Les parents à la défense de l’école publique

«L’éducation, ce n’est pas une dépense, c’est un investissement.»

La fille de Fanny Cyr a signé son nom sur la carte postale et dessiné son autoportrait. «Les coupures en éducation ont un visage : le mien !» dit le slogan sur la carte.

De nombreux autres enfants ont fait la même chose, dimanche, dans la cour verdoyante de l’école Sophie-Barat, à Montréal, où se tenait un rassemblement de la Coalition des parents pour l’école publique. Les cartes postales seront livrées au ministre de l’Éducation, François Blais, d’une façon «qui ne passera pas inaperçue», promet Eve Kirlin, porte-parole de la Coalition. Cette mère de quatre enfants est également vice-présidente aux communications du Comité de parents de la Commission scolaire de Montréal (CSDM).

Ils étaient environ 500, parents et enfants de tous les âges de la grande région de Montréal, venus manifester leur désaccord au sujet des compressions massives en éducation. Le dernier budget du Québec, déposé en mars, prévoit une hausse famélique de 0,2 % des dépenses en éducation pour 2015-2016, ce qui ne couvre même pas la hausse normale des coûts (liée à l’inflation et aux conventions collectives). Cela se traduit donc par des coupes dans la majorité des commissions scolaires. La CSDM a déjà annoncé des compressions de 41 millions sur deux ans, tandis que la Commission scolaire de Laval devra retrancher 13 millions de son budget dans l’année à venir.

Plusieurs, comme Monique Taillefer et Mario Cyr, craignent que les services aux enfants handicapés se réduisent comme peau de chagrin. Leur fille Marianne, 12 ans, est trisomique, et c’est grâce à l’aide d’éducateurs spécialisés qu’elle arrive à progresser.

Fanny Cyr et sa fille, Laurie. (Photo : Catherine Dubé)
Fanny Cyr et sa fille, Laurie-Anne. (Photo : Catherine Dubé)

Carole Morin, une autre mère, est convaincue qu’une société gagne à soutenir ses jeunes en difficulté. C’est même rentable, estime-t-elle. Le parcours de sa fille Tatyana, 19 ans, le démontre de façon éclatante. Atteinte de déficience intellectuelle légère, celle-ci a pu fréquenter des classes d’adaptation scolaire au primaire, et suivre ensuite un programme particulier de préparation au travail, à la Commission scolaire de Laval.

«Grâce au soutien qu’elle a reçu, elle a pu faire un stage et ensuite être engagée comme commis au rayon des fruits et légumes chez Super C», se réjouit sa mère. «Cette demoiselle est maintenant une citoyenne à part entière, avec un emploi.» Tatyana n’est pas venue au rassemblement de dimanche… parce qu’elle travaillait, justement !

Ce programme de préparation au travail ne disparaîtra pas complètement. Mais quel soutien sera donné aux élèves, une fois que le rouleau compresseur sera passé sur le budget ?

Personne ne sait encore concrètement comment les coupes affecteront les services dans les écoles de la province, l’automne prochain. Mais elles les affecteront, c’est maintenant certain, déplore Eve Kirlin, porte-parole de la Coalition. La commission scolaire de Montréal a annoncé la suppression de 170 postes, rappelle-t-elle, ce qui risque d’entraîner un jeu de dominos.

«Si on coupe 25 éducateurs spécialisés, par exemple, les postes de ceux qui restent devront être redéfinis pour couvrir les besoins des élèves. Ces postes remaniés seront attribués selon l’ancienneté, et cela risque de causer des mouvements de personnel. En bout de ligne, tous les enfants risquent d’être touchés — même ceux qui continueront de recevoir des services, car ces services ne seront pas donnés par le même professionnel qu’avant, alors qu’on sait que la stabilité est importante pour ces enfants !»

Photo : Catherine Dubé
Photo : Catherine Dubé

Les élèves sans problème particulier, eux, écoperont par la bande. «Si un directeur fait davantage d’administration parce qu’il n’a plus de personnel de soutien, il consacre moins de temps à ses professeurs. Ça a des conséquences sur les élèves en bout de ligne.»

