Les inégalités, ça se combat

Il est possible pour les gouvernements d’atténuer les iniquités grâce à leurs choix politiques. Tout n’est pas rose au Québec, nous rappelle Charles Grandmont, mais c’est quand même un des endroits les plus égalitaires au monde !

Photo : Daphné Caron

L’époque est tellement chargée de mauvaises nouvelles qu’il est facile de louper celles qui peuvent nous redonner un peu d’espoir.

Tenez, en janvier, l’ONG antipauvreté Oxfam International dévoilait son très sombre rapport annuel sur les inégalités. Accrochez-vous, ça donne le vertige : le 1 % le plus riche de la planète a monopolisé 46 % des richesses produites l’an dernier ; les 26 personnes les plus riches du monde possèdent autant que la moitié la plus pauvre de l’humanité ; un nouveau milliardaire apparaît tous les deux jours.

« Les inégalités ne sont plus contrôlables, le modèle néolibéral attise la colère partout dans le monde », s’alarme la directrice d’Oxfam International, l’Ougandaise Winnie Byanyima. Il est urgent, dit-elle, que les États rétablissent une meilleure justice fiscale entre les mieux nantis et les plus pauvres.

Le portrait dessiné par Oxfam a certes de quoi nous faire broyer du noir. Le taux d’imposition des entreprises est à la baisse, le recours aux paradis fiscaux ne cesse de croître, ce qui laisse les gouvernements à court d’argent pour financer les services publics, tels que la santé et l’éducation, pourtant les clés pour réduire la pauvreté et les inégalités.

Mais ne désespérez pas ! Il est possible pour un gouvernement d’aller à contre-courant grâce à ses choix politiques. Et la preuve se trouve pas plus loin qu’au Québec, comme est venue le confirmer il y a quelques semaines la Chaire en fiscalité et en finances publiques de l’Université de Sherbrooke.

Je sais, nous sommes davantage habitués à grogner contre nos services publics, qui semblent s’en aller à vau-l’eau, faute de ressources. Et à voir les augmentations de salaire consenties aux médecins, qui forment la moitié du 1 % les plus riches du Québec, on n’a pas l’impression que les écarts de revenus rapetissent.

Mais les conclusions de l’économiste Luc Godbout et de son équipe sont limpides : quand on tient compte des effets sur le revenu de chacun de l’impôt payé et des allocations reçues, le Québec est un des endroits les plus égalitaires au monde ! Le secret : un bon dosage depuis 40 ans de politiques fiscales et sociales qui placent le Québec au 11e rang du palmarès des 36 États membres de l’OCDE, tout juste derrière la Suède, et bien en avant du Canada, qui se classe en milieu de peloton.

Bon, certains diront qu’il est possible de faire mieux encore, et ils auront raison. En Islande, champion mondial de l’égalité, l’écart des revenus est moindre de 15 % par rapport au Québec.

D’autres soutiendront que nous payons déjà trop d’impôts au Québec, et qu’il faut d’abord donner de l’air aux contribuables. Il est vrai que le Québec est l’endroit en Amérique du Nord où la pression fiscale est la plus forte. La part du PIB prélevée par le fisc sous toutes ses formes y est de 37,3 %. Mais elle n’est pas si éloignée de la moyenne des membres de l’OCDE (34,2 %), et encore bien loin de la France (46,2 %), où les gilets jaunes se sont révoltés contre les iniquités fiscales. (Sur ce dernier sujet, Pierre Fortin ajoute un éclairage économique inédit dans sa chronique, laquelle marque ce mois-ci son 20e anniversaire à L’actualité !)

Et j’ajoute une dernière nouvelle encourageante avant de vous laisser retourner aux nouvelles moches. Les paradis fiscaux font moins de dommages au Québec qu’ailleurs dans le monde, selon une étude menée par l’économiste Julien Martin, de la Chaire de recherche de l’UQAM, sur les répercussions locales des firmes multinationales.

Les entreprises québécoises réussissent à soustraire en moyenne 5 % de leurs impôts à payer au moyen de l’évitement fiscal, selon le chercheur, comparativement à 7 % pour les entreprises canadiennes et à 20 % pour les américaines. Les multinationales québécoises réduisent ainsi leur facture fiscale mondiale d’environ 350 millions de dollars. C’est certes considérable, mais le combat pour contrer cette détestable pratique y apparaît moins titanesque qu’ailleurs.

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6 commentaires
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Wow surprenant mais surtout rassurant cette belle valeur de justice et d’égalité au Québec …Les Québecois comprendront à quoi leur impot élevé est utilisé …Merci de nous faire comprendre

Il existe toutes sortes de « mantras » qui ne nous permettent pas de trouver des réponses justes pour des problèmes bien réels. C’est encore vrai en économies. Seulement, à force de les répéter, nous finissons par nous convaincre qu’ils sont vrais.

