreuve, ce qui n’est pas le cas au sprint », dit Martin Goulet.

Au 400 m, il faudra suivre de près l’Ontarien Tyler Christopher, 24 ans. Il a gagné l’or aux Championnats du monde 2007 en salle, compétition à laquelle ses principaux rivaux (des Américains) n’ont pas participé.

 

Cyclisme

Rouler pour l’or

Dernière chance pour Marie-Hélène Prémont d’ajouter l’or à l’argent

par Marie-Eve Cousineau

Des roches, des racines d’arbre, de la boue, des descentes abruptes. Lorsqu’elle conduit son vélo de montagne, Marie-Hélène Prémont aime que « ça brasse ». La casse-cou ne sera pas servie à Pékin. « Le parcours est plutôt “roulant” [plat et rapide, comme sur route] », dit cette médaillée d’argent aux Jeux d’Athènes.

Athlète phare de l’équipe canadienne de cyclisme, Marie-Hélène Prémont, 30 ans, en est à ses derniers coups de pédale. Elle compte se retirer progressivement du circuit compétitif en 2009. Après 13 ans d’entraînement, elle souhaite se consacrer à son futur métier de pharmacienne — elle terminera ses études dans un an — et fonder une famille.

Marie-Hélène Prémont amorce son dernier droit avec force. Elle a gagné une médaille d’or, deux d’argent et deux de bronze lors des cinq premières courses de la Coupe du monde 2008, ce qui lui vaut le premier rang mondial.

La cycliste de Château-Richer, près de Québec, n’a pourtant sorti son vélo à l’extérieur qu’en avril. « Habituellement, je roule dehors dès la fin février, explique-t-elle. Mais cette année, la neige n’arrêtait plus de tomber ! » En attendant que ça fonde, elle a fait du ski de fond et couru dans des sentiers de motoneige.

Alexandra Wrubleski, cycliste sur route de 24 ans, a aussi commencé la saison 2008 en lionne. L’athlète de Regina a notamment terminé quatrième de la Flèche Wallonne, une étape difficile de la Coupe du monde tenue en Belgique en avril dernier. « À Pékin, elle pourrait se classer dans les cinq premières », dit Vincent Jourdain, entraîneur de l’équipe canadienne de cyclisme.

On doit également suivre de près Samantha Cools dans la toute nouvelle discipline du BMX. L’Albertaine de 22 ans a obtenu la cinquième place aux Championnats du monde organisés en mai en Chine.

Gymnastique

Le revenant

Un an après s’être fracturé les genoux, Kyle Shewfelt défendra son titre olympique.

par Marie-Eve Cousineau

C’est en fauteuil roulant, les deux genoux fracturés, que le gymnaste albertain Kyle Shewfelt a assisté aux derniers Championnats du monde de gymnastique, en août 2007. Il avait mal atterri à la suite d’un saut lors d’une séance d’entraînement. Un vrai cauchemar. Heureusement, le gymnaste de 26 ans avait un blogue. « Écrire a été une forme de thérapie, dit ce médaillé d’or des exercices au sol aux Jeux d’Athènes. Je reviens de loin. »

À l’entraînement depuis janvier, Kyle Shewfelt demeure l’un des principaux espoirs de médaille de l’équipe canadienne de gymnastique. Mais son programme présente un degré de difficulté un peu moins élevé que celui de ses compétiteurs du Brésil, de la Roumanie, du Japon et de la Chine.

Dans l’épreuve des exercices au sol, Brandon O’Neill, Albertain de 23 ans, peut aussi rivaliser avec les plus grands. « Mais Brandon n’est pas toujours constant en compétition », dit Edouard Iarov, entraîneur-chef de l’équipe nationale masculine.

Chez les femmes, il faudra surveiller à la poutre et aux barres asymétriques Elyse Hopfner-Hibbs, Torontoise de 18 ans. Et pourquoi pas Nansy Damianova (exercices au sol et saut de cheval), Montréalaise de 17 ans née à Paris de parents bulgares.

Triathlon

Trois fois passera…

Il avait raflé l’or au premier triathlon olympique, en 2000. Simon Whitfield rééditera-t-il l’exploit ?

par Marie-Eve Cousineau

L’Espagnol Javier Gómez, 25 ans, est le Tiger Woods du triathlon. Et le favori aux Jeux de Pékin. Il a remporté 10 médailles d’or lors des 15 étapes de Coupe du monde auxquelles il a pris part depuis 2006. Simon Whitfield, 33 ans, de Victoria, fera tout pour le battre.

