Les rides au pouvoir!

Des émissions de radio ont consacré du temps d’antenne à notre couverture et les réseaux sociaux se sont enflammés. Les rides choquent encore.

Golda Meir avait 71 ans lorsqu'elle a été élue première ministre. Indira Gandhi en avait 67 quand elle a été assassinée, après deux mandats au pouvoir. (Photo de Golda Meir: François Lochon/Gamma-Rapho/Getty Images. Photo d'Indira Gandhi: Central Press/Hulton Archive/Gettry Images)
Golda Meir avait 71 ans lorsqu’elle a été élue première ministre. Indira Gandhi en avait 67 quand elle a été assassinée, après deux mandats au pouvoir. (Photo de Golda Meir: François Lochon/Gamma-Rapho/Getty Images. Photo d’Indira Gandhi: Central Press/Hulton Archive/Gettry Images)

J’étais adolescente quand Golda Meir est devenue première ministre d’Israël. À peine plus âgée quand Indira Gandhi, alors première ministre de l’Inde, a lancé l’armée indienne contre le temple sikh d’Amritsar pour en déloger les indépendantistes qui s’y étaient réfugiés.

À la une des journaux et des magazines, je voyais ces femmes fortes aux commandes de démocraties tour­mentées et de puissantes armées. Meir et Gandhi étaient de brillantes stratèges politiques, des femmes intelligentes qui ignoraient tout du cache-cernes et ne camouflaient pas leurs cheveux gris.

Les cernes bleutés sous les yeux de Mme Gandhi témoignaient de la lourdeur de ses responsabilités alors qu’elle luttait contre des terroristes intérieurs. J’aurais détesté ne pas les voir.

Peut-être est-ce pour cela que je n’ai pas vu venir la vague d’indignation qu’allait susciter la magnifique photo non retouchée de la candidate démocrate en couverture de notre dernier numéro.

Cette photo de Hillary Clinton a été prise par le Britannique Charles Ommanney, un photographe de guerre qui sait montrer toute la troublante profondeur des visages humains. Mme Clinton a posé pour cette photo et elle l’a approuvée. Un paparazzi n’a pas volé ce cliché sur une plage de Nantucket. Dans ce regard sans fard, il y a de l’humour, de la force et tellement d’intelligence.

Mme Clinton est ridée ? Bien sûr ! Comment pourrait-elle ne pas l’être ? Toute sa carrière au service de la démocratie américaine est inscrite dans ses rides. La candidate démocrate n’est pas du genre à carburer au Botox.

Et cette photo témoigne bien du reportage. Rarement a-t-on vu candidat aussi expérimenté, aussi prêt à assumer la présidence… Pourtant, les Américains hésitent. Pourquoi ?


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Malaise en démocratie


Aux yeux de nos lectrices mécontentes — plus de 95 % des commentaires indignés sont venus de femmes —, cette photo représente plutôt « un manque d’intégrité professionnelle », une « vacherie », un geste « humiliant », « outrageant », qui « fait le boulot de Donald Trump ».

À leurs yeux, la photo était humiliante. Aux miens, elle clame toute la force et le courage de Mme Clinton. Comment expliquer cette différence ?

Leur réaction est révélatrice d’une foule de choses. Tout d’abord, de leur crainte que Mme Clinton puisse être battue le 8 novembre par un butor de la trempe de Trump.

Révélatrice sans doute aussi du sort fait aux personnes âgées dans nos sociétés occidentales. (En Asie, les visages de la maturité sont respectés et honorés.) Au Québec, même les publications qui s’adressent aux retraités mettent en couverture des mannequins qui ont la cinquantaine légère et le visage bien lisse !

On peut donc comprendre que des femmes sentent que, ridées, elles sont dévaluées. Que leur valeur professionnelle est encore trop liée à leur apparence au lieu de l’être à leurs compétences, leur talent, leur intelligence. Leur réaction épidermique nous dit peut-être le prix élevé qu’elles estiment encore devoir payer pour une ride.

Parions toutefois que cela va changer. Que cela change.

Toute une génération de baby-­boomers n’ont pas l’intention d’être « rapiécés » par Photoshop et ils comptent bien vivre en pleine lumière, actifs jusqu’à 80 ans. Et sans faire la fortune des fabricants d’antirides miracles.

À voir la réaction de nos jeunes lecteurs — plutôt admiratifs de l’image de Hillary Clinton en couverture —, il faut garder espoir. Les regards peuvent changer.

Les commentaires sont fermés.

Bravo à l’actualité pour cette photo au naturel, Y’en a raz le bol du retouchage de photos qui rendent tous les visages semblable. Fabrication en série estampillé: approuvé par Adobe photoshop.

Incroyable, cet article pro Clinton et cela malgré les info confirmant la perfidie de cette femme. Jouer sur des artifices pour rendre crédible une telle personne….. Pauvre peuple états-uniens.
Mais il y a des groupes citoyennes travailleurs qui voient claire, et que l’état de la démocratie aux US est tronqué.

