Les tyrans de la boîte à lunch

Elle est revenue de l’école avec sa petite tête blonde penchée sur le côté, la moue boudeuse: «Papa, je me suis encore fait chicaner parce que t’avais mis un truc interdit dans mes collations.»

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Au final, l’autre question ici, c’est : est-ce vraiment le boulot de l’école de se substituer aux parents afin d’enseigner par la contrainte les principes d’une saine nutrition, dont, visiblement, elle ne saisit pas l’esprit? (Illustration : Alain Pilon pour L’actualité)

Oui, je sais qu’un jour tout cela va se retourner contre moi, mais je n’y peux rien : j’enseigne à ma fille à contester les règles quand celles-ci sont absurdes. Et à les enfreindre en cas de force majeure.

Comme lorsque j’ai oublié d’acheter quelque chose à met­tre dans son sac-repas qui se conforme à la grille hyper-restrictive des aliments tolérés par l’école en même temps qu’à ses goûts plutôt pointus.

Puisqu’au final, ce qui compte, c’est qu’elle se nourrisse, je lui refile un truc interdit, qui n’entre pas dans la très fasciste catégorie « fruits, légumes ou produits laitiers qui se consomment sans ustensile ». Comme un bagel. Et je lui dis de se cacher pour le manger.

Je sais, je devrais avoir honte.

Au printemps dernier, une mère du Colorado a commis l’impensable : dans le sac-repas de sa fille, quelques biscuits Oreo accompagnaient un sandwich et du fromage. Le professeur de l’enfant a confisqué les biscuits et écrit une lettre à la mère, lui enjoignant de se conformer aux politiques « santé » de l’école, appuyant juste assez pour bien lui faire sentir qu’elle avait failli à sa tâche. Les anglos appellent ça du lunch shaming. C’est le genre d’humiliation que distillent les bien-pensants qui jugent un obèse qui mangerait autre chose que de la salade, ou une mère qui commettrait l’outrage de laisser son enfant jouer au parc sans surveillance.

L’anecdote des Oreo, relayée sur les réseaux sociaux, a fait exploser ici bien des parents, qui déplorent que les écoles québécoises sombrent dans la même dérive moralisatrice. Je me suis joint à une conversation sur Facebook, lancée par l’auteure Geneviève Petterson, où nous avons convenu à l’unanimité qu’entre les contraintes imposées par une minorité d’enfants allergiques et celles qui émanent de l’obsession du « manger santé » des autorités scolaires, ces politiques représentent un casse-tête, ainsi qu’une intrusion dans nos vies privées.

Mais pire encore : elles envoient un message pernicieux concernant la nourriture. Car en même temps qu’on parle d’une augmentation du taux d’obésité partout en Occident, on est peut-être en train de pousser une génération vers l’autre extrême des troubles alimentaires : l’orthorexie.

« C’est un peu tôt pour statuer là-dessus, modère la docteure en nutrition Karine Gravel, mais c’est vrai qu’on voit que les choses se polarisent. Le problème, ajoute-t-elle, c’est qu’on est en train de créer des classes d’aliments : les bons et les mauvais, alors qu’en réalité ça n’existe pas vraiment. Ces règlements scolaires émanent d’une volonté de bien faire, mais en même temps, ils contribuent à culpabiliser les enfants lorsqu’ils mangent quel­que chose qui ne cadre pas dans cette norme de la “santé”. »

C’est là que l’école erre et que, par sa rigidité, elle encourage une approche médicalisée de la nutrition, qui mène au dérèglement : des enfants qui ne veulent plus manger de gâteau lors de fêtes, « parce que c’est bourré de mauvais sucre et de gras », ou alors qui se gavent de chips quand ils en ont l’occasion, parce que cela leur est toujours interdit.

L’école, elle, ajoute encore plus de poids sur les épaules des enfants. C’est ma fille qui doit payer pour mon refus de me conformer à des exigences que je considère sans fondement. C’est elle qui reçoit les remontrances et qu’on encourage à percevoir la nutrition non plus comme un plaisir, mais comme un médicament.

Ce qui me rappelle ces images du futur lorsque j’étais petit : dans les années 2000, nous allions nous nourrir exclusivement de pilules contenant les nutriments qui nous seraient nécessaires.

Nous y sommes presque. Seu­lement, la pilule est un sac de plastique contenant des bâtonnets de céleri.

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14 commentaires
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zzzzzzz

Crime que je suis content de ne pas avoir embrassé la carrière de prof. Pas pour rien que le décrochage est élevé dans ce métier.

D’un côté ils sont « responsables » de veiller à la bonne nutrition des enfants, ce qui n’est pas toujours évident (parlez-en au doc Béliveau). D’un autre côté, ils se font ramasser (comme toujours) s’ils le font adéquatement.

J’imagine que le ton de l’article aurait été exactement le même si votre enfant avait une allergie et que l’école n’était pas en mode fascho?

Je comprends les doléances. C’est effectivement frustrant. Mais le «ton» de l’article, qui me fait penser à du pleurnichage.

