Les pièges du populisme

Il existe un populisme de gauche de même qu’il en existe un de droite. Et il faut se méfier comme de la peste tant de l’un que de l’autre.

Les pièges du populisme
Photo : Francis Vachon

Le populisme invite à des déclarations comme : « Tous les patrons sont des écœurants, il faut donner le pouvoir aux ouvriers » (s’il est de gauche). Ou encore : « Tous les fonctionnaires sont des paresseux, il faut tout privatiser si on veut des services » (s’il est de droite).

La vérité ne se trouve ni dans une affirmation ni dans l’autre. Nous connaissons tous des fonctionnaires dévoués, brillants, qui se décarcassent pour le bien public et ne comptent pas leurs heures. Nous connaissons tous des entrepreneurs et des gens d’affaires qui ont à cœur le bien-être de leurs employés.

Les slogans sans nuances des populistes n’aident en rien les gens à trouver des solutions aux problèmes que connaît pré­sentement la société québécoise, qu’il s’agisse du manque de médecins de famille ou de l’intégration des immigrants.

Pourquoi est-ce que je vous parle de « populisme » ?

Parce que cet automne venteux en est chargé, au Québec comme ailleurs au Canada, aux États-Unis et en Europe.

Le populisme est toujours un brin tentant. Il est comme de la drogue pour le cerveau. Il simplifie tout. Et donne un plaisir brut.

Le député conservateur Maxime Bernier a déclaré à Québec, en octobre, que « la liberté et la responsabilité individuelles sont considérées comme des valeurs rétro­grades par nos élites ». Ah, les maudites élites ! Qu’il fait bon les haïr, quand on travaille 10 heures par jour dans une usine. Mais c’est qui, l’élite ? N’est-ce pas le médecin qui a sauvé la vie de votre mère ? L’enseignant qui a réussi à faire apprendre à lire à votre fils dyslexique ? L’ingénieur qui a fondé l’entreprise où vous travaillez et qui vient de créer 50 nouveaux emplois ? Et ces gens-là ne croient pas à la responsabilité individuelle ? « Bonyenne ! »

Bernier veut faire avaler aux Québécois que tous les gens instruits de leur société (c’est la définition de l’élite, non ?) méprisent la liberté. C’est complètement faux. Maxime Bernier, qui dit défendre « le peuple », ne respecte tout simplement pas son intelligence.

Lorsque Joanne Marcotte, cofondatrice du Réseau Liberté-Québec, affirme que les 40 dernières années au Québec n’auront été qu’« un malencontreux écart de conduite », on peut se demander comment elle peut renier tout ce qui a permis depuis 40 ans au Québec d’instruire ses enfants. De combler l’écart de revenus que les Canadiens français subissaient en ce pays par rapport aux Anglos. De créer une génération d’entrepreneurs.

Le « modèle québécois » a besoin d’être modernisé, certes. Mais renier son apport à l’avancement collectif ne fait que braquer ceux qui y ont contribué. Et cela n’aide en rien à rapprocher des gens qui devraient travailler ensemble à trouver des réponses aux défis de notre époque. L’attente aux urgences est aussi longue en Alberta qu’au Québec, et l’Alberta peut difficilement être accusée de « gauchisme ».

Le modèle québécois a aussi forgé la société la moins violente du pays ! Il faut lire « Les villes du Québec parmi les plus sûres » pour voir que les agglomérations québécoises ne se classent pas parmi les plus violentes du Canada. La droite – et les conservateurs -, qui aime faire campagne sur l’importance de protéger les citoyens, ne devrait-elle pas louanger le modèle québécois ?

Tous les citoyens aiment la liberté. Même les sociaux-démocrates et les libéraux. Pas seulement les conservateurs ou les adéquistes ! Mais quelques-uns croient qu’il est plus plaisant d’être libres quand on ne craint pas pour sa sécurité physique et qu’on ne souffre pas de la faim.

On peut se réjouir de voir cet automne la droite s’organiser, qu’il s’agisse des efforts de François Legault pour fonder un nouveau parti ou de la mobilisation lancée par le Réseau Liberté-Québec. Les problèmes que relèvent ces mouvements sont réels. D’autres les ont sou­levés avant eux : lourdeur de la dette publique, incohérence des priorités gouvernementales (on manque d’argent pour les soins à domicile, mais on est prêt à subventionner un Colisée à Québec), corruption et collusion dans plusieurs secteurs, alouette !

Le vrai travail reste à faire : trouver des solutions. Celles évoquées par les 450 participants à la première rencontre du Réseau Liberté, en octobre, à Québec, manquaient souvent de profondeur et d’originalité. Mais discutons-en. Ayons-le, ce débat d’idées. Et de grâce, soyons rigoureux.

 

ET AILLEURS

En France, le ministre Brice Hortefeux propose que le peuple décide des peines. Selon lui, les magistrats sont trop indulgents et seul « le peuple » sait être sévère. Le populisme, c’est aussi ça.

 

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