Les organismes communautaires québécois en première ligne 

Centraide du Grand Montréal lance un fonds d’urgence et invite les Québécois à offrir leur soutien en ce temps de crise.

Lili-Anna Pereša, présidente et directrice générale de Centraide du Grand Montréal (Photo : D.R.)

Le nombre d’appels à la ligne 211, qui dirige les plus défavorisés vers les organismes et ressources communautaires, a commencé à prendre de l’ampleur juste après le premier point presse du premier ministre du Québec, le 12 mars. « Aujourd’hui, tout le Québec doit se mettre en mode d’urgence », déclarait François Legault d’un ton grave. 

Au même moment, l’organisme Centraide du Grand Montréal, qui récolte et distribue des dons à 350 organismes communautaires, recevait des dizaines d’appels inquiets de ces mêmes organismes, craignant d’être incapables de fournir à la demande. La situation allait empirer lorsque, le samedi 14, ils allaient voir disparaître une partie de leurs bénévoles, les plus de 70 ans ayant été sommés de rentrer à la maison.

Pour faire face à la crise, Centraide du Grand Montréal a créé le 20 mars un fonds d’urgence, destiné aux organismes communautaires de Montréal, Laval et Longueuil ainsi qu’à ceux soutenus par la santé publique. En seulement 48 heures, Centraide a approuvé la somme de 314 000 $ pour répondre aux demandes de 29 organismes

Cette capacité de réaction a été rendue possible grâce aux dons de particuliers, d’entreprises et de municipalités. La Ville de Montréal a offert 1,2 million de dollars et la Ville de Laval, 400 000 dollars. Près de 800 personnes ont également envoyé un don directement à Centraide, par son site Internet. 

Lors du point presse quotidien de jeudi, Québec a aussi annoncé la mise en place du site Internet jebenevole.ca, pour réunir les organismes qui souhaitent recruter des bénévoles et les Québécois qui souhaitent s’impliquer. « On fait appel à la solidarité des Québécois », a déclaré Jean Boulet, le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale.

« Grâce au 211 et à cet afflux d’appels sur le site de Centraide, nous avons déterminé les besoins de première ligne et nous sommes en train de mobiliser tout le réseau communautaire, un peu comme le premier ministre le fait avec le personnel de la santé », explique Lili-Anna Pereša, présidente et directrice générale de Centraide du Grand Montréal.

Les besoins sont immenses

Le quart des appels à l’aide proviennent des personnes âgées, et le tiers concerne les besoins alimentaires ainsi que la livraison à domicile. « Un grand nombre d’aînés confinés chez eux étaient déjà dans des situations vulnérables avant la crise. Leur livrer des repas préparés, c’est une grande priorité », dit Lili-Anna Pereša. 

L’autre préoccupation, ce sont les enfants des familles défavorisées, qui ne peuvent plus compter sur les repas à la cantine maintenant que les écoles sont fermées. « Pour beaucoup, la cantine offrait le seul bon repas de la journée. Donc maintenant, tout le réseau doit s’adapter et répondre à ces nouveaux besoins. »

Lili-Anna Pereša rappelle que, dans l’agglomération de Montréal, une personne sur six vit dans la pauvreté. « Bien sûr, je souligne la solidarité des Québécois, qui vont par exemple faire des courses pour leurs voisins dans le besoin. Dans les quartiers aisés ou semi-aisés, les choses se passent bien, mais dans des lieux plus défavorisés, c’est plus compliqué. »

La présidente de Centraide du Grand Montréal donne l’exemple du quartier montréalais du Plateau-Mont-Royal, où un grand nombre de personnes âgées vivent dans la pauvreté. « Il y a beaucoup de HLM et, dans ces tours, les gens sont entourés de personnes défavorisées. C’est pour ce genre de situations que le besoin de bénévoles externes est important. »

Un appel aux moins de 70 ans

Les Québécois de moins de 70 ans et en bonne santé peuvent participer à la distribution de nourriture aux personnes défavorisées, mais le bénévolat peut aussi prendre une forme virtuelle. La ligne 211, par exemple, a besoin de gens pour répondre à la forte augmentation d’appels. Il faudra aussi aider certaines personnes à produire leurs déclarations de revenus, même si Québec et Ottawa ont repoussé les dates limites. « Le gouvernement fédéral a annoncé des mesures pour les personnes plus vulnérables, âgées et qui ont des problèmes de santé mentale, mais pour que ces gens-là aient le droit à des aides, ils doivent remplir leurs déclarations. Et ils vont avoir besoin d’aide pour le faire à distance », explique Lili-Anna Pereša. 

Pour la présidente de Centraide du Grand Montréal, cet exemple illustre le fait qu’en temps de crise, toute expertise peut s’avérer utile. Et le site jebenevole.ca mis en place par le gouvernement sera un outil pour disposer au mieux du savoir-faire des Québécois prêts à faire du bénévolat.

La crise de la COVID-19 représente une tempête pour le milieu de l’entraide communautaire, qui a dû s’adapter à toute vitesse. « On vit de longues journées, sept jours par semaine, raconte Lili-Anna Pereša. Il y a beaucoup d’adrénaline pour pouvoir réagir rapidement, mais aussi un engagement profond de tout le monde. J’ai la meilleure équipe sur la planète Terre », dit-elle.

Les organismes communautaires dans le besoin peuvent demander de l’aide en remplissant un formulaire en ligne sur le site de Centraide du Grand Montréal. L’organisme se donne 48 heures pour leur envoyer de l’argent. Les besoins sont immenses : sur les 3 200 organismes communautaires du Québec, Lili-Anna Pereša estime que le tiers sont des ressources de première ligne. 

Pour être en mesure de produire des repas, acheter des aliments ou les distribuer, les organismes ont besoin pour la plupart de 20 000 à 25 000 dollars par mois. « Pour les soutenir, on évalue avoir besoin de 30 millions de dollars par mois », explique la présidente et directrice générale de Centraide du Grand Montréal. 

« Nous ne savons pas dans quelle situation nous serons dans quelques semaines, il faut se tenir prêts », dit Lili-Anna Pereša.

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