Ce Britanno-Colombien — vainqueur-surprise du premier triathlon olympique, il y a huit ans — a remporté trois des huit étapes de Coupe du monde auxquelles il a participé en 2007. Ce qui lui a valu le deuxième rang mondial. « Ce fut l’une des meilleures années de sa carrière », dit Joel Filliol, entraîneur-chef de l’équipe olympique canadienne de triathlon. Même si l’athlète, nouveau papa de Pippa Katherine, n’a jamais si peu dormi…

Les triathlètes doivent parcourir 1,5 km à la nage, 40 km en vélo et 10 km à la course. Bon coureur et bon nageur, Simon Whitfield est aussi un excellent sprinteur, selon Joel Filliol. Une force qui pourrait lui permettre de coiffer Javier Gómez au fil d’arrivée. « Mais il devra conserver de l’énergie pour la fin », dit l’entraîneur.

Nage synchronisée

Nager en eaux troubles

Malgré une année difficile, l’équipe convoite le bronze.

par Marie-Eve Cousineau

Après avoir touché le fond de la piscine, l’équipe canadienne de nage synchronisée sort la tête de l’eau. Sixième aux Championnats du monde 2007, elle a terminé troisième lors du tournoi de qualification olympique, à Pékin, en avril — auquel, il est vrai, les cinq équipes déjà sélectionnées n’ont pas participé. « Le Canada est de retour ! » dit Sylvie Fréchette, mentor de l’équipe et médaillée d’or aux Jeux de Barcelone, en 1992.

Malgré une année difficile (trois entraîneurs-chefs se sont succédé depuis 2007), les Canadiennes rêvent de monter sur la troisième marche du podium, comme à Sydney, il y a huit ans. « Cela pourrait arriver, dit prudemment Sylvie Fréchette. Mais qu’un pays passe du sixième au troisième rang mondial, cela ne s’est jamais vu en nage synchronisée », discipline où ce sont des juges qui attribuent les notes.

N’empêche, les « filles » (dont six Québécoises) se feront remarquer à Pékin. Pendant l’épreuve imposée, elles se transformeront en mannequins masculins. Et dans le programme libre, elles évoqueront l’astrologie chinoise et ses 12 signes d’animaux (Coq, Tigre, etc.). Quant au duo formé de Marie-Pier Boudreau-Gagnon, 25 ans, et d’Isabelle Rampling, 23 ans (elles participent aussi à l’épreuve par équipe), il nagera sur le thème du Dragon. Tout pour séduire le public chinois !

 

Jeux paralympiques

Les autres Jeux

Les Québécois ont de bonnes chances de remporter des médailles aux Jeux paralympiques, qui se tiendront après le grand cirque olympique.

par Marie-Eve Cousineau

Valérie Grand’Maison, 19 ans, ne peut conduire de voiture. Ni faire de randonnée seule à vélo. Mais elle nage. Et vite ! Atteinte de dégénérescence maculaire (maladie qui entraîne une perte importante de la vue), elle participera à ses premiers Jeux paralympiques, qui auront lieu du 6 au 17 septembre à Pékin. Son objectif : six médailles en six épreuves. « Dont au moins la moitié seront d’or ! » dit cette quintuple championne du monde.

Elle pratiquait déjà la natation lorsque sa maladie s’est manifestée, il y a sept ans. Elle a alors jeté l’éponge, puis, six mois plus tard, est retournée dans la piscine. « C’est quétaine à dire, mais la natation m’a sauvée. Cela m’a donné confiance en moi », confie la spécialiste du 100 et du 400 m libre, qui s’entraîne avec des « normaux » — le mot est d’elle — au Club aquatique de Montréal (CAMO).

La Québécoise a un avantage sur la plupart de ses concurrentes : elle a déjà eu une vue parfaite. « D’instinct, je sais pas mal où sont les murs. Mais une fois sur deux, je rate mon virage ! » dit-elle en riant.

Le Québec a de bonnes chances de remporter des médailles à ces Jeux paralympiques. Médaillé d’or cinq fois à Athènes, le nageur Benoît Huot, 24 ans, pourrait monter sur le podium dans les six épreuves auxquelles il participera (50, 100 et 400 m libre, 100 m dos, 100 m papillon et 200 m quatre nages). Il détient les records mondiaux aux 200 m dos, 200 m quatre nages et 800 m libre dans la catégorie S10 (il a un léger handicap, un pied bot).

Chantal Petitclerc, 38 ans, pourrait répéter son exploit des Jeux paralympiques d’Athènes : l’or aux épreuves en fauteuil roulant de 100, 200, 400, 800 et 1500 m. « Mais elle aura sur les talons Tatyana McFadden, petite prodige américaine de 19 ans », prévient Martin Goulet, chef de la direction technique nationale d’Athlétisme Canada.

