Les hommes et les femmes ont-ils le même cerveau?

Un cerveau «rose» programmé pour l’empathie, un cerveau «bleu» fait pour le raisonnement… Foutaise, selon une nouvelle étude d’experts en neurosciences.

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Les hommes et les femmes se différencient par leurs organes génitaux, leurs chromosomes, leurs hormones, certes. Mais par leur cerveau ? Pas vraiment. Il n’y a pas de cerveaux masculins ou féminins. Il n’y a que des cerveaux androgynes.

C’est ce que vient de révéler une équipe de chercheurs dirigée par Daphna Joel, experte en neurosciences de l’Université de Tel-Aviv, en Israël. Ses travaux, décrits en novembre dernier dans un article de la revue Proceedings of the National Academy of Sciences, déboulonnent le mythe voulant que les hommes et les femmes aient des cerveaux fondamentalement distincts.

Normal, selon cette croyance répandue, que les deux sexes ne se destinent pas aux mêmes rôles dans la société : ils n’auraient pas les mêmes circuits cérébraux. Le cerveau de la femme serait programmé pour l’empathie, celui de l’homme serait une machine à résoudre des problèmes, nous annoncent des ouvrages de psycho-pop, comme The Female Brain et The Male Brain, de Louann Brizendine. Ce genre d’auteur ne fait que reprendre les arguments employés depuis des siècles pour exclure les femmes des sphères du pouvoir et de la science et les confiner au rôle de mères et de soignantes… mais dans l’enrobage moderne des neurosciences. Il y a un mot pour ça : le neurosexisme. Daphna Joel et ses collègues viennent de fournir un antidote.

Des chercheurs ont bel et bien trouvé des différences ici et là dans nos cervelles : certaines zones cérébrales prennent plus de place, en moyenne, chez un sexe que chez l’autre. Il s’agit d’écarts modestes, et les scores des deux sexes se chevauchent considérablement. Si on représentait les données dans un graphique, on verrait deux courbes en forme de cloche, presque identiques et quasiment superposées.

Ces écarts ne suffisent pas, cependant, à conclure qu’il existe des cerveaux « mâle » et « femelle » nettement définis, selon Daphna Joel.

Pour parvenir à cette conclusion, la chercheuse a réuni des images du cerveau de 1 400 hommes et femmes âgés de 13 à 85 ans, obtenues par résonance magnétique. Elle a découvert une trentaine de régions cérébrales qui, de façon générale, sont légèrement plus volumineuses chez un sexe que chez l’autre. Elle a trouvé, par exemple, que l’hippocampe, une structure responsable de la mémoire, et le noyau caudé, impliqué dans le mouvement, sont en moyenne un peu plus gros chez l’homme.

Daphna Joel a poussé l’analyse plus loin. Elle a examiné chacune des 1 400 personnes de son échantillon pour voir s’il existe des cerveaux masculins à 100 % ; des organes où toutes les structures — l’hippocampe, le noyau caudé et ainsi de suite — se situent à l’extrémité masculine du spectre. Elle a répété l’exercice pour les cerveaux féminins. Et elle n’a trouvé presque aucun cerveau à ce point sexué.

Autrement dit, si des neuroscientifiques ouvraient votre boîte crânienne et en sondaient le contenu à l’aide de leurs puissants outils, ils ne verraient ni un cerveau tout « rose » ni un cerveau tout « bleu ». Ils trouveraient une courtepointe de caractéristiques, certaines plutôt masculines, certaines plutôt féminines, d’autres se situant quelque part entre les deux.

Plus précisément, dans cette étude, la proportion de gens qui possédaient des aires cérébrales uniquement masculines ou exclusivement féminines ne dépassait pas 8 %. En revanche, jusqu’à 53 % des sujets présentaient à la fois des attributs masculins et féminins. « Notre étude démontre que même s’il existe des différences de structure cérébrale entre les sexes, les cerveaux ne peuvent pas être classés dans deux catégories distinctes, l’une masculine, l’autre féminine », écrivent les auteurs. « Chaque cerveau est une mosaïque unique. »

Il en va de même pour les comportements, la personnalité, les champs d’intérêt : rares sont les gens qui se conforment en tous points au stéréotype de leur sexe. Un homme peut être typiquement masculin sous certains aspects — jouer au golf et parler peu de ses émotions —, mais plutôt féminin sur d’autres dimensions — aimer faire la cuisine et s’occuper des enfants. Rien n’empêche une femme d’être à la fois soucieuse de son apparence — un trait plus fréquent chez les femmes — et férocement compétitive dans les sports — un attribut plus courant chez les hommes.

C’est exactement ce que les scientifiques ont constaté dans le deuxième volet de leur étude, qui portait sur près de 6 000 jeunes adultes. Les chercheurs ont analysé 25 indicateurs mesurant divers aspects de leur profil psychologique. Moins de 1 % des hommes avaient des scores « masculins » pour l’ensemble des 25 traits étudiés ; même chose chez les femmes. La majorité des gens (jusqu’à 70 %) présentaient plutôt une combinaison de caractères typiques des deux sexes, un singulier mélange de féminité et de masculinité.

