Les nouveaux ailleurs

Vous êtes amateur d’espaces vierges ? De dépaysement ? De régions peu fréquentées ? Coup d’œil sur les destinations qui montent.

Vacances : Les nouveaux ailleurs
Dubrovnik, Croatie (photo : iStock)

L’an passé, le Myanmar (ou Birmanie) était une destination honnie. La leader Aung San Suu Kyi, élue en 1990 mais assignée à résidence depuis, avait appelé au boycottage du tourisme pour ne pas enrichir indûment la junte militaire au pouvoir. Puis, l’été dernier, la Nobel de la paix a retiré son appel, estimant que sa cause serait mieux servie si le plus grand nombre possible d’étrangers découvraient la dure réalité de son pays – les moines bouddhistes y ont mené de grandes manifestations en raison de la cherté de la vie et ont été victimes de répression.

Le Myanmar est donc redevenu une destina­tion que le voyagiste torontois Gap Adventures offre à ses clients. « Et ça marche très bien, dit le PDG de l’entreprise, Bruce Poon Tip. Même si ça reste une destination marginale. »

Les motifs qui poussent les voyageurs à préférer un pays à un autre sont très variés. Il y a quelques années, c’étaient les ouvrages pharaoniques d’une ville attraction, Dubaï, qui attiraient leur attention. Quelques années plus tôt, les splendeurs naturelles de la Nouvelle-Zélande, dévoilées dans Le seigneur des anneaux, avaient entraîné une hausse marquée du nombre de visiteurs dans ce pays. Et ce printemps, c’est l’éruption d’un volcan qui a attiré des hordes de voyageurs internationaux en Islande.

D’autres phénomènes, comme l’évolution des comportements sociaux, favorisent l’émergence d’une destination plutôt qu’une autre. « Ainsi, l’intérêt marqué des Québécois pour les vins du Languedoc-Roussillon explique leur engouement pour cette région ces dernières années », constate Caroline Putnoki, directrice pour le Canada d’Atout France, qui fait la promotion du tourisme français.

Cette tendance en rejoint une autre, en hausse partout : le goût d’explorer une région en particulier. « Les gens en ont assez de faire du kilométrage et de vivre dans leurs valises, dit Michel Derome, propriétaire de l’agence Club Voyages Tourbec, à Laval. Ils préfèrent louer une maison et rayonner autour. Il y a beaucoup à voir et à faire dans chaque région du Portugal, de l’Italie ou de la France… »

Les compagnies aériennes offrent, par conséquent, plus de vols directs vers Nantes, Montpellier, Newcastle, Bâle… Cet été, Air Transat lance une liaison Montréal-Lamezia Terme, en Calabre. Le transporteur compte sur une clientèle quasi assurée, puisque beaucoup d’Italo-Montréalais sont d’origine calabraise. L’idée de la découverte séduira bien d’autres voyageurs.

L’aventure doit tout de même être sécuritaire, et la destination, offrir un minimum de stabilité politique. Pendant des années, le tourisme québécois en Colombie a été restreint aux complexes de villégiature de Carthagène, loin des zones occupées par des groupes armés. Aujour­d’hui, la capitale, Bogotá, figure sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco. On peut visiter la ville sans danger, et une bonne partie du pays est devenue accessible aux touristes grâce aux militaires qui patrouillent les sites les plus fréquentés. Après 25 ans de guerre civile, le Sri Lanka s’est lui aussi ouvert au tou­risme, il y a un an, en misant sur sa faune, sa richesse cul­tu­relle et son immense potentiel balnéaire.

Il arrive également qu’une destination touristique prospère soit délaissée pendant quelques années, avant d’être de nouveau attrayante. Sous Tito, dans les années 1970 et 1980, la Croatie attirait les vacanciers de partout en Yougoslavie, jusqu’à ce qu’elle sombre dans la guerre la décennie suivante. Depuis une dizaine d’années, ce petit pays de l’Adriatique est redevenu une destination courue. Ce sont d’abord des Européens qui l’ont visité, puis des Québécois, qui ont été conquis par son littoral, réputé pour être l’un des plus ravissants du monde, ses villes vénitiennes bien conservées et sa cité phare, Dubrovnik, qui rayonne sur l’Adriatique. Aujourd’hui, tous les pays des Balkans en bénéficient.

« Beaucoup de voyageurs ont tout vu de l’Europe et ils veulent découvrir des endroits qui n’ont pas été envahis par les touristes », dit Colette Girard, propriétaire du voyagiste montréalais Jolivac. Cette année, elle propose un nouveau circuit qui traverse six pays des Balkans, dont l’Alba­nie, le Monténégro et la Bosnie-Herzégovine. « C’est une Europe très différente : orthodoxe et musulmane, riche en histoire et en décors naturels intacts. »

Parmi les pays du Maghreb, le Maroc attire depuis des années des contingents de Québécois en quête de longs séjours, d’escapades dans le désert et de bains de culture urbaine. Et voilà que Marrakech est devenue une destination haut de gamme depuis la construction récente d’hôtels de luxe et qu’elle est soudainement prisée par des Nord-Américains for­tunés. Inversement, l’archipel des Turks et Caicos est fréquenté depuis des lustres par les Canadiens anglais. Ces dernières années, il a suscité l’intérêt de Québécois passionnés de plongée sous-marine ou las des Caraïbes, et qui bénéficient maintenant d’un vol direct depuis Montréal.

Sam Char, directeur général de Sunwing au Québec, retient un autre facteur décisif dans le choix d’une destination soleil. « Les touristes ne la choisissent plus en fonction du pays, mais des propriétés hôtelières qui y sont offertes. » L’hiver dernier, il proposait un séjour au Honduras et un au Venezuela. Ce n’est pas en raison des ruines mayas de Copán ou des chutes du Salto Angel, les plus hautes du monde, qu’il avait choisi ces destinations, mais parce que Sunwing avait négocié de bons tarifs avec des complexes de villégiature dans ces pays. Car ce que cherchent la plupart des voyageurs, c’est un bon prix.

À moins, bien sûr, qu’ils désirent la sainte paix à tout prix. « Depuis quelque temps, note Bruce Poon Tip, nos clients nous demandent s’il y a une connexion Internet Wi-Fi à l’hôtel, mais pas parce qu’ils veulent s’en servir. Ils veulent plutôt s’assurer qu’il n’y en a pas et qu’on ne pourra pas les joindre ! »