Les trois cas types de corruption à la FIFA

Neuf dirigeants et anciens dirigeants de l’organisation sont accusés d’avoir encaissé des millions en pots-de-vin et rétrocommissions entre 1991 et 2015.

Le président de la FIFA, Sepp Blatter (à gauche), avec le président de l'Afrique du Sud, Jacob Zuma, lors d'une conférence de presse en 2010. (Photo : Richard Heathcote/Getty Images)
Le président de la FIFA, Sepp Blatter (à gauche), avec le président de l’Afrique du Sud, Jacob Zuma, lors d’une conférence de presse en 2010. (Photo : Richard Heathcote/Getty Images)

C’est avec un sens de la formule certain que Richard Weber, directeur du département des enquêtes criminelles du fisc américain, a qualifié de «Coupe du monde de la fraude» les pratiques douteuses au sein de la Fédération internationale de football association (FIFA).

Les scandales de corruption ont émaillé le règne du Suisse Joseph «Sepp» Blatter, à la tête de l’instance dirigeante du football mondial depuis 1998. Mais la rafle du mercredi 27 mai est sans précédent. Ce jour-là, neuf dirigeants et anciens dirigeants de l’organisation, ainsi que quatre professionnels du marketing sportif et un spécialiste des droits télévisuels ont été arrêtés, à deux jours de la réélection programmée de Sepp Blatter lors du 65e congrès de la FIFA.

Parmi les personnes arrêtées figurent quelques gros poissons, notamment Jeffrey Webb et Eugenio Figueredo, deux vice-présidents de la FIFA, mais aussi Eduardo Li, président de la fédération du Costa Rica, Rafael Esquivel, président de la fédération du Venezuela, et José Maria Marin, l’ancien président de la Confédération brésilienne. Tous sont accusés d’avoir tiré profit de leur position pour encaisser des millions de dollars en pots-de-vin et rétrocommissions. Au total, quelque 150 millions US$ auraient été acquis de manière frauduleuse entre 1991 et 2015. À l’origine de ce coup de filet : la justice américaine, dont l’action est légitimée par le fait que les méfaits ont impliqué des organismes américains et/ou se sont déroulés sur le sol des États-Unis.

Dans une procédure séparée, les autorités suisses ont fouillé les bureaux zurichois de la FIFA, à la recherche de preuves de blanchiment d’argent et d’une gestion déloyale dans le processus d’attribution des Coupe du monde 2018 et 2022, censées se dérouler en Russie et au Qatar.

Le coup de boutoir de la justice américaine constituera-t-il un tournant dans la gouvernance de la FIFA ? Rien n’est moins sûr, tant la corruption au sein de l’organisation est «endémique», selon l’expression du rapport d’enquête. Ces arrestations ne sont qu’un début, a d’ailleurs promis Kelly Currie, procureure fédérale de Brooklyn, New York. De son côté, la FIFA se campe en victime des agissements de ces individus.

L’acte d’accusation de 164 pages montre les 1001 manières qu’auraient utilisé les dirigeants du football mondial afin de s’enrichir. Du processus d’attribution de la Coupe du monde à l’élection présidentielle de la FIFA en passant par la négociation des droits commerciaux des compétitions, voici trois exemples qui illustrent les accusations de corruption institutionnalisée qui pèsent contre la FIFA.

Le cas de l’attribution de la Coupe du monde 2010

En 2004, le comité exécutif de la FIFA considérait les candidatures de plusieurs nations pour accueillir la Coupe du monde 2010, parmi lesquels celles de l’Afrique du Sud, de l’Égypte et du Maroc. Quelques mois avant la tenue du vote, Jack Warner et Chuck Blazer, respectivement président et secrétaire général de la Confédération de football d’Amérique du Nord, d’Amérique centrale et des Caraïbes (CONCACAF), se sont rendus au Maroc pour rencontrer un membre du comité d’organisation du pays. Selon l’acte d’accusation américain, ce dernier a alors offert la somme d’un million de dollars à Warner en échange de son vote. Cette somme rondelette n’était toutefois pas suffisante. Blazer – l’un des principaux informateurs du FBI dans l’enquête qui a abouti aux 14 arrestations – a ensuite appris de la bouche de Warner qu’un accord avait déjà été passé par des dirigeants de la FIFA avec le gouvernement et le comité d’organisation sud-africain. Cette entente prévoyait qu’un montant de 10 millions de dollars soit versé à l’Union caribéenne de football (UCF) afin, officiellement, de «soutenir la diaspora africaine».