Malgré tout, un homme s’est levé pour réveiller. M. Sanders a bien sûr ses limites, mais à ce point-ci, il est allé le plus loin possible. Le temps nous le dira. Mais le système électoral US est un véritable cloak.
Est-ce que le peuple états-uniens est entré dans le mode de prise de conscience ? Ou bien restera-t-il au niveau des artifices ?

Je suis entièrement d’accord avec vous monsieur Harrison.. rendre hommage à Khillary Clinton.. cette criminelle et psychopathe sonne faux tout comme est sa personne… elle devrait purger une sentence à vie pour tous ses crimes contre l’humanité.. elle et son mari également! C’est une honte que d’en dire du bien.. elle a tué des milliers de personnes pour pouvoir accéder à une certaine notoriété… quelle horreur cette personne!!!

Eh! Barnack! Vous n’ y allez pas avec le dos de la cuillière vous & Marie Laberge sur ce que représente Hillary Clinton !! Que pensez-vous de la perfidie et du clouwnisme de l’ autre candidat Donald Trump? Les USA n’ ont besoin de personne pour élire leur président; ils ont juste besoin surtout de leurs électeurs et de leurs croyances !!! Hillary Clinton comme Golda Meir & Indira Ghandi et on pourrait ajouté Mme Thatcher ont et on eu certainement des squelettes dans leur garde-robe!

Vous êtes hors sujet Alain, il ne s’agit pas dans ce texte de juger des qualités de la postulante à la présidence des USA. Il est y est question de l’acceptation de la réalité diffusée par les médias en particulier sur le sujet des rides chez les femmes de pouvoir.
Mais, puisque vous tenez tant à parler de votre pensée politique, je vous pose la question : Comment osez vous être aussi négatif. « La perfidie de cette femme » est une expression typique de Donald Trump. Et en plus j’ai cru comprendre que les politiques avancées par Sanders n’allaient pas assez loin? vite? (M. Sanders a bien sûr ses limites). Mais qui êtes vous pour bousculer ainsi le peuple américain?
Commencez donc par corriger donc vos fautes d’orthographe.

Bravo pour votre photo « contrastée » d’Hilary Clinton en page couverture, femme qu’on dit « d’âge mur »…Les rides sont en évidence….et les réactions sont de la même intensité! Moi aussi, je suis vraiment découragée que la réalité soit continuellement retouchée et masquée sous une prétendue beauté… dans tous les sens du mot, dans toutes les sphères de la société. Les rides parlent du vécu et ce qu’il y a dans le coeur de chacune et chacun, chez les femmes comme chez les hommes. …amour, haine, empathie, indifférence, sensibilité, mépris, paix, colère…

En général les aînés sont respectés dans la plupart des sociétés et ici au Canada, on le voit surtout chez les autochtones où on les honore et respecte. Or, on voit dans la société québécoise une certaine animosité à l’égard des aînés et, comme vous le dites, la pub essaie de les cacher le plus possible. Peut-être que les jeunes aspirent à ne jamais devenir des aînés? Sinon, ils ont de fortes chances de se retrouver dans la situation d’être un aîné grâce à une médecine de plus en plus sophistiquée… Heureusement l’Actualité encourage ce respect pour les aînés!

Excellent éditorial de Carole Beaulieu dans le dernier numéro de L’Actualité, mais son interprétation des réactions suite à la publication du précédent numéro du 1er novembre 2016 (1) avec la photo choc de Hillary Clinton en vieille femme grise et ridée manque d’étoffe en ne tenant pas compte de l’ambiguïté du message transmis par L’Actuatité avec cette photo, à la lumière du reste du numéro du 1er novembre 2016.

UNE JUSTIFICATION RÉTROSPECTIVE TROP À SENS UNIQUE
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A)
Le message
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L’exergue du nouvel nouvel éditorial de Carole Beaulieu, dans le numéro du 15 novembre 2016, résume la réaction publique à partir des témoignages agressifs que l’Actualité a reçu suite à la publication de cette photo (je cite) :

« Des émissions de radio ont consacré du temps d’antenne à notre couverture et les réseaux sociaux se sont enflammés. Les rides choquent encore. »
*

Si c’était là le message que la Rédaction (Carole Beaulieu est rédactrice en chef et éditrice de L’Actualité) voulait passer, il aurait fallu ‘serrer’ la couverture par un titre moins ambigüe eu égard à la photo. J’ai pour ma part compris exactement le contraire que ce ‘qu’accuse’ Beaulieu rétrospectivement, même après avoir lu l’éditorial et le dossier de J. Trudel, à savoir que L’Actualité nous disait peut-être qu’Hillary et ce qu’elle symbolisait était trop vieux (pour l’électorat, mais aussi possiblement pour L’Actualité) et que cela pouvait expliquait « le malaise » en démocratie américaine, lui-même représentatif de la démocratie mondiale. Je reviens sur ma réaction plus loin.