Le coureur ontarien Jason Dunkerley, handicapé visuel de 31 ans, espère franchir le premier la ligne d’arrivée du 1500 m, en compagnie de son guide, Greig Deyley. Il a déjà remporté la médaille d’argent aux Jeux paralympiques d’Athènes et de Sydney.

Quant à l’équipe féminine de goalball (sport pour handicapés visuels qui se joue avec deux buts et un ballon à grelots) et l’équipe masculine de basketball en fauteuil roulant, elles visent l’or, comme à Athènes et à Sydney.

Enfin, il faudra aussi surveiller les équipes féminine, masculine et mixte en aviron adapté. Une nouvelle discipline paralympique à Pékin !

Canoë-kayak

Par Dominique Forget

Coqueluche des médias, des publicitaires et… des jeunes femmes, Adam Van Koeverden, 26 ans, est un peu l’Alexandre Despatie ontarien. Champion du monde du K-1 500 m en 2007, il défendra son titre olympique à Pékin. Il vise également l’or au K-1 1000 m, épreuve dans laquelle il est le vice-champion du monde et où il a raflé le bronze à Athènes. « Mes meilleures courses valent une médaille d’or à tout coup. Il s’agira de faire fi de la pression et de me concentrer sur la ligne d’arrivée. »

Le Trifluvien Richard Dober, 27 ans, et son coéquipier Andrew Willows, 28 ans, un Ontarien qui vit maintenant à LaSalle, représenteront le Canada au K-2 500 m. À Athènes, ils avaient terminé 16es dans cette épreuve, et 9es dans celle du K-4 1000 m avec deux autres kayakistes. « On a choisi de laisser tomber le K-4 pour se concentrer sur le K-2 », explique Dober.

Lutte

Par Dominique Forget

C’est parce qu’aucun autre cours d’éducation physique ne cadrait avec son horaire, au collège Vanier, que Martine Dugrenier s’est inscrite à un cours de lutte. Douze ans plus tard, à 29 ans, et après un détour par la gymnastique de compétition, elle participe à ses premiers Jeux. Ce sera une première pour une lutteuse québécoise. Bien qu’elle ait été trois fois vice-championne du monde dans la catégorie des moins de 67 kilos, elle devra redoubler d’efforts à Pékin. C’est qu’aux Jeux olympiques on divise les lutteuses en quatre catégories (selon le poids), contre sept aux Championnats du monde. Elle concourra dans la catégorie des moins de 63 kilos. « Je vais faire face à des filles contre lesquelles je n’ai pas l’habitude de lutter. Ça va me garder sur le qui-vive. »

Taekwondo

Par Dominique Forget

Karine Sergerie, 23 ans, a terminé première chez les moins de 63 kilos aux Championnats du monde de taekwondo, tenus dans la capitale chinoise en 2007. L’athlète de Sainte-Catherine avait déjà remporté la troisième place mondiale en 2005, la deuxième en 2003 (les Championnats mondiaux se tiennent tous les deux ans). Elle n’avait cependant pu accompagner l’équipe canadienne à Athènes, en 2004.

Autre prétendant sérieux au podium : Sébastien Michaud, dans la catégorie des moins de 80 kilos. Il a obtenu le bronze chez les moins de 78 kilos aux Championnats du monde 2007, à Pékin. 
« Le Québec domine la scène internationale de taekwondo », se réjouit cet athlète de 21 ans, étudiant en génie logiciel à l’Université Laval.

Judo

Par Dominique Forget

Keith Morgan, 34 ans, avait annoncé sa retraite après les Jeux d’Athènes. En 2006, il revenait à la compétition et, quelques mois plus tard, retrouvait son premier rang canadien dans la catégorie des moins de 100 kilos. « J’avais besoin de prendre du repos. Une fois cela fait, je me suis rendu compte que j’avais encore le feu sacré. » Ce Montréalais d’adoption (il a grandi en Alberta), qui a longtemps été dans l’ombre du judoka Nicolas Gill, maintenant entraîneur de l’équipe nationale, prévoit prendre sa retraite après les Jeux. Pour de vrai, cette fois !

Haltérophilie

Par Dominique Forget

Christine Girard — qui ne pèse que 63 kilos ! — a soulevé 131 kilos aux Championnats canadiens de 2008, tout près du record olympique de 135 kilos. À cette même compétition, l’haltérophile de 23 ans, de Rouyn, a enregistré 213 kilos au combiné (on additionne le score de l’épaulé-jeté et celui de l’arraché). Assez pour décrocher une médaille olympique ? « Peut-être ! Surtout qu’on annonce des contrôles antidopage plus sévères. » Quelques compétitrices pourraient ne pas se présenter.