Les poules urbaines ont la cot

De plus en plus de citoyens, en Amérique du Nord, élèvent des poules dans leur cour, en ville, pour avoir des œufs frais.

Photo : Torontochickens.com

Tim Murphy, 29 ans, rêve du jour où il montera sur son toit vert pour ramasser… les œufs frais de ses poules ! « On pourrait cuisiner des plats très locaux », dit ce mince barbu aux cheveux noirs, coordonnateur du développement durable de Santropol roulant, organisme montréalais qui livre des repas aux personnes âgées.

Santropol roulant cultive depuis trois ans un jardin collectif, au centre-ville, en partenariat avec l’ONG Alternatives et l’Université McGill. Cette « popote roulante » aimerait bien aménager un jour un jardin et un poulailler sur son toit. « Mais il faudra que la réglementation municipale change », dit Tim Murphy.

L’élevage de poules est interdit dans les zones urbaines de Montréal, Québec, Laval, Longueuil, Sherbrooke et Gatineau. Mais il est permis depuis longtemps à New York, Seattle et Chicago. Depuis cinq ans, de nombreuses autres villes américaines leur ont emboîté le pas.

Les poules urbaines ont la « cot » en Amérique du Nord. De plus en plus de citadins en élèvent dans leur cour, pour les œufs (et non la chair). Une trentaine de jardins communautaires new-yorkais, surtout situés dans les quartiers du Bronx et de Brooklyn, possèdent maintenant un poulailler, en plus des traditionnels potagers.

Au Canada, des villes comme Niagara Falls et Victoria donnent droit de cité aux poules urbaines — mais pas aux coqs, trop matinaux ! Vancouver en fera autant prochainement et Toronto étudie cette possibilité. Une résidante torontoise qui élève des poules illégalement a recueilli plus de 875 signatures dans une pétition mise en ligne en 2008 (torontochickens.com).

Au Québec, on ne craque pas encore pour les cocos made in Rosemont. Près de 55 % des Québécois estiment que les municipalités doivent continuer d’interdire en ville l’élevage des petits animaux de ferme, comme les poules, selon un récent sondage de la maison CROP mené pour L’actualité. Bonne nouvelle pour eux : les grandes villes québécoises, dont Montréal et Québec, n’ont pas l’intention de modifier leur réglementation, aucun citadin n’en ayant fait la demande.

Mais des poules clandestines caquètent déjà en ville, affirme, sans en dire plus, Vikram Bhatt, 59 ans, professeur à l’École d’architecture de l’Université McGill et spécialiste de l’agriculture urbaine. Et ces volatiles seront encore plus nombreux dans l’avenir. Leur élevage, écologique, va de pair avec le jardinage. « Leurs excréments servent de fumier pour fertiliser le potager », dit Vikram Bhatt, Indien d’origine arrivé au Canada en 1973.

Les poules urbaines en picotent plus d’un. En Colombie-Britannique, la SPCA s’inquiète de leur sort — finiront-elles dans la gueule de ratons laveurs ? Les producteurs de volailles, eux, craignent un manque de contrôle sanitaire. Si les oiseaux contractaient la grippe aviaire, cela nuirait à leurs exportations. C’est sans compter la population, qui redoute le bruit et les mauvaises odeurs de ces voisines de basse-cour.

Pour éviter ces problèmes, des villes « amies des poules » limitent le nombre d’oiseaux permis par résidence (généralement entre 4 et 10). Elles déterminent aussi une distance minimale entre leur enclos et la maison voisine (exemple : 10 m).

Selon ses défenseurs, la poule est un animal de compagnie comme un autre — sauf qu’elle pond un œuf par jour ! « Elle produit moins d’excréments qu’un chien de taille moyenne », dit Vikram Bhatt. Il faut bien sûr nettoyer sa cour, comme pour Fido, afin d’éviter les odeurs. Et la garder au chaud l’hiver (sous une ampoule, dans un abri), la faire garder pendant les vacances…

« Bien des personnes donnent leurs poules à un fermier à l’automne, car elles n’ont pas de cabanon chauffé et ventilé », dit Gérard Blanchette, retraité de 69 ans et président du Club des éleveurs de petits animaux du Québec. « Certains les mettent en pension pour environ 50 cents par jour. »

Convaincu ? Depuis 2007, les habitants de Seattle peuvent élever des chèvres miniatures, en plus des traditionnelles poules et abeilles. À Chicago, la mairie accueille des ruches sur son toit vert. Le meilleur miel en ville, dit-on…

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