Les tricheurs de l’environnement nous font tous payer

Il n’y a pas que les propriétaires des voitures Volkswagen qui se font mener en bateau.

Ce texte est une traduction tirée de Maclean’s.

Photo: Pixabay
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Le scandale des émissions de gaz à effet de serre (GES) des voitures Volkswagen a causé un haut-le-cœur tant parmi les propriétaires de véhicules que les actionnaires de l’entreprise — sans parler de ses cadres dirigeants. Quiconque n’a pas été directement affecté par la découverte de cette fraude a sans doute éprouvé le soulagement coupable de quelqu’un qui évite de justesse un carambolage sur l’autoroute.

La crise s’est approfondie au cours de la dernière semaine. Le constructeur a en effet reconnu que les modèles 2016 — y compris certains propulsés à l’essence — présentent les mêmes anomalies que les 11 millions de voitures diésels munies d’un logiciel qui falsifie les tests d’émissions de gaz.

Les conséquences de cette duperie se répercutent sur le monde entier et alimenteront sûrement les débats de la conférence des Nations unies sur les changements climatiques, qui s’est ouverte à Paris le 30 novembre.

Comment mesurer les progrès accomplis dans cette guerre contre les changements climatiques si les acteurs majeurs de l’industrie automobile — et même certains gouvernements — déforment l’ampleur de leurs impacts sur l’atmosphère? Comment mettre un prix sur le carbone si les données que fournissent les émetteurs sont fantaisistes? Comment le taxer de façon juste? De fausses déclarations à grande échelle ne jettent-elles pas un doute sur ce type de modèle?

Bien entendu, on ne sait pas à quel point les déclarations sont inexactes. Et c’est bien là le problème. Personne à part l’Agence de protection de l’environnement des États-Unis (EPA) ne semble surveiller rigoureusement la conformité des produits émetteurs de GES.

Ce qui est toutefois connu, c’est que Volkswagen n’est pas le seul à dissimuler la vérité en matière d’émissions de CO2. L’année dernière, Hyundai Motor Group et sa filiale Kia Motors ont dû débourser 100 millions de dollars dans un règlement avec l’EPA et ont perdu pour 200 millions de dollars de crédits carbone pour avoir fait de fausses déclarations sur les émissions de GES de 1,2 million de voitures et camions de leur fabrication. Pendant ce temps, des scandales ont ébranlé certains marchés du carbone, dont celui de l’Europe, ces dernières années; des crédits ont été négociés à plusieurs reprises pour faciliter la fraude fiscale plutôt que pour atteindre l’objectif déclaré, à savoir l’utilisation des forces du marché afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Même Tesla, le constructeur automobile chouchou des environnementalistes, est scruté par les critiques, qui affirment que ses voitures électriques laissent une plus grande empreinte de carbone que ce qu’on croit couramment.

Et cela ne concerne que le monde des affaires. Plus préoccupantes encore sont les données essentielles fournies par des pays comme la Chine, qui a récemment «révisé» ses rapports pour signaler qu’elle brûle 17 % de charbon de plus par année que ce qu’elle avait admis au départ. Le changement — fait sans tambour ni trompette — indique que le pays a craché dans l’atmosphère, de 2011 à 2013, près d’un milliard de tonnes de dioxyde de carbone de plus que ce que l’on pensait. C’est environ 38 % supérieur à la production annuelle de GES du Canada.

Selon Ross McKitrick, un économiste de l’Université de Guelph qui étudie le commerce durable, ces cas renforcent les doutes existants quant à notre capacité à fixer des objectifs d’émissions équitables, pays par pays, et à mesurer les progrès.

«En règle générale, dit-il, si nous connaissons la consommation de combustibles fossiles, nous pouvons faire des estimations assez précises des émissions de CO2. Le problème est que des pays comme la Chine, qui extraient des mines leur propre charbon, font des déclarations erronées de leur consommation.» De plus, poursuit McKitrick, si des États prétendent avoir procédé à des diminutions qu’ils n’ont pas faites, la pression augmente de façon injuste sur le reste du monde pour qu’il fournisse sa part d’efforts pour réduire la production mondiale de GES. «Les pays honnêtes subissent des coûts que d’autres n’ont pas à supporter.»

