Les enfants «mauviettes» du millénaire

La génération Y est une génération de mauviettes, dit l’auteur Bret Easton Ellis. Mais s’ils sont ainsi, c’est à cause de la génération X…

Photo © Kimberly White / Getty Images
Photo © Kimberly White / Getty Images

Trop sensibles, trop narcissiques, trop stupides. L’auteur à succès Bret Easton Ellis n’est pas tendre avec la génération Y (Millenials) – qui désigne (les interprétations diffèrent) les enfants nés durant les années 1980 et au début des années 1990.

FouineurPlus habitué à décortiquer les dérives matérialistes de la génération X, dont il est issu, le romancier, qui a notamment accouché d’American Psycho, Les Lois de l’attraction et Glamorama, livre depuis plusieurs mois un portrait esquinté des enfants du millénaire, affublés du sobriquet « Génération Mauviette » (Generation Wuss, en anglais). Ses commentaires dans Vice s’étaient accompagnés, en février dernier, d’un concert simultané d’approbations et de récriminations. Dans Vanity Fair, il a pris sa plume pour enfoncer le clou.

L’objet du délit ?

« Grosso modo, je m’en prends à leur hypersensibilité, leur volonté insistante d’avoir toujours raison surtout quand ils ont tort, leur incapacité à remettre les choses dans leur contexte, leurs réactions disproportionnées, leur indécrottable positivisme passif/agressif, et tout cela bien sûr exacerbé par les médocs dont ils ont été gavés depuis l’enfance par des parents surprotecteurs qui jouent au Samu à la moindre occasion et les surveillent en permanence comme le lait sur le feu. »

S’il ne se fait pas prier pour tomber sur le poil des Y, Ellis fait de leurs parents les véritables coupables dans cette sombre histoire. Révoltés contre leurs propres géniteurs baby-boomers, ceux-ci ont fini par « bousiller leurs gamins en les préparant très mal à affronter les difficultés de la vie et la réalité du monde ».

« On ne peut pas plaire à tout le monde, ton amour ne sera peut-être pas partagé, les jeunes sont vraiment cruels, bosser c’est chiant, c’est dur d’être bon à quelque chose, la vie est faite d’échecs et de déceptions, tu n’as aucun talent, les gens souffrent, les gens vieillissent et meurent… La Génération Mauviette réagit en sombrant dans la sentimentalité et en créant des récits de victimes au lieu de reconnaître les réalités du monde, de les affronter, de les digérer pour aller de l’avant, mal préparée à se débrouiller dans un monde souvent hostile ou indifférent qui se moque que vous existiez ou pas. »

L’auteur n’a pas hésité à illustrer son propos avec un cas célèbre de cyberintimidation aux États-Unis : le suicide de Tyler Clementi, un étudiant de 18 ans qui a sauté du haut du pont George Washington, à New York, quelques jours après avoir appris que son camarade de chambre, Dharun Ravi, l’avait espionné à l’aide d’une webcaméra lors d’une rencontre romantique avec un autre homme. Dharun Ravi avait également rendu la vidéo disponible sur Internet.

« S’agissait-il simplement d’une sainte-nitouche hypersensible de la Génération Mauviette, dont les télés nationales ont fait leurs choux gras parce que l’idée de cyber-harcèlement était à la mode à ce moment-là (elle l’est toujours en partie), ou bien Clementi était-il un jeune homme profondément troublé qui a tout bonnement craqué sous le poids de sa propre honte, avant d’être transformé en victime/héros (c’est la même chose aujourd’hui aux États-Unis) par une presse désireuse de présenter cette affaire hors de tout contexte et de métamorphoser Ravi en un monstre à cause d’une simple blague de dortoir de première année (assez inoffensive selon moi) ? »

Ces propos grinçants, Bret Easton Ellis les assume. Tout de même, il esquisse dans son texte les contours d’une justification de cette vision qui prend, c’est peu dire, la société à rebrousse-poil.