C’est donc une erreur de définir ce que devraient être les aspirations de chaque sexe sur la base de différences qu’on imagine énormes dans la topographie de leur cerveau, leur disposition psychologique, leur nature profonde. Daphna Joel et ses collègues confirment que cette vision binaire du monde est trop simpliste, en plus d’être infondée scientifiquement. Les hommes et les femmes ne viennent ni de Mars ni de Vénus. Ils ont tous deux les pieds bien plantés sur la planète Terre.

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17 commentaires
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Coup dur pour les tenant(e)s du féminisme enragé…

Étonnant commentaire, François : ceux à qui l’hypothèse de la différenciation cérébrale profite le plus sont les hommes au pouvoir. Le féminisme, au contraire, s’attaque aux structures sociales qui maintiennent les femmes (et les hommes, soit dit en passant) dans des rôles stéréotypés qui leur nuisent.

Si on se fie, pour le plaisir, au petit échantillon fourni par François et Julie, on a l’impression que les femmes l’emportent au la main, en matière de qualité argumentaire

Si on se fie, pour le plaisir, au petit échantillon fourni par François et Julie, on a l’impression que les femmes l’emportent au la main, en matière de qualité argumentaire 🙂

«Ce genre d’auteur ne fait que reprendre les arguments employés depuis des siècles pour exclure les femmes des sphères du pouvoir et de la science et les confiner au rôle de mères et de soignantes… mais dans l’enrobage moderne des neurosciences. Il y a un mot pour ça : le neurosexisme. Daphna Joel et ses collègues viennent de fournir un antidote.»

J’ai arrêté de lire à partir de là…

Pourquoi se confiner dans une seule vision des choses? à quoi bon avoir des œillères?. Si ce n’est que pour le conforts de ses propres certitudes.
Si l’être humain ne s’était pas remis en question, nous serions encore dans des grottes.

La quantité de choses à lire est infinie. Pas de temps à perdre pour des articles d’un niveau « moyen ».

Est-ce que les femmes et les hommes possèdent les mêmes caractérisques ?
La réponse semble être non. Ceci ne veut pas dire pour autant que les femmes ont un potentiel intellectuel moindre que les hommes, mais différent.

Par ailleurs, il faut reconnaître qu’en général la résistance physique de la femme est moindre que celle des hommes ou mâles.. Nous l’avons vu tout dernièrement à quelques reprises alors que quelques femmes engagées dans un cabinet du gouvernement ont flanché sous le stress.

Quand la résistance physique diminue, las capacités mentales suivent cette direction. Cette tactique a servi à maintes reprises dans des sectes.

Est-ce que des femmes peuvent devenir ministrables? La réponse est oui. Néanmoins, il faut tenir compte des caractéristiques propres aux femmes.

La tendance des chefs des gouvernements est d’avoir autant de femmes dans un cabinet de ministres que d’hommes. sans égard à leur compétence. Complètement ridicule. À mon avis, la compétence doit primer d’abord.

La grande faiblesse des hommes est que d’aucuns n’ont pas réussi à se détacher du cordon ombilical. Bref, ils sont encore sous le jouc féminin ou encore ils sont sous l’influence des féministes qui veulent dénaturalier les femmes.

La femme donne naissance, par la suite elle prend l’homme en charge, le protège dès sa tendre enfance, elle voit à ses premiers pas, à son éducation, elle le dirige jusqu’au moment où une autre femme entre dans la vie de celui-ci.

Cette dernière qui devient sa conjointe ou compagne de vie possèe les mêmes gênes que les mères et la quasi totalité des hommes passent leur vie sous le contrôle des femmes.

Quand les hommes réussiront à s’en détacher ? Probablement jamais. Toutefois, en politique, ils devront y songer.

.

Est-ce dire que ce sont les femmes qui font des hommes avides de contrôle et de pouvoir?

Alors elles devraient commencer à penser à elle maintenant et c’est ce qui arrive de plus en plus. On le voit dans les cegep et les universités. Tant mieux!.

Ce qu’on voit et entend ces dernières années encore, dès que les femmes démontrent un tant soi peu de leadership, de contrôle et de pouvoir, loin de reconnaître leurs qualités et leurs forces, la moindre faiblesse est montrée et démontrée ad nauseum,, (moins de résistance ou ça dénature la femme), porte trop de maquillage, de parfum, de robes ou de foulards. Et m…….

« Quand la résistance physique diminue, les capacités mentales suivent cette direction ». L’inverse est aussi vrai, n’est-ce pas. On l’a vu chez notre cher docteur ancien ministre de l’éducation. Mais lui, il n’avait pas la compétence requise en plus.

Mon cher monsieur, quand le cerveau est surutilisé sur une longue période, le corps écope et s’épuise, expérience personnelle à l’appui.

Bonne journée.

Très difficile de ne pas lever les yeux au ciel en lisant vos propos tellement ils sont teintés de préjugés encrés dans une seule exemple récente.

