Les péteux de broue

« Pour qui dois-je voter ? » me demandait récemment une jeune électrice désarmée devant le flot d’information, de mensonges, de menaces d’apocalypse et de demi-vérités que charrie la campagne électorale. « Il suffit d’appliquer quelques bons vieux conseils de mon père camionneur », ai-je eu envie de lui répondre. En voici cinq.

L'édito de Carole Beaulieu : Les péteux de broue
Photo : A. Wyld / PC

UN. « Vote pour le gars [les filles étaient rares à l’époque de mon père] qui voit plus loin que le bout de son nez. »

Vous croyez que l’État ferait plus de chemin avec votre argent s’il finançait des garde­ries publiques plutôt que de verser chaque mois 100 dollars imposables par enfant de moins de six ans à des familles de type traditionnel, où un des deux parents reste à la maison pour s’occuper des petits et l’autre travaille ? (Cela exclut du coup les familles monoparentales.) Ne votez pas conservateur.

Le Parti libéral, le Bloc québécois et le NPD ont des programmes qui tiennent davantage compte de la diversité des familles d’aujourd’hui.

 

DEUX. « N’encourage pas les péteux de broue et les menteurs. »

Si le Canada a moins souffert de la récente crise économique, ce n’est pas parce que les conservateurs sont des génies de la gouvernance.

La conjoncture économi­que était favorable aux pays producteurs d’énergie et de matières premières. Et surtout, le système bancaire canadien était beaucoup plus prudent – et plus contraignant – que celui de nos voisins américains. Ce système réglementé, c’est au grand ministre libéral des Finances que fut Paul Martin qu’on le doit. Stephen Harper avait d’ailleurs vivement dénoncé cette réglementation à l’époque, la jugeant trop sévère.

Un gouvernement libéral ou néo-démocrate pourrait tout aussi bien que les conservateurs assurer la stabilité du Canada.

Mentir au Parlement, comme l’ont fait les conservateurs, qui se sont vus blâmés pour outrage par une majorité des élus de tout le pays, « c’est pas mal, au registre des menteries », aurait dit mon paternel.

 

TROIS. « Méfie-toi de ceux qui croient toujours avoir raison. »

Stephen Harper a tort de dire qu’une coalition serait illégitime. Et il le sait. Pourtant, il refuse de l’admettre. Cette incapacité de reconnaître ses erreurs est peut-être un vice de fabrication chez lui, présume avec humour, dans son blogue, ma collègue Chantal Hébert.

L’un des modèles politi­ques de Stephen Harper, l’ex-premier ministre australien John Howard, a pourtant dirigé une coalition sans que l’Australie sombre dans le chaos. Stephen Harper l’avait alors trouvé bien rusé.

Rien n’empêcherait les libéraux et les néo-démocrates de former une coalition s’ils le jugeaient bon et que les Canadiens leur accordaient assez de sièges pour le faire. Le Bloc québécois pourrait soutenir leurs projets de loi de temps à autre. Et même la reine Élisabeth ne s’en offusquerait pas. Elle a déjà eu affaire à des indépendantistes pas mal moins civilisés que ne le sont les troupes de Gilles Duceppe.

 

QUATRE. « Vote pour quel­qu’un qui défend tes idées, même si elles sont minoritaires (un jour, qui sait, ça changera). »

Vous êtes convaincu que le fait français en Amérique ne peut survivre sans une garantie constitutionnelle forte du caractère national du peuple québécois ? Votez pour le Bloc. Aucun autre parti fédéral n’a cette question-là à son programme.

Comme le disait à une autre époque le conservateur Brian Mulroney, le Québec sera distinct dans le Canada ou il le sera hors du Canada. Vous pouvez vous accommoder d’un certain flou artistique dans ce dossier-là ? Vous avez l’embarras du choix.

Vous croyez que le Canada doit permettre à moins d’immigrants de faire venir leur famille au pays ? Vous pensez que le Canada a besoin de nouvelles prisons, alors que la criminalité y est en baisse ? Vous croyez au chacun-pour-soi plutôt qu’à la solidarité sociale, à la religion plu­tôt qu’à la science ? Votez conservateur.

 

CINQ. « Vote pour le gars [ou la fille] du coin. »

Aucun enjeu de cette élection ne vous inspire ? Mais vous avez confiance dans un candidat local que vous trouvez énergique, intègre ? Allez-y ! C’est un vert et vous savez qu’il n’a aucune chance de gagner ? Votez pour lui quand même. Ça sert à ça, une élection : à faire entendre sa voix.

« Ton vote est précieux, ma fille, disait mon père. Sers-toi-z’en. »

 

ET ENCORE…

Le candidat conservateur dans Pierrefonds-Dollard, Agop Evereklian, dit que les conservateurs – et non les libéraux – sont les pères du multiculturalisme. Et si c’était plutôt Samuel de Champlain ?

 

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