Les carrés rouges, ce sont eux !

Les étudiants du Québec méritent mieux que ce que les universités québécoises leur offrent présentement.

Les carrés rouges, ce sont eux !
Photo: Noah Berger/The NY Times/Redux

Ailleurs dans le monde, une véritable révolution de l’enseignement supérieur est en marche. Ses implications sont tellement vastes qu’elles donnent le vertige.

Si cette révolution réussit, les enfants qui naissent aujourd’hui à Montréal ou à Baie-Comeau pourront suivre gratuitement les cours des plus prestigieux cerveaux de la planète tout en restant chez eux. Pourquoi choisiraient-ils de s’inscrire à Laval ou à Concordia ?

Voilà ce dont rêvait, il y a 30 ans, un jeune Allemand nommé Sebastian Thrun, dont les professeurs d’intelligence artificielle, à Bonn, n’étaient pas aussi bril­lants qu’il l’avait espéré…

Devenu professeur à Stanford, en Californie, et considéré comme un gourou de l’intelligence artificielle, Thrun a décidé, en 2010, de concrétiser son rêve de jeunesse et de ne pas réserver le bénéfice de son savoir aux étudiants de cette université.

Avec son collègue Peter Norvig, aussi professeur à Stanford, il a enregistré son cours sur vidéo, créé un site Web interactif pour corriger les travaux et interagir avec des étudiants du monde entier. Gratuitement !

L’automne dernier, ils étaient 160 000 inscrits, âgés de 15 à 70 ans. Une centaine de béné­voles ont traduit les cours en 44 langues, car les deux tiers des étudiants vivaient hors des États-Unis. Le récit de cette aventure, raconté dans le numéro d’avril 2012 du magazine Wired, vaut largement le prix d’achat d’un exemplaire.

Ce cours est offert à qui veut bien s’engager à faire ses devoirs. Seul préalable : une connexion Web. Dans leur enthousiasme, les deux professeurs ont toutefois oublié d’aviser l’université… qui n’a pas apprécié !

Après moult négociations, Stanford a accepté d’offrir trois cours gratuits du même type. Les étudiants qui terminent un cours – rendant tous les devoirs et travaux demandés – reçoivent un certificat de réussite. Ce certificat n’est pas reconnu par Stanford. Pourquoi suivre une telle formation, alors ?

Thrun est convaincu que, dans les années à venir, les personnes formées par son équipe seront recherchées à un point tel par les employeurs qu’elles pourront décrocher un emploi grâce à ce certificat. Les étudiants font visible­ment le même pari que lui…

Thrun et Norvig ne sont pas les seuls à y croire. L’Amé­ricain Salman Khan a fondé il y a six ans la Khan Academy, un organisme sans but lucratif. Son site Web offre plus de 2 800 cours gratuits de toutes sortes, des mathématiques aux sciences économiques. Son Academy a inspiré Thrun.

Au Québec, le mouvement étudiant de ce printemps aura été une belle école d’action politique pour des milliers de jeunes adultes. Et cela a son importance. Mais la vraie bagarre mondiale pour le savoir et l’accessibilité aux études supérieures est plus complexe et demandera de la part des gouvernements, des enseignants et des administrations universi­taires beaucoup plus d’innovation, de flexibilité et d’audace.

Des initiatives comme celles de Thrun et Norvig promettent de transformer radicalement l’idée même de l’université, sa place et son rôle sur un territoire donné. S’ils ont raison, d’ici 50 ans, il ne pourrait bien rester dans le monde qu’une dizaine d’établissements universitaires, comme l’affirme Thrun. Ceux du Québec survivront-ils ?

 

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