En réalité, l’argent devait servir à acheter les votes de trois membres du comité exécutif de la FIFA – Warner, Glazer et un autre conspirateur non-identifié dans le rapport – en vue du vote fatidique, selon le ministère de la Justice des États-Unis. Le 15 mai 2004, le comité exécutif de la FIFA a attribué sans surprise la Coupe du monde 2010 à l’Afrique du Sud, à l’issue d’un vote où les trois membres en question ont bel et bien voté pour le gagnant. L’histoire ne s’arrête toutefois pas là. Le document de la justice américaine explique que, l’Afrique du Sud n’ayant pas trouvé le moyen de transférer l’argent promis par l’entremise de fonds gouvernementaux, des dirigeants de la FIFA ont alors pris le parti de piger un montant équivalent dans les fonds destinés à aider le pays pour l’organisation de l’événement.

Entre janvier et mars 2008, un haut dirigeant de la FIFA a ainsi procédé à trois virements de 616 000 US$, 1 600 000 US$ et 7 784 000 US$ entre un compte suisse de l’instance sportive et des comptes de la Bank of America aux noms de l’UCF et de la CONCACAF contrôlés personnellement par Warner. Une partie de l’argent (200 000 US$) a ensuite directement atterri sur un compte personnel de Warner, qui s’est également servi d’un homme d’affaires trinidadien et de sa chaîne de supermarchés pour blanchir de l’argent (à hauteur de 1,4 millions US$), selon l’enquête américaine. Quant à Blazer, il aurait reçu, en trois versements, 750 000 US$ de la part de Warner, qui lui avait initialement promis un million US$.

Le cas de la course à la présidence de la FIFA en 2011

L’acte d’accusation livre les détails d’une affaire qui a fait grand bruit en 2011. À l’époque, le Qatari Mohammed Bin Hammam, alors président de la Confédération asiatique de football, s’était déclaré candidat à l’élection présidentielle de la FIFA, devant se dérouler le 1er juin 2011. À sa demande, une réunion avec les membres de l’UCF a été organisée par Jack Warner, son homologue de la CONCACAF, dans le but de permettre à Bin Hammam de mousser sa candidature. Afin de s’acquitter des frais du rassemblement, ce dernier a effectué un virement de 363 537, 98 US$ vers un compte de l’UCF contrôlé par Warner, le 28 avril 2011, et les présidents d’associations et autres hauts dirigeants de l’UCF se sont réunis quelques jours plus tard au Hyatt Regency Hotel de Trinité-et-Tobago.

À l’issue de la réunion, selon la justice américaine, Warner a expliqué qu’un cadeau les attendrait dans une salle de conférence l’après-midi même. Suivant les instructions de Warner, de nombreux dirigeants du soccer caribéen se sont alors présentés tour à tour à l’endroit prévu, où le personnel de l’UCF leur a chacun remis une enveloppe au nom de l’association qu’ils représentaient. À l’intérieur de celle-ci figurait la somme de 40 000 US$ de la part de Bin Hammam. Cette affaire, qui s’est par la suite ébruitée, causant un séisme dans le monde du football, a sonné le glas de la carrière de Warner au sein de la FIFA. Initialement banni à vie par le comité d’éthique de la FIFA, Bin Hammam a malgré tout été blanchi par le Tribunal arbitral du sport, faute de «charges suffisantes».

Le cas des droits commerciaux de la Gold Cup et de la Ligue des champions de la CONCACAF

En juillet 2012, par l’intermédiaire de son secrétaire général, la CONCACAF est entrée en négociations avec Traffic USA – une entreprise appartenant à une multinationale brésilienne de marketing sportif – à propos de la vente des droits commerciaux de deux compétitions, la Gold Cup et la Ligue des champions. Avant que les négociations aboutissent, quatre mois plus tard, à un contrat de 15,5 millions US$, Jeffrey Webb, le président de la CONCACAF, a poussé un intermédiaire à solliciter un pot-de-vin, explique l’acte d’accusation. En plus du montant prévu par le contrat, Traffic USA a ainsi accepté de payer la somme de 1,1 million US$ à Webb en échange de son aval pour le contrat.

