Les étudiants tiennent bon

Il sort à peine du cégep, affiche 20 ans au compteur, mais Léo Bureau-Blouin fait partie du trio qui tient tête à la ministre Line Beauchamp et au gouvernement Charest depuis des semaines — avec le président de la CLASSE, Gabriel Nadeau-Dubois, et la présidente de la FEUQ, Martine Desjardins.

Photo : courtoisie

Le président de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) consacre tout son temps à combattre la hausse des droits de scolarité. « On a le momentum de notre côté, le gouvernement va devoir discuter », dit Léo Bureau-Blouin en entrevue.

Comme lui, ils sont 97 000 étudiants des cégeps (sur 170 000 au Québec) à être en grève pour protester contre la hausse des droits universitaires de 325 $ par année pendant cinq ans. « C’est nous qui serons les plus touchés », dit-il.

Diplômé sortant du cégep de Saint-Hyacinthe en sciences humaines, profil administration, Léo Bureau-Blouin a d’abord étudié à l’école secondaire privée Saint-Joseph, dans la même région. Il souhaite entrer en droit à l’Université de Montréal au mois de septembre. L’actualité a fait le point avec lui sur le mouvement étudiant.

À LIRE AUSSI :
L’entrevue avec Line Beauchamp, ministre de l’Éducation >>

***

Vous combattez férocement la hausse des droits de scolarité imposée par le gouvernement. Pourquoi ?

En augmentant de 75 % les droits de scolarité sur cinq ans, on va empêcher des étudiants d’accéder à l’université, particulièrement ceux qui viennent de familles à faibles revenus. Selon notre analyse, il y aura entre 4 000 et 9 000 étudiants de moins à l’université d’ici cinq ans en raison de cette hausse. Dans une société qui a besoin de main-d’œuvre qualifiée, ce n’est pas souhaitable.

Êtes-vous d’accord avec le gouvernement, selon qui les universités sont sous-financées et ont besoin d’argent frais pour offrir une éducation de qualité ?

Les étudiants sont en colère parce qu’on leur demande de remplir un seau percé. Les recteurs se paient des primes de départ mirobolantes et investissent dans des fiascos immobiliers. Au lieu d’augmenter le fardeau des étudiants et des contribuables, les recteurs feraient mieux de faire le ménage dans leur cour. Il y a eu une hausse des droits de scolarité dans les dernières années et on n’a pas vu d’effet tangible sur la qualité de l’éducation.

Les universités se basent sur quoi pour dire qu’elles ont besoin de plus d’argent ? Elles n’ont jamais quantifié ou évalué leurs besoins et n’ont jamais dit ce qu’elles feraient de plus avec les millions. Il faut les croire sur parole. Les recteurs ne font que se comparer avec les autres universités du Canada, sans préciser leurs véritables besoins.

La classe moyenne du Québec est déjà très imposée et taxée. N’est-ce pas aussi aux étudiants de fournir leur part ? Après tout, c’est à vous que va profiter le diplôme…

Derrière chaque étudiant, il y a une famille de la classe moyenne. Ce sont souvent les parents qui aident leurs enfants. On peut parler d’une taxe déguisée pour la classe moyenne. C’est encore plus vrai pour les familles qui ont un revenu de plus de 60 000 $ par année, parce qu’elles ne remplissent pas les conditions requises pour obtenir des bourses du gouvernement.

Les jeunes d’aujourd’hui devront rembourser l’énorme dette du Québec et payer pour maintenir en place des services de qualité malgré le vieillissement de la population. On ne doit pas nous endetter en plus pour étudier !

Le gouvernement affirme que les personnes moins fortunées continueront d’avoir accès à l’université, parce que le régime de prêts et bourses sera augmenté de 118 millions de dollars par année. Qu’en pensez-vous ?

Ça ne règle pas tout, parce que la classe moyenne n’a pas accès aux bourses. Huit étudiants universitaires sur dix n’ont pas accès aux bourses. C’est une mesure de façade et non un investissement massif dans le régime de prêts et bourses. Quand les droits de scolarité sont élevés, c’est un obstacle psychologique pour les étudiants. Beaucoup vont renoncer à l’université.

Les autres provinces canadiennes ont des droits de scolarité plus élevés, mais aussi plus de diplômés. Il n’y a donc pas de lien entre la hausse des droits et l’accessibilité. Êtes-vous d’accord ?

Non, c’est faux. Il y a toujours un lien entre l’augmentation du coût d’un produit et sa consommation. La demande diminue. L’éducation ne fait pas exception. Les pauvres et les immigrants sont les premiers touchés par la hausse. Le Québec part aussi de plus loin que les autres provinces. On a fait du rattrapage dans les dernières années en ce qui a trait à la fréquentation des universités. Il ne faut pas arrêter maintenant.

Avez-vous l’impression que la population est derrière vous ou derrière le gouvernement ?

L’opinion publique bouge. On a le momentum. Les gens voient les scandales financiers dans les universités, la brutalité policière et la mauvaise foi de la ministre Line Beauchamp, qui refuse de discuter. La population reste divisée sur le sujet, mais on sent que les appuis à notre cause augmentent.

La ministre de l’Éducation, Line Beauchamp, estime que la grève des étudiants est un « corporatisme prévisible ». Est-ce qu’il n’y a pas du vrai là-dedans ?

C’est fâchant d’entendre ces mots-là. On accuse souvent les jeunes d’apathie, de ne pas s’intéresser à ce qui se passe dans la société. Et là, quand on s’implique, on deviendrait corporatiste ? On croit à notre cause. Le gouvernement est surtout orgueilleux. On a un débat de société important actuellement.