Les lumières de Tobrouk

Les yeux du monde étaient rivés sur la bande de Gaza. Pourtant, c’est en Libye que se dessinait l’échiquier sur lequel se jouera, au cours des prochaines semaines, la sécurité de toute l’Afrique du Nord… et peut-être même d’une partie de l’Europe.

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Tobrouk, célébrée au cinéma, notamment par le réalisateur Arthur Miller en 1966, est aujourd’hui le symbole de la lutte des nationalistes libyens contre les milices islamistes. – Droits réservés

Les yeux du monde étaient rivés sur la bande de Gaza, pourtant c’est en Libye que se dessinait l’échiquier sur lequel se jouera, au cours des prochaines semaines, la sécurité de toute l’Afrique du Nord… et peut-être même d’une partie de l’Europe.

Depuis la chute, en 2011, du dictateur Mouammar Kadhafi, tous les espoirs étaient permis pour la Libye, ce grand pays désertique de plus de six millions d’habitants, riche des 10es réserves de pétrole du monde. L’euphorie démocratique régnait. Depuis quelques mois, pourtant, tout va de mal en pis.

L’aéroport de la capitale, Tripoli, est assiégé par des milices islamistes rivales. Des champs pétrolifères sont en feu. Benghazi, la deuxième ville du pays, est tombée aux mains des milices islamistes. Un général à la retraite, formé aux États-Unis, leur mène la guerre sans l’accord du gouvernement nouvellement élu. Dans tout le pays, la population subit les exactions de chefs tribaux, qui veulent s’emparer de la rente pétrolière.

La Libye s’engouffre dans une guerre civile dont les débordements pourraient déstabiliser ses voisins — l’Algérie, le Tchad, la Tunisie, l’Égypte — et inciter des milliers de réfugiés à prendre la mer pour fuir vers l’Europe.

Afin d’éviter un tel drame, la diplomatie s’active. Les États-Unis, la Grande-Bretagne, l’ONU et les pays voisins pourraient répondre favorablement à la demande de mise sur pied d’une force de maintien de la paix formulée par le gouvernement libyen.

« La Libye ne s’en tirera pas toute seule », affirme un des grands spécialistes des réformes économiques et politiques dans les États arabes du Golfe et en Afrique du Nord, le professeur Diederik J. Vandewalle, du Dartmouth College, une université du nord-est des États-Unis.

Il faut éviter que la Libye ne devienne une nouvelle Somalie, un pays sans État, qui va à la dérive.

Le monde a besoin que le marché de l’Afrique, continent qui connaît la plus forte croissance économique, soit en paix. Ce n’est pas pour rien que le président des États-Unis, Barack Obama, s’est engagé début août à investir 33 milliards pour aider l’Afrique subsaharienne à se développer.

En Libye, les espoirs viennent présentement de Tobrouk, grande ville portuaire près de la frontière égyptienne. Le gouvernement libyen, élu le 25 juin, y a siégé début août. Les trois quarts des députés se sont réunis. Tous des anti-islamistes. Les islamistes ne sont pas venus.

Cinéphiles et amateurs de jeux de stratégie reconnaîtront le nom de Tobrouk. Cette ancienne forteresse romaine a été popularisée par de grands films, comme Un taxi pour Tobrouk (avec Lino Ventura et Charles Aznavour) ou Tobrouk : Commando vers l’enfer (avec Rock Hudson).

Âprement disputée pour son port en eaux profondes par les Allemands et les Britanniques lors de la Deuxième Guerre mondiale, Tobrouk devient aujourd’hui le symbole de la lutte des nationalistes libyens contre les milices islamistes, qui rêvent d’un califat s’étendant de l’Irak à l’océan Atlantique.

L’espoir est encore permis, me disait Diederik Vandewalle. Les Libyens éprouvent un fort sentiment national. Les différentes milices ne forment pas encore une organisation unifiée. Et la population musulmane est favorable à un État séculier. L’idée de transformer la Libye en une fédération — rassemblant tribus, régions et factions dans un projet commun tout en leur laissant une certaine autonomie — fait son chemin parmi les élites. Cette fédération pourrait tenir en échec le califat islamique dont rêvent les milices rivales.

Mais le temps presse. Et ce n’est ni en Israël ni à Gaza que se joue en ce moment l’avenir de la région. C’est en Libye.

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référence éditorila du 14 juin.
Je ne comprend pas que l’on compare bonmbardier a Boko Haram? pourquoi pas a SNC lavalin qui a surment eu des contrats lucratifs dans ce pays. C’est une inslute injustifié.

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