Afin de camoufler la transaction, Webb a décidé d’utiliser une société étrangère fabriquant des uniformes et des ballons de football. Le président a donc demandé au secrétaire général de la CONCACAF d’émettre une fausse facture d’un montant de 1,1 million US$, dont Traffic USA devait s’acquitter auprès de l’entreprise sélectionnée par Webb. Le virement sera effectué en décembre 2013. Ce stratagème sera répété par les mêmes acteurs, explique la justice américaine, au cours des négociations concernant l’exclusivité des droits de commandite pour les éditions de la Gold Cup et de la Ligue des champions devant se dérouler entre 2015 et 2022.

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Ce qui commande les choix d’évènements de calibre mondial comme les JO ou la Coupe du monde de football (soccer), ce sont très éminemment des considérations politiques et des considérations financières, ce que demandent aussi les commanditaires.

Les commanditaires de la Coupe du monde ne vont pas de sitôt retirer leurs commandites. Peut-être que certains serrent les fesses et donc grognent un peu, tout simplement parce qu’ils ne veulent pas se faire prendre par les enquêtes judiciaires.

Si nous souhaitons avoir de grands évènements sportifs éthiques et pendant qu’on y est sans le moindre dopage. Il faudrait dans ce cas revenir aux origines du sport. Et choisir comme les spartiates : la frugalité.

Nous avons, plutôt collectivement choisi de vivre à Rome comme des romains. Alors, nous avons les sports, les athlètes, les commanditaires et les dirigeants des institutions sportives que nous méritons. Félicitation par conséquent à Sepp Blatter pour sa réélection.

La presse Russe notamment, analyse cette enquête, comme une fois de plus, une ingérence de Washington à vouloir imposer sa vision juridique à tous les pays du monde. En plus de sa vision militaire, géopolitique, économique et diplomatique.

Déjà plusieurs cabinets d’avocats travaillent sur la légalité des injonctions de la justice américaine pour les ressortissants étrangers qui sont impliqués dans cette affaire. Mon modeste avis, sur la question, c’est qu’on risque de parler encore longtemps de tout cela et que ni les enquêteurs, ni les Cours de justice ne sont de sitôt prêts de sortir du bois. Des répliques sont inévitables.

En somme, on pourrait s’interroger si la sortie de ce « scandale » juste à quelques heures de l’élection du président de la FIFA, n’était tout simplement pas destinée à torpiller le processus électoral ou à tout le moins : le discréditer. Après tout — la FIFA qui compte plus de membres que l’ONU — est aussi dans son cadre institutionnel, une des organisations dans le monde qui soit parmi les plus démocratiques.

On sait toutefois, que les américains aiment les mandats limités dans le temps, quand pour eux un élu qui se maintient en place plus de dix ans dans un pays ou une organisation, ne peut être rien d’autre que suspect. Après tout dans une société de consommation bien faite, tout est consommable, incluant bien sûr même les hauts dirigeants. À ce titre Sepp Blatter ne serait rien qu’un de ces « monstres tyranniques » avide de pouvoir, puisqu’il pourrait au terme de son mandat avoir présidé la FIFA quelques… 21 ans.

Monsieur Blatter est là pour l’argent, comme tous les autres de son espèce. Il ne s’intéresse pas au sport, il a peine à marcher ce pauvre vieillard ! Pauvre de plus de soixante millions de dollars par an, tandis que les jeunes n’ont pas assez d’argent pour s’offrir un ballon. La FIFA, c’est comme l’ONU : on fait semblant d’agir, mais on s’en met plein les poches. Les soixante mille employés de l’ONU à New York grattent du papier pendant que des groupes armés de l’État islamique progressent partout en Afrique et ailleurs. D’autres font semblant qu’ils veulent éradiquer la pollution de la planète, mais consomment des biens à outrance. L’homme est une machine implacable. Il va tête baissée dans un mur. Amen ! Et le pauvre peuple n’ose même pas se lever pour faire renaître la guillotine…

Bonjour monsieur Simard,

Lorsque vous concluez vos commentaires par les propos suivants : « Et le pauvre peuple n’ose même pas se lever pour faire renaître la guillotine… », j’ai le sentiment — puisque vous faites référence à la Révolution française — que vous versez plutôt dans ce qu’on appelle les « clichés ».