C’est pourtant le genre de solutions proposées dans le rapport d’enquête sur la Commission scolaire de Montréal, produit par la société Raymond Chabot Grant Thornton à la demande du ministre, et que la CSDM applique maintenant.

Même si le rapport affirme à la page 2 que la CSDM pouvait atteindre l’équilibre budgétaire «en maintenant les services offerts à sa clientèle», il propose à la page 27 de couper près de 30 postes de techniciens en éducation spécialisée et 7 postes de préposés aux handicapés. Si ce ne sont pas des services aux élèves, on se demande bien ce que c’est.

Le rapport recommande par ailleurs une réforme en profondeur du fonctionnement de la commission scolaire. À cet égard, les enquêteurs ont, par exemple, noté des doublons dans les services administratifs et des actions non concertées dans l’entretien des immeubles, ainsi qu’un manque d’outils de gestion performants. L’approche de gestion, qualifiée de «traditionnelle», est plutôt basée sur les expériences passées.

Se pourrait-il que le ministre de l’Éducation ait raison de penser qu’il y a un peu de ménage à faire dans la gestion des commissions scolaires ? «Est-ce qu’il y a place à l’amélioration ? Rrès certainement», reconnaît Eve Kirlin, vice-présidente aux communications du Comité de parents de la CSDM et organisatrice du rassemblement de dimanche.

«Mais présentement, poursuit-elle, les demandes de coupes viennent de gens qui ne sont pas sur le terrain. Ils regardent des chiffres et se disent : la colonne des revenus est moins élevée que la colonne des dépenses, alors on coupe. Mais ils ne se demandent pas pourquoi certains services coûtent plus cher que ce qui est financé par Québec.»

S’il y a une personne qui devrait croire au système d’éducation québécois, c’est bien le ministre de l’Éducation, pense Eve Kirlin. C’est lui qui devrait vouloir y «investir». «L’éducation, ce n’est pas une dépense, c’est un investissement. Malheureusement, ce n’est pas un mot fréquent dans la bouche de monsieur Blais.»

Dans la même catégorie
Boutique Voir & L'actualité

Obtenez jusqu’à 40% de plus pour votre prochaine sortie

6 commentaires
Les commentaires sont fermés.

Vous savez pourquoi ils défendent l’école publique? Parce qu’ils ne connaissent pas l’école privée.

Quiconque a envoyé son enfant au privé ne revient JAMAIS en arrière sauf dans des cas très exceptionnels.

Et quand ton enfant n’est pas accepté au privé? Ou que tu n’as pas les moyens de l’y envoyer? Ou que tu demeures dans un secteur où il n’y a pas d’école privée?

La question que vous auriez due lui poser est celle-ci : pourquoi il y a si peu de parents qui envoient leurs enfants à l’école primaire privée, si l’école publique était affreusement pourrie ? Comme, c’est au primaire que se développe la base des connaissances utiles, ce n’est pas au secondaire que se fera le rattrapage.

Pas un fan de ce parti mais c’est un des cheval de bataille de la CAQ. Et ils ont bien raison, du moins en ce qui concerne la problèmatique. C’est plus au niveau des solutions que ça laisse à désirer (quand ils ne sont pas carrément dans le champs).

Il y a 2-3 ans , ma petite fille au primaire( 6ième année) a eu 4 proffesseurs en 6 mois d’ école!! Un congé maternité, un congé maladie, une stagière et finalement celle qui est restée jusqu’ a la fin d’ année!! Heu! de quessé!! La convention collectictive qui est devenue aussi épaisse que le botin téléphonique!!! Ça c’ est l’ école publique!!

Bien d’accord. C’est quoi ça ces maudits syndiqués qui prennent des congés maternité? T’accouche pis tu vas travailler le lendemain! Nos ancêtres faisaient ça. Ahh c’était le bon vieux temps…

Je trouve qu’il y a bien des choses qui sont rendues épaisses…