Je trouve pénible de penser qu’il y a effectivement des hommes qui tiennent ce genre de propos encore aujourd’hui. Une vision qui n’a pas vraiment évolué depuis plusieurs dizaines d’années…

Cher Gilles, je n’en reviens pas de votre façon de penser à l’égard des femmes. J’ai voyagé sur notre planète et j’ai vu comment les femmes faisaient avancer la société. Trouvez-vous que les pays où l’on fait des femmes des subalternes sont plus avancés que les pays comme le nôtre? J’en doute. L’apport des femmes est incommensurable. Merci à toutes les femmes de la planète de permettre l’évolution de notre monde.

Je suis d`un âge vénérable, et ça m`a toujours purgé, de tout temps, de vouloir séparer les deux sexe homme et femme, ça avantage sûrement les religions dont les dirigeants sont des hommes, les machos pur et dur, les féministes à outrance, les partis politiques aussi, mais moins de nos jours. Il existe des hommes normaux qui un bon équilibre masculin et féminin, et des femmes normales qui ont un très bon équilibre aussi, en fin de compte ce sont des HUMAINS. Je ne suis pas sûr, mais lorsque l`on parle d`HUMAINS, ça comprend les deux sexes « ÉGO ». J`emploie le mot « HUMAIN », mais je ne suis pas certain que c`est le bon mot pour égaliser les deux sexes, car dans les dictionnaires,le mot HUMAIN, concerne l`homme, l`homme, l`homme, l`homme,….et jamais la femme.

Les réactions montrent que c’est très difficile de remettre en question ces ancrages culturels. En même temps ça fait du bien de voir la science prouver la diversité personnelle de façon claire.
J’aimerais qu’on puisse réduire l’impact des étiquettes, quelles qu’elles soient : la variation entre deux individus est en général bien plus grande que celle qu’on perçoit entre deux « étiquettes ». Exemple : dans un examen de maths, s’il y a 10% d’écart entre les moyennes des notes des femmes et des hommes, il y aura 40, 50 ou 60% d’écart entre le meilleur et le pire. Les gens se concentrent trop sur l’étiquette (c’est une femme, elle sera moins bonne en maths) que sur le profil réel de la personne (cette femme a un bacc. en maths).

Bon, encore une autre façon de continuer la guerre des sexes en lançant une autre théorie qui sera contredite dans dix ans et qui ouvre grand la porte à tous les genres de transfuges, trans-sexes, trans-genre, trans-Atlantique que vous voulez. J’ai toujours eu comme acquis que les hommes et les femmes étaient faits pour se compléter peu importe les différences qui les habitent. Si les deux ne se complètent pas, dans tout, alors on a un problème démographique très sérieux. Prenez garde de ne pas dire que votre cerveau est « plus gros » que celui de l’autre sexe, on pourrait remplacer le mot « gros » par « épais ».

Bonjour à vous,
Sujet des plus complexes et qui ne laisse personne indifférent en général. Je suis surpris comment dès qu’une étude sort sur le sujet de la différence des sexes, elle souhaite généraliser ses résultats, oublier les autres études précédentes (qui ont une valeur elles aussi), pour tenter d’en finir avec ce débat qui passionne les être humains.
À la question, les hommes et les femmes ont-ils le même cerveau? Il y aurait beaucoup à dire.
Je me contenterais de répondre ceci. Le cerveau de l’homme et de la femme a beaucoup, beaucoup, beaucoup de points semblables.
Mais, est-ce possible qu’il y ait certaines différences caractéristiques, sans dire qu’ils sont complètement différents? Peut-être.
Je préfère parler de certains facteurs biologiques particuliers à chacun des deux sexes (à côté de milliers de facteurs communs) pouvant influencer le développement du cerveau selon le genre. Par exemple, in utero, il est prouvé que le cerveau du petit garçon est influencé par le haut taux de testostérone, et qu’il y a des hormones féminines particulières aux filles qui semblent favoriser le développement de particularités du cerveau féminin (ex.: plus de liens inter-hémisphériques, etc.). Est-ce que ça prouve pour autant que le cerveau du petit garçon est différent de celui de la petite fille? À cet âge, possible.
Mais, par la suite, d’autres facteurs s’ajoutent à cette prédisposition biologiques, comme la qualité du lien et des soins donnés par les premières figures d’attachement, la construction psychologique de l’enfant et de l’adolescent, l’éducation, etc. Sans oublier un facteur très important qui restera actif toute la vie: la plasticité du cerveau humain. Même s’il y a possiblement des prédispositions biologiques, le cerveau peut évoluer, se développer et changer. Autrement dit, si des prédispositions biologiques influencent le développement selon le genre, la plasticité du cerveau, accompagnée des multiples facteurs qui influencent ce dernier, doivent aussi être pris en compte. Le résultat en est certainement une diversité de cerveaux où il est difficile de différencier celui des hommes et des femmes une fois adulte. Un débat complexe, s’il en est un.