Les mustangs de l’aréna

S’il y a un endroit où les Québécois devraient briller à Vancouver, c’est bien sur la boucle de patinage de vitesse courte piste. Six médailles, qu’ils visent !

Photo : Paul Chiasson / PC
C. Hamelin (Photo : Paul Chiasson / PC)

« Aucune peur, aucune crainte, aucune angoisse… J’ai juste hâte de sauter sur la glace », lance gaiement Charles Hamelin. Le patineur de vitesse courte piste piaffe quasiment d’impatience. Avec ses neuf coéquipiers, il part pour une mission ambitieuse : décrocher six de ces curieux disques ondulés qui récompenseront les vainqueurs à Vancouver 2010. C’est le sixième des 35 médailles dont rêve le Canada !

« D’après les performances de ces athlètes dans les trois dernières années, c’est un espoir réaliste », estime Yves Hamelin, le très posé directeur du programme de l’équipe nationale – et, oui, le père de l’autre.

Comme les Sud-Coréens, les Chinois et les Américains, les Canadiens sont des maîtres du sprint sur lames. Et cela, c’est beaucoup grâce aux Québécois. Neuf des dix membres de l’équipe nationale sont d’ici. La chef de mission pour ces Jeux olympiques, Nathalie Lambert, est d’ailleurs une ex-championne de cette jeune discipline, admise aux Jeux en 1992, qui comporte quatre épreuves (voir l’enca­dré). « Le Québec possédant presque la moitié du réservoir de patineurs de vitesse courte piste au Canada, il en sort régulièrement des athlètes de haut niveau », explique Yves Hamelin. Il le sait mieux que personne. En octobre 2008, lors d’une épreuve de 1 000 mètres en Coupe du monde, il a vu ses deux fils monter sur le même podium – Charles sur la première marche, François sur la troisième !

Le Québec devrait donc être rivé au téléviseur en février. Surtout que le patinage de vitesse courte piste est bien télégénique. Quand les athlètes s’élancent sur la boucle de 111 m, c’est comme si des chevaux de bois partaient au galop dans leur carrousel. Ces mustangs filent à plus de 40 km à l’heure dans leur maillot anticoupures (souvent en kevlar, un matériau ultra-résistant), rasant le sol dans les virages, usant de stratégies pour distancer le peloton. Les dépassements sont trépidants, les chutes terrifiantes.

Cette année, le favori s’appelle Charles Hamelin. À 25 ans, l’athlète à la gueule d’artiste – cheveu qui boucle et barbe qui pique – n’a pas le cou assez long pour porter toutes ses médailles. Aux trois dernières Coupes du monde, il en a raflé 29… À Turin, en 2006, il avait gagné la médaille d’argent au relais, mais raté d’un poil le podium du 1 500 mètres. Il cherchera sa revanche sur la patinoire du Pacific Coliseum. Déterminé, méthodique, le détenteur du record mondial sur 1 000 mètres vise au moins une médaille individuelle en plus de celle du relais. « Chaque fois que je saute sur la glace, c’est dans le but de gagner, lance-t-il sans bravache. À Vancouver, tous les Canadiens et les Québécois seront avec moi dans la course. J’espère les rendre fiers. »

Les amateurs de sport surveilleront aussi Kalyna Roberge, 23 ans, 49 kilos de félinité. Chaque soir, la patineuse à la peau d’or – maman a émigré de l’île Maurice – s’endort en se visualisant sur la glace. « Je révise ma technique, je pense à des stratégies… » À 19 ans, elle avait gagné le cœur du Québec en même temps que la médaille d’argent au relais, à Turin. La malchance l’attendait au détour : trois hernies discales puis une blessure à la hanche ont entravé sa progression, d’où une 10e place au classement du Championnat du monde 2009. Bien soignée, elle revient en force, sinon en confiance. « Je vise une médaille dans pas mal toutes les distances, dit-elle de sa voix flûtée. Ma blessure au dos est maîtrisée. De toute façon, aux Jeux olympiques, je vais « performer », peu importe la douleur ! »

Cette rafale faite femme aura sur les talons Jessica Gregg, Marianne St-Gelais, Tania Vicent et Valérie Maltais. « Les filles ont brillé dans la dernière année, surtout au 500 mètres, et consolident une belle équipe en relais », juge leur directeur. À la Coupe du monde de Pékin, en septembre, deux sont montées sur le podium du 500 mètres : Gregg, née d’un hockeyeur et d’une sprinteuse sur lames, et St-Gelais, tornade adolescente qui a battu le record de vitesse sur cette distance chez les juniors l’an dernier.

De leur côté, les compétiteurs masculins devront compter avec François Hamelin, Guillaume Bastille, Olivier Jean et François-Louis Tremblay. Ils n’auront pas de mal à remarquer Jean, qui porte ses tresses rastas blondes à 1,90 m de hauteur ; le géant de sa discipline a soigné une grave coupure à la cheville pour gagner la médaille de bronze sur 500 mètres au Championnat du monde 2009. Tremblay, pour sa part, blessé lors des épreuves de sélection, en août, a reçu un laissez-passer pour ses troisièmes Jeux. Il voudra refaire le coup de Turin, où il avait gagné la médaille d’argent au 500 mètres et au relais.

Dans ce sport de vitesse pure, le moindre faux pas peut causer une chute. Pour amortir les dérapages, l’aréna Maurice-Richard, où s’entraîne l’élite, s’est doté d’un système de matelas l’an dernier. Juste à temps pour les Jeux olympiques… L’équipe se trouve donc en grande forme, assure son directeur, même si certains craignent qu’elle ne pâtisse de vieilles blessures. Par chance, les athlètes sont des maîtres de la gestion de la douleur. « En compétition, tes jambes veulent exploser, et après, t’es fini, décrit Charles Hamelin. En musculation, c’est encore pire. »

Que l’équipe remporte ou pas son pari de six médailles, elle savourera sa présence à Vancouver. En mordant dans un hamburger ! « Un repas chez McDonald’s après une compétition, c’est un petit écart à l’alimentation sportive qui fait bien plaisir », dit en rigolant Yves Hamelin. Le picotin d’avoine des mustangs de l’aréna.

PATINAGE DE VITESSE COURTE PISTE

Épreuves individuelles
De quatre à six athlètes s’élancent en peloton. Les premiers au fil d’arrivée (souvent au nombre de deux) passent à la série suivante, jusqu’à la finale.

500 mètres
Record masculin : 41,05 s
Record féminin : 42,61 s

1 000 mètres
Record masculin : 1,2345 min Record féminin : 1,2949 min

1 500 mètres
Record masculin : 2,1064 min Record féminin : 2,1673 min

Relais
La course se fait sur 3 000 mètres chez les femmes et 5 000 mètres chez les hommes. Elle oppose quatre équipes par tour. Quatre athlètes se succèdent sur la glace, effectuant l’échange sans témoin, en poussant le dos de leur coéquipier.