Ainsi, nous nous imaginons que la fiscalité permet de combattre les inégalités, puisque les administrations ponctionnent plus aux riches qu’aux pauvres. Ces ponctions sont converties en services, ainsi les services reçus compensent (parfois largement) ce que les pauvres reçoivent en valeurs numéraires.

Dans les pays considérés comme les plus égalitaires, tout le monde paye beaucoup d’impôts, car presque tout le monde reçoit des valeurs numéraires qui leur permettent de payer des impôts (et des taxes).

En quoi est-il intéressant d’offrir des services qui ne peuvent être donnés également à toute la population, il y a toujours des choix budgétaires à faire et des conditions d’attribution du ou des services qui restreignent les services ?

Cela ne produit-il pas quatre classes de citoyens ? — 1/ Les riches qui pourraient ne recevoir aucun service public pour autant qu’on les ponctionne moins. 2/ Ceux qui vivent au crochet des services publics (parfois largement). 3/ Ceux qui dépendent en permanence des services publics. 4/ Ceux qui au final n’ont rien ou pas grand-chose puisqu’ils ne sont pas éligibles à tous les services théoriquement offerts ou parce qu’ils sont de facto exclus des services qui ne sont pas couverts. On pourrait ajouter une ultime classe : 5/ Celles et ceux qui vivent dans la marginalité parce qu’elles ou ils n’attendent pratiquement plus rien.

Une société est égalitaire, lorsqu’il y a répartition équitable de tout le bien commun, lorsqu’il y a effectivement égalité des chances de trouver un emploi décent et convenablement rémunéré, lorsque les citoyens peuvent s’éduquer ou entretenir leur éducation tout au long de la vie, lorsque la solidarité n’est pas un vain mot, lorsque les personnes les plus vulnérables sont aidées convenablement, lorsqu’une personne (ou une famille) peut se vêtir, se loger, se nourrir sainement (conformément au Guide alimentaire) sans à chaque jour devoir passer par des arbitrages qui font mal et qui ne contribuent guère à nourrir qui plus est : l’estime de soi.

Ne serait-il pas temps et opportun de s’offrir de nouveaux mantras et d’observer si par la fiscalité tout le monde obtient les services qui conviennent exactement toujours selon sa condition ? Qu’est-ce qui empêche le Québec d’être à l’avant-garde plutôt que dans une moyenne rassurante selon des standards de l’OCDE ?

Les meilleures lois fiscales au monde n’empêcheraient pas les inégalités. Ce ne sont pas les baisses d’impôt qui ont permis aux riches de s’enrichir pour atteindre ces hauts sommets.

De nombreux changements dans les règles et les structures institutionnelles ont permis aux riches de s’enrichir autant. Par exemple, au fil des années, les gouvernements ont renforcé les monopoles en octroyant un plus grand nombre de brevets et de droits d’auteur qui n’étaient pas brevetable auparavant tels que les formes de vie et les méthodes commerciales. Ceux-ci rapportent maintenant des dizaines, voire des centaines de milliards de dollars à leurs propriétaires. Si l’importance de ces monopoles n’est pas clair, demandons-nous ce que serait aujourd’hui la fortune de Bill Gates si tout le monde avait pu copier ses logiciels sans lui remettre un sous ?

Comment un PDG pourrait-il obtenir plus de 200 à 300 cent fois les revenus de ses subordonnés si des règles de gouvernance d’entreprises permettaient d’empêcher cette arnaque ?

Le secteur financier est une autre source d’inégalité. Nos gouvernements ont aidé ces fortunes de nombreuses manières, notamment en sauvant les banques des grandes banques, il y a une décennie. Ils ont également délibérément structuré le secteur de manière à faciliter des fortunes considérables en ingénierie financière.

Il n’y a aucune raison de concevoir une économie de manière à ce que l’essentiel des gains de la croissance vise ceux au sommet. De meilleurs politiques doivent être conçus.

À force de vouloir aplanir les « inégalités », on va étouffer toute initiative individuelle et ainsi mettre fin au dynamisme de nos entreprises et de nos individus. Ils font tout simplement aller exercer leurs talents ailleurs où l’atmosphère est plus respirable.

https://www.journaldemontreal.com/2012/03/07/cours-de-fiscalite

“Le vice inhérent au capitalisme consiste en une répartition inégale des richesses. La vertu inhérente au socialisme consiste en une égale répartition de la misère.” – W. Churchill

Un chausson avec ça M.Grandmont.

Ça prend pas une maîtrise pour comprendre le fonctionnement des inégalités sur terre. Ça prend juste des yeux grands ouverts devant les trous. Et ça part de ceux qui ont seulement deux trous pas d’yeux pour voir la misère engendrée par leur ingratitude et surtout leur manque total de compassion pour leur semblable. Et ça a rien à voir avec la couleur car des trous pas d’yeux y’en a de toutes les races.