La plupart du temps ce ne sont pas les pôvres prof qui veillent sur la bouffe des enfants mais les éducateurs du service de garde. Ce qui se dit dans l’article est tout à fait vrai et n’a rien de larmoyant ou de pleurnichage. Pour le supposé bien-être de l’enfant , l’école (par ses divers représentants) s’immise dans ce qui ne la regarde pas, à moins qu’il n’y est un danger immédiat pour l’enfant ou son entourage. C’est vrai que l’on se fait retourner une partie du lunch de notre enfant pour des niaiseries comme un bagel, c’et aussi vrai qu’on abuse des allergies des enfants. Une petite dans la classe de ma fille ne tolère pas le lactose, lors d’une rencontres parent / prof, ce dernier a demandé qu’on annule la collation avec lait de l’avant-midi! On a alors fait valoir qu’un peu de lait dans la journée ne fait pas de tort et que ceux et celles qui ne veulent pas en prendre ou ne peuvent pas, n’ont qu’à ne pas le faire! Rien de bien compliqué là-dedans. Pour être prof ou éducateur il faut aussi avoir un peu de jugement, c’est cela qui manque d’après moi et explique une partie du décrochage dont vous parlez.

Excellente chronique qui traduit exactement ce que je pense face au diktat de cette boîte à lunch et du manger « santé » ! Il faut que les institutions scolaires évoluent!

Plaignez-vous à la direction et au conseil d’établissement ! Je l’ai fait pour ma fille quand on exigeait que j’utilise des plats de plastique pour réchauffer son repas, ce que je refusais. Et on ne m’a plus jamais achalé avec ça. Si tout le monde accepte sans se plaindre et sans avancer d’arguments pertinents pour justifier le refus des règles, ces règles vont rester même si elles n’ont pas de sens.

Il faut se rappeller que chaque école fait son code nutrition comme elle l’entend. Il n’y a rien qui oblige l’école à ce sujet; pas de ministère, pas de commission scolaire que des employés qui écrivent des règles que le CE accepte.

Parce que maintenant, on mange la collo dans la classe. Elle se mange avec une main. La collation qui se mange en classe doit être « santé ». Et que les dégâts sont trop faciles. Fruits, légumes, fromages. Il y a des centaines de possibilités.
Les autres collations, craquelins, galettes etc…, ça se mange à la maison.
En tant que parent, faut vraiment avoir l’esprit fermé pour ne pas comprendre ça. Si le prof passe son temps à nettoyer des dégâts et laver des mains, est-ce qu’il enseigne? Non.
Les lunchs? Pareil. Aider le personnel. Aider nos enfants à mieux manger. Pas à l’extrême, mais à la base.

Vous avez raison! Mais par expérience, il vient un temps où les enfants sont « tannés » d’avoir dans leur collation une pomme ou des carottes! Je cuisine énormément « santé » ayant un de mes enfants avec allergie et je ne m’empêcherai jamais de lui mettre une galette ou barre tendre fait maison, qu’il pourra prendre en classe avec le lait offert . Qu’il veuille manger des craquelins, grand bien lui fasse, surtout quand je l’accompagne de fromage, il faut « varié » sans négliger une saine alimentation.

Tout comme les <> qui empêchent les garçons de se disputer, de monter sur les bancs de neige… de bouger finalement.

Dans ma classe on interdit ce qui contient du chocolat comme collation, au diner ils mangent sans restrictions. Je leur apprendre à faire de bons choix parmi ce qu’ils ont dans leur boîtes à lunch.

Chaque rentrée, je vais négocier avec les profs de mes filles «l’autorisation» de leur mettre des collations maison (avec pépites de chocolat, parce qu’elles aiment ça, point) dans leurs boîtes à lunch, et je trouve ça bien humiliant, comme si je devais prouver mes compétences parentales. L’école ne connaît pas les habitudes alimentaires de chaque enfant ni son métabolisme. Pour mes filles, des fruits le matin = des crampes jusqu’à midi, d’autant qu’elles ont peu d’appétit en se levant. Dicter des fruits, des légumes ou du fromage le matin pour des questions d’entretien de la classe, c’est se foutre des goûts des enfants, c’est passer outre l’importance d’avoir du plaisir en mangeant, c’est engendrer un rapport tordu à la nourriture. Foutez-moi la paix avec vos règlements alimentaires: ok pour les aliments allergènes, mais le choix des autres aliments de la boîte à lunch ne concerne personne d’autre que les parents et leurs enfants.

S’tie que je suis tanné de voir l’État tentaculaire se fourrer le nez partout.

Pas vous?

L’alimentation des enfants maintenant… Quand un fonfon de l’État viendra-t-il descendre mon zipper « de la bonne façon » lorsque j’irai aux toilettes?

La nourriture dans les boîtes à lunch est une responsabilité DES PARENTS point! Et les profs, n’ont absolument rien à y foutre.

Toutes les opinions sont permises. Je pense qu’il est bon de rappeler que les consignes pour la collation ne sont pas les mêmes d’une école à l’autre, tout comme les conséquences de leur non respect. De plus, considérant l’allusion au fait que les écoles ne sont pas tenues de faire l’éducation nutritionnelle des enfants, rappelons que l’école c’est 180 jours sur 365, de quoi laisser amplement de temps aux parents d’apporter leur contribution. Je pense que un cerveau nourri sainement est prédisposé à faire de meilleurs apprentissages académiques et que l’école est un bon endroit pour être introduit à une bonne alimentation. Dommage que certaines écoles abusent…
p.s. et votre fille avait-elle faim pour dîner après un bagel à 10h?