« Ma réaction vient du fait que je regarde les Millennials de mon point de vue : celui d’un membre d’une des générations les plus pessimistes et ironiques qui aient jamais vécu sur terre – la Génération X. Alors quand j’entends parler d’un jeune type tellement blessé par le ­cyber-harcèlement qu’il se suicide, j’ai du mal à piger. »

À nouveau, il renvoie la balle aux parents des Y, responsables, selon lui, d’avoir créé une génération « super confiante et positive » en les couvrant de « louanges et de médailles d’or (quatre étoiles simplement parce que t’es là) » et en faisant une éclipse de « la face obscure de la vie ».

C’est ici, au beau milieu de son essai, que Bret Easton Ellis, dans un amas de pensées rassemblées, livre le fond de sa pensée, armé de témoignages de parents « bourrés de remords » qui ont vu leur progéniture se réfugier dans la drogue pour fuir « la banale réalité du monde ».

« L’angoisse et le besoin définissent la Génération Mauviette, et quand on n’a pas l’agréable perspective de pouvoir s’élever économiquement dans le monde, alors on fait quoi ? Eh bien, on assure sa présence sur les réseaux sociaux : on s’incruste, on peaufine sa marque de fabrique, on se bat pour être aimé, pour être aimé, pour être aimé… Et cela génère son propre type d’angoisse incessante.

Voilà pourquoi, si quelqu’un s’avise de critiquer la Génération Mauviette, ses membres apposent aussitôt sur cette personne l’étiquette de « connard » – point final. Aucune négativité, nous avons seulement besoin d’être admirés. C’est problématique car cela limite le discours : si, tous autant que nous sommes, nous ­aimons tout ce qui existe – le rêve des Millennials –, alors de quoi diable ­allons-nous parler ? Du côté formidable de tout ? Du nombre de fois où on a cliqué « J’aime » sur Facebook ? BuzzFeed, le site d’information des Millennials, a déclaré qu’il n’allait plus diffuser le moindre contenu négatif – eh bien, si cette attitude continue à se répandre, que va-t-il arriver à la culture ? S’il n’y a plus de modèle économique pour gravir les échelons, alors la popularité est désormais la seule monnaie en vigueur et voilà pourquoi on désire avoir des milliers et des milliers d’amis sur Twitter, Facebook, Instagram, Tumblr – où l’on essaie désespérément d’être aimé. »

Alors, bien sûr, Bret Easton Ellis arrondit les angles en guise de conclusion, rappelant que son compagnon est lui-même un enfant du millénaire, affirmant qu’il éprouve de la « tendresse » et de la « sympathie pour toutes ces mauviettes » ! Après tout, « il n’est pas difficile de les aimer ». Cet assouplissement est entendu après une telle diatribe, et c’est presque dommage, car il vient diluer le propos, volontairement provocateur, mais tellement évocateur d’un fossé générationnel qui dépasse de beaucoup les considérations économiques.

Que la cyberintimidation – traitée par sa plume avec un détachement qui ôte une deuxième fois la vie au pauvre Tyler Clementi – n’ait pas été une problématique qui a marqué sa génération, c’est une chose. Qu’il choisisse de fermer les yeux sur les enjeux qui touchent une autre génération sous prétexte que ses aïeux et lui en ont vu d’autres, c’en est une autre.

Il reste une question en suspens, foncièrement intéressante : notre société – car cela franchit les limites d’âge des Y – a-t-elle évolué vers une hypersensibilité qui la rend immobile ?

Pour lire l’essai de Bret Easton Ellis au complet, rendez-vous sur le site de Vanity Fair France.

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Je ne suis pas d’accord avec lui, cette génération est peut-être plus sensible que la notre(Ouais, je suis un X) mais elle a aussi une vrai valeur d’elle même, pourquoi pas, doit-on passer sa vie à se croire un déchet pour que notre vie ait un sens? Doit-on passer notre vie à chercher l’approbation de ceux qui sont aux pouvoir avant de se considérer comme valable?