Si au départ « l’abolition des privilèges » pouvait sembler une bonne chose sur le chemin de l’égalité des peuples et des nations. Ce qui a suivi : la Terreur est nettement moins « glamor », les arrestations de masse et les exécutions par centaines de milliers qui s’en sont suivies, tout cela démontre que pour la cruauté, les révolutionnaires français n’avaient pas grands choses à envier à l’EI dont vous faites aussi mention.

Au chapitre de la corruption et du profit, il est possible en effet qu’il y ait des profiteurs dans plusieurs des organisations dont vous faites mention. Mais lorsque vous regardez des cellules élémentaires : la famille par exemple, vous vous apercevez que dans bien des familles on peut trouver çà et là des personnes qui en profitent plus que d’autres. Dans les grosses organisations les chiffres sont plus gros, quand dans les familles issues de la classe moyenne, les chiffres sont plus petits. Pourtant le cumul de toutes ces petites malversations ou autres combines familiales qui usuellement restent impunies, cela fait gros, gros, gros, tellement gros que c’est presque impossible à quantifier.

La pauvreté du peuple n’est pas si évidente que cela. Et pour moi, la richesse, c’est en premier lieu ce qui se trouve entre vos deux oreilles.

Quant au fait de penser que le départ de Sepp Blatter de la FIFA redonnerait à cette organisation tout sa vertu, permettez-moi passablement d’en douter. Le prince Ali de Jordanie — qui était candidat aussi — a comme premier sponsor de sa fédération ; la fédération de soccer des États-Unis. Ne voyez-vous pas que dans ces affaires de « gros sous », il y a comme une petite guerre intestine pour savoir qui en fin de compte devrait prendre le contrôle de la caisse ?

Chose certaine , il y a une caisse comme vous dites! Alors les gérants sont démasqués! Que va -t’ il se passer; le retour a la base est souhaitable et les fédération de soccer a travers le monde aussi s’ ajuster vers la base!!

@ Beauly02,

Voici ce que j’écrivais dans mes tous premiers commentaires : « Si nous souhaitons avoir de grands évènements sportifs éthiques et pendant qu’on y est sans le moindre dopage. Il faudrait dans ce cas revenir aux origines du sport. Et choisir comme les spartiates : la frugalité. »

Aussi, je suis d’accord avec vous. Les assises du sport — tous les sports — se doivent ou à tout le moins se devraient d’être éthiques. Si ce n’est qu’au soccer, vous avez la tête et les jambes. Et si les jambes — ou si vous préférez « la base » selon votre terminologie -, ne valent pas mieux que la tête ? Eh bien, on ne sera pas beaucoup plus avancé. Hors, c’est la base qui demande toujours plus d’argent.

Finalement, c’est le public qui a encore raison. Alors seriez-vous d’accord pour regarder ou assister à des évènements sportifs sans commanditaires ni publicité et à les défrayer de votre propre argent pour financer vous-même et collectivement les coûts afférents de tous ces matchs et autres compétitions ?

Vous avez raison. Je suis allé trop loin avec ce mot : guillotine. Je connais l’histoire de la Révolution française. Je suis contre toute violence et je respecte la vie. J’ai mené une vie honnête et j’ai parfois l’impression d’être seul dans mon clan. Je vous remercie de votre commentaire qui me rappelle à l’ordre. Soyons optimistes !

@ Serge Drouginsky. Oui je serais d’ accord comme vous dites! Mais il faudrait bien sûr ramener les salaires des athlètes a des dimensions plus qu’abordables pour qu’ ils puissent avoir l’ honneur de me voir a leurs compétitions! Ha!

Il est juste en effet que certains revenus devraient êtrre revus à la baisse 🙂