Tel que c’était, je n’ai donc personnellement pas vu du tout ce sens unique dans la photo toute en grisaille d’une femme vraiment vieille – et absolument magnifique. Je n’ai rien contre les rides au pouvoir – j’en ai pas mal moi-même et je ne me suis jamais sentie aussi jeune et vivante ni aussi engagée et participante de mon monde, avec tout mon être enfin pacifiée, que maintenant. Si la santé va, tout va (je veux dire ici que la santé conditionne le degré d’engagement actif ; pour ma part, elle me limite, mais ne m’empêche pas de m’impliquer ‘virtuellement’ même si je ne pourrais pas le faire physiquement, ce qui n’est pas le cas de Clinton). De plus, en tant que catholique, je suis habituée à ce que des vieillards, assument la direction de ma Communauté croyante. Mon problème ne vient pas de leur âge, mais du fait que ce ne sont que des hommes.

Le problème n’est donc pas que là et Mme Beaulieu, même si elle touche un problème réel (les rides dérangent) a tort de ramener toutes les réactions, journalistiques ou grand public sur les réseaux sociaux à cette seule dimension en évitant de voir l’ambiguïté du message avec cette couverture. Elle dit ne pas avoir « vu venir la vague d’indignation ». Comment est-ce possible ?

* * *

B)
Retour sur le numéro de l’Actualité du 1er novembre 2016

Il est vrai que Carole Beaulieu parle très bien maintenant de la complexité des causes de l’émotion réactive du public, venant surtout de femmes (et même, peut-on même déduire, de femmes d’un certain âge) et son explication ne manque pas de profondeur. Au bilan, toutefois, elle n’en projette pas moins son idée sur nous, une réaction qui sonne comme une défensive de type ‘moi je n’ai rien à y voir, tout est dans votre réaction « épidermique »‘, réduisant ainsi beaucoup trop la responsabilité de la réception de la photo aux seul(e)s lecteurs et lectrices.

Reprenons :

1) la photo (remise plus bas avec les commentaires) et son titre, simplement « Hillary ? », pouvaient s’interpréter de multiples manières, dont la mienne (je reviens sur ma réaction plus bas).

2) le titre de son édito, « Malaise en démocratie », que madame Beaulieu conclut par la phrase « Dure saison pour les démocraties libérale » ne donne aucun éclairage sur le sens de la photo de couverture ;

3) Ni le titre du grand dossier du numéro mois, »L’insoutenable dilemme américain », ni son contenu ne donnent non plus, pour ce que j’ai pu repérer, d’indices en ce sens. Il est vrai que Hillary y est présentée plus positivement que Trump, mais cela ne fait aucun lien direct avec la photo.

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C)
Retour sur ma réaction devant la photo :

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J’avais personnellement sursauté (fort) devant l’image d’Hillary, mais immédiatement tenté de dépassé mon épiderme et cherché studieusement le rapport entre l’exposition de ces profondes rides en grisaille et le message transmis par l’ensemble du numéro du 1er novembre de L’Actualité. Dans mes réactions sur FB, je posais l’hypothèse « Hillary Hilarante ? » – ça valait ce que ça valait… mais ça dit quand même la non-évidence du sens que l’Actualité, nous dit Beaulieu, voulait nous transmettre. Après ma brève analyse, j’avais fini par me dire qu’on voulait probablement souligner que l’Amérique était dans un grand « dilemme », devant choisir entre un Establishment vieilli et sans idée nouvelle, d’une part, et un Sociopathe lâché lousse, d’autre part. Une hypothèse que je proposais dans mon post FB avec un gros « ? »

* * *

D)
Conclusion

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Je comprends mieux maintenant, mais ce propos rétrospectif et défensif ne dit rien sur le numéro du 1er novembre lui-même. Étant donné les multiples lectures possibles de la bombe, l’explication que donne ici Carole Beaulieu sous le titre « Les rides au pouvoir ! » dans le but de faire l’apologie de l’expérience qui vient avec l’âge, en rappelant que plusieurs grandes et grands chefs d’état était de l’Age d’or quand ils ont commencé à assumer leur charge, ne tient pas la route comme explication des réactions devant le numéro précédent.

Elle a raison sur la sagesse, elle a raison sur la peur des rides, elle a raison de dénoncer la culture et le culte de la seule jeunesse au détriment de l’expérience irremplaçable qui vient avec les années, etc. – je l’ai dit, je suis d’accord avec ce constat -, mais elle donne à L’Actualité un propos pédagogique rétrospectif qui lui donne beaucoup trop le seul beau rôle.

*
Cela dit : EXCELLENT édito !

Mme Beaulieu votre réflexion sur les rides au pouvoir, femmes, est impeccable! Elle me rejoint, je l’adore, je la partage, A diffuser!!!! Votre réflexion englobe toute la vérité woww!

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