Les Z changeront le monde

Pourquoi cette dissonance entre le cynisme du vote et la volonté de changement de la marche ? « Les jeunes ne sont pas allés voter » est la réponse facile, vraie et fausse à la fois.

Photo : Daphné Caron

Il y a quelques mois, ça sentait la fin de l’été et la fin du monde. Greta avait dit : « Tremblez, ayez peur », et pourtant cette marche, la plus importante que le Québec ait connue, était joyeuse, en même temps qu’appliquée et studieuse.

Ce 27 septembre, la marche pour le climat de Montréal fut la plus imposante au monde. Nettement, marcheurs, quidams et analystes avaient l’impression qu’une page sociale et politique se tournait. Plus jamais on ne pourrait faire une campagne électorale sans inclure l’enjeu environnemental. Je l’avais dit pendant la campagne de 2018 : c’était la dernière au Québec, même au Canada, à miser sur les lunchs gratuits dans les écoles plutôt que sur la réduction des GES.

Pourtant, la veille de la marche, un sondage Léger paru dans Le Devoir révélait que les questions économiques allaient davantage influencer le prochain vote que celles liées à l’environnement. Des réponses représentant surtout les vieux électeurs ? Pantoute ! Les 18-34 ans étaient 35 % à voir en l’économie le premier facteur d’influence de leur vote, contre 22 % pour l’environnement…

Alors quoi ? Ceux et celles qui marcheraient le lendemain avaient échappé aux appels de Léger ? Et pourquoi la question climatique n’a-t-elle pas été l’enjeu décisif le 21 octobre ? Pourquoi cette dissonance entre le cynisme du vote et la volonté de changement de la marche ?

« Les jeunes ne sont pas allés voter » est la réponse facile, vraie et fausse à la fois.

D’abord, les jeunes ne sont pas tous pareils. On l’a constaté au Québec lors de l’élection provinciale. On les imaginait tous derrière QS, alors qu’il s’est avéré que les jeunes ont aussi contribué à porter la CAQ au pouvoir. Les « jeunes » ne sont pas une catégorie homogène, ne vivent pas tous sur le Plateau, à Montréal, et n’étudient pas tous en sciences sociales à l’UQAM. Des « jeunes » ont également des enfants, des hypothèques, des opinions un brin conservatrices. Beaucoup ne s’intéressent pas à la politique et ne vont pas voter.

Ensuite, de quels jeunes exactement s’agissait-il lors de ces élections d’octobre 2019 ? De ceux qui AVAIENT L’ÂGE d’aller voter. En gros, des « milléniaux ». Les fameux Y, généralement plus préoccupés de leur bien-être que de l’intérêt collectif (j’exagère le trait, pour les besoins de la démonstration), qui nous informaient qu’ils avaient participé à la marche par un selfie, satisfaits, sur Instagram. Leur attitude individualiste sur le marché du travail, très caractéristique, n’est pas si différente à l’égard de la politique.

Alors que ceux et celles qui ont lancé la marche, accéléré la prise de conscience de leurs parents, provoqué les politiciens en campagne, ceux par qui la rupture arrivera, ceux qui tiennent ce discours alarmiste, certes, mais qui rompt avec l’existant, ceux qui ont appris l’activisme, la force des opinions coup-de-poing et de l’action collective dès le début du secondaire, ceux-là, celles-là ne NE POUVAIENT PAS ENCORE VOTER ! Ils ont 16 ans, souvent moins. L’âge de Greta Thunberg, leur égérie. Ce sont des Z, nés après l’an 2000. Des utopistes pragmatiques, peu dociles, qui croient à la force du nombre. Ce sont les enfants des X. Et ils sont plus surprenants et intransigeants que leurs aînés les « milléniaux ».

Les X avaient pour devise No Future. Les difficultés, l’horizon bouché, tant politiquement que sur le marché du travail, l’angoisse. Ils ont fini, sur le tard, par trouver des solutions individuelles à leurs problèmes, mais c’est tout de même une génération qui croyait au bien-être collectif. Autant ils sont interloqués par les comportements des Y, autant ils se reconnaissent dans les Z. Ces derniers sont leur revanche !

Attendez la prochaine élection. Là, les Z auront le droit de vote, et ils l’exerceront.

Le 27 septembre, nous avons vu des cohortes entières de jeunes se lever. Un peu comme des élèves américains l’ont fait contre les armes à feu en mars 2018, après la tuerie survenue à Parkland. Ces très jeunes nous disent que nous, adultes, avons failli, et qu’à partir de maintenant, leurs actions seront présentes partout, du geste quotidien jusqu’à l’action politique directe.

Nous n’avons encore rien vu, comme Greta le disait. Pour le meilleur et pour le pire, surtout face au pire. Et ça, les sondages n’ont pas commencé à le comptabiliser. À ce jour, peu de choses ont été écrites sur cette génération qui ne pouvait pas voter le 21 octobre dernier. Il y aurait pourtant tellement à apprendre et à dire. Nous sommes encore obnubilés par les selfies des « milléniaux ». Mais attendez que leurs flashs soient tassés par les portraits collectifs et résolus des Z. Ils vont casser Instagram. Et peut-être aussi un gros morceau de la société…

Pour le mieux.

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