Ça sent l’ultime plainte du bon pain chaud , né pour être petit et déterminer à garder les autres à son niveau. Moi je vois au contraire une génération qui est en train de changer les règles du travail en mettant les vrais choses en premiers(Vous savez , les grosses roches, petites roches, caillou ect…) Nous payons des formations à des X pour leur faire intégrer de genre de d’idée , mais en s’assurant que la grosse roche soit le travaille… il semble aussi y avoir un plus grand esprit entrepreneuriale dans cette génération!

Bien sur qu’elle a des défauts cette génération, mais il ne sont ni moins pire, ni moins grave que les générations qui l’ont précédé et ils ont dû apprendre à vivre et se débrouiller dans le monde qui leur fut léguer par ceux qui leur font la morale aujourd’hui. Lorsque j’entends les Boomers parler de leur paradis de jeunesse , je ne peux m’empêcher de leur demander pourquoi ils l’ont modifié alors?

N’est-ce pas le propre de chaque génération d’être en opposition avec celle qui la précède? Ces enfants terribles vont devenir des adultes et vont eux aussi s’ajuster à la réalité , tout comme les X l’ont fait quand ils sont sortis avec leur Bacc ou Maitrise plein de rêve, et se rendre compte que les places étaient toutes prises….hahaha

«une des générations les plus pessimistes et ironiques qui aient jamais vécu sur terre – la Génération X.»

Mais non ! Ma génération, les X, n’a pas le record en la matière, et de loin. Le record de l’ironie pessimiste grinçante appartient aux Italiens de la génération du 8 septembre 1943. Quand on voit l’entertainment qui les faisait accourir par dizaines de millions dans les salles de la péninsule (et qui hélas s’est exporté un peu sur le tard), du déjà très grinçant ANNÉES DIFFICILES (Anni difficili 1947) jusqu’à l’encore plus grinçant GRAND EMBOUTEILLAGE (L’Ingorgo, 1979), on se dit : « Ah, ça c’est de l’ironie au vitriol qui défonce sa cible ! » RBO semble un peu timoré comparé à ça.

Pas grand-chose d’Américain là-dedans, mais voici une blague de NU DE FEMME, avec Nino Manfredi (pas très bon d’ailleurs, mais peu importe). Ça se passe à Venise. Nino traverse la rue. Un truc passe près de sa chaussure. Entre ses dents: « Hé, il y a encore plus de rats dans les rues de Venise que dans tous les films de Mickey Mouse. »

Quand je montre AFFREUX, SALES ET MÉCHANTS à des « Y », j’obtiens toujours un résultat des plus ré;jouissants, gneh, gneh, gneh. Essayez et vous verrez…

Généralisation et pure stupidité.

« ………quand on n’a pas l’agréable perspective de pouvoir s’élever économiquement dans le monde, alors on fait quoi ?……. »

Cette phrase décrit parfaitement l’état d’esprit Américain dérangé de l’auteur, comme si « S’ÉLEVER ÉCONOMIQUEMENT » est le but ultime de l’humanité…… Juste séparer la population en génération est philosophiquement biaisé. Tout le monde es différent, c’est juste retardé de la part de l’auteur de faire comme si une génération es homogène………

« …………si, tous autant que nous sommes, nous ­aimons tout ce qui existe – le rêve des Millennials –, alors de quoi diable ­allons-nous parler ?
S’il n’y a plus de modèle économique pour gravir les échelons, alors la popularité est désormais la seule monnaie en vigueur et voilà pourquoi on désire avoir des milliers et des milliers d’amis sur Twitter, Facebook, Instagram, Tumblr – où l’on essaie désespérément d’être aimé…………. » -Bret Easton Ellis-

Le gars s’opposent a « un monde parfait » Il veut que l’humanité continu d’avoir comme seul plaisir de « gravir les échelons d’un model écnomique »

Voila pourquoi je déteste cet abruti de mongole….
Ca seul raison de traiter « une génération » de « mauviette » C’est parce qu’on trouve sa insignifiant de gravir les échelons d’un model économique pi qu’on veut pas de guerre inter-culturel, parce qu’on s’aime tous.