Les manœuvres de détournement, comme celles de Volkswagen, peuvent saper le système à l’échelle régionale, parce que les mécanismes de plafonnement et d’échange reposent sur des données précises que les autorités utilisent pour déterminer des quotas d’émissions pour les industries ou les entreprises. Prenons l’exemple d’une société européenne de location de voitures qui possède beaucoup de VW: elle a généré davantage d’émissions de GES ces dernières années que ce qu’elle croyait; entre-temps, dans leurs efforts d’atteindre des cibles nationales, les autorités gouvernementales pourraient avoir imposé des droits d’émissions abusivement bas à d’autres entreprises, ce qui les aurait forcées à acheter des crédits carbone ou à faire des mises à niveau coûteuses pour réduire leur empreinte. Encore une fois, ce sont les gens honnêtes qui paient la facture.

Les efforts pour punir les tricheurs du carbone semblent insuffisants. Le 26 novembre dernier, la Commission européenne a prolongé le délai de 10 jours qu’elle avait accordé à Volkswagen pour fournir les informations complètes sur les émissions de ses véhicules soumises aux règles environnementales de l’Union européenne. Sans l’EPA et les tests qu’elle a effectués, la Commission n’aurait jamais su que quelque chose clochait. VW a maintenant jusqu’à la fin de l’année pour déposer son rapport, et rien ne dit que les autorités disposeront des motifs juridiques nécessaires pour poursuivre le constructeur.

Cela ne veut pas dire pour autant que les régimes de tarification du carbone ne peuvent pas fonctionner. Ross McKitrick pense qu’ils sont réalisables au sein de pays comme le Canada où, théoriquement du moins, on peut vérifier les déclarations d’émissions. Et certains militants se sont précipités à la défense de la Chine, soulignant que ses révisions résultaient de l’amélioration de ses méthodes de contrôle de la pollution qui, pour la première fois, avaient la capacité d’enregistrer la consommation de charbon des petites aciéries et cimenteries.

«La bonne nouvelle, c’est que la Chine ne se défile pas, dit Barbara Finamore, avocate pour le Natural Resources Defense Council des États-Unis. Ils travaillent fort pour améliorer leur capacité à surveiller l’utilisation du charbon et la pollution par le carbone. Voilà pourquoi les chiffres ont été mis à jour.»

Peut-être. Mais on ne peut que se demander ce qu’il peut bien y avoir d’autre qui demande révision — ou, comme dans le cas de VW, une enquête plus approfondie —, et qui héritera de la facture. Car si la lutte contre les changements climatiques requiert un inspecteur des émissions à chaque coin de rue, la facture pourrait s’avérer beaucoup plus salée que prévu.

Comment s’attaquer aux changements climatiques

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Ça ressemble parfaitement au cas de la pêche à la morue.

On ne voulais pas le savoir alors on a tardé à agir. Quand le gouvernement a agi, plusieurs pêcheurs mettaient doubles filets pour outrepasser les nouvelles normes.

Avec le résultat qu’on connait.

Dans le fond, il faut se demander quel est le vrai pouvoir des gouvernements? Sur quoi peuvent-ils vraiment agir sans efforts de tout un chacun… sans soucis des acteurs principaux qui administrent/influencent/gèrent diverses industries alimentaires, de transformation, énergétiques,soit les actionnaires majoritaires… Le maintien et la création d’emploi ont des coûts que l’on ne réalise pas toujours, ou que l’on ne veut pas toujours voir car tout le monde doit pouvoir subvenir à ses besoins… ces besoins varient habituellement avec la somme d’argent disponible… finalement le vrai pouvoir des gouvernements n’est-il pas dans le fait de rassurer tout le monde, quoiqu’il se passe…. jusqu’à ce qu’il soit trop tard et que les événements les forcent à démontrer qu’ils y travaillent…