L’été des peshmergas, soldats de la force de sécurité kurde

Vous en avez assez des fous en noir ? Assez des musulmans extrémistes d’Irak et de Syrie qui tentent par la force d’imposer un État islamique en flagellant les gens qui osent consulter Facebook ou écouter de la musique ? Vous n’êtes pas les seuls !

peshmergas
Les peshmergas, les soldats de la force de sécurité kurde, profitent des attaques des djihadistes de l’EIIL en Irak pour élargir leur territoire. – Photo : Onur Coban / Anadolu Agency / Getty Images

Ces nouveaux djihadistes menacent plus que des régimes ou des gouvernements. Ils menacent des frontières et l’existence même de certains États. Sous leurs coups de boutoir, la carte du Proche-Orient pourrait être remodelée. Et par un ironique rebond de l’histoire, l’un des peuples d’apatrides les plus malmenés de la planète, victime d’un quasi-génocide en 1988, pourrait sortir gagnant de la crise actuelle.

L’acronyme imprononçable du nouveau groupe djihadiste transnational, EIIL (État islamique en Irak et au Levant, aussi appelé EI), ne sera donc pas le seul nouveau mot de l’été. Peshmerga en sera un autre !

Dans le nord de l’Irak, les peshmergas (« qui se battront jusqu’à la mort », en kurde) sont une force de sécurité de plus de 100 000 hommes (près du double, selon certaines sources) qui protège les huit millions de Kurdes d’Irak.

Les dirigeants kurdes profitent des attaques des djihadistes de l’EIIL — Daech, en arabe — pour élargir leur territoire.

Depuis la guerre du Golfe, en 1991, puis l’invasion américaine de 2003, les Kurdes d’Irak ont patiemment grignoté des marges d’autonomie. Pendant que sunnites et chiites s’entretuent en Irak, le territoire kurde est un havre de sécurité où l’on brasse des affaires et où les femmes ne sont pas voilées. Les Kurdes ont plus de 4 000 ans d’histoire et de culture. La plupart parlent une langue indo-européenne, et non l’arabe.

Les djihadistes de l’EIIL, eux, n’aiment ni le football ni la musique. Dans les villes et les villages qu’ils envahissent, les femmes doivent porter le niqab, ce grand vêtement noir qui ne laisse paraître que les yeux.

La grande majorité des experts s’entendent pour dire que les djihadistes ne prendront pas le contrôle de l’Irak, en dépit de leurs victoires militaires rapides de juin. Leurs 10 000 combattants sont trop peu nombreux pour s’emparer de Bagdad. Mais le conflit bouscule le fragile équilibre de la région. Ennemis d’hier, Iraniens et Américains songent à s’unir contre l’EIIL. Israéliens et Jordaniens font de même.

Au milieu de cette foire d’empoigne, les Kurdes tentent de tirer leur épingle du jeu. Fin juin, les peshmergas ont franchi les limites de la zone autonome kurde — garantie par la Constitution irakienne de 2005 — pour protéger Kirkouk, ville voisine laissée sans protection par l’armée irakienne ayant fui devant les djihadistes. Les Kurdes ont pris du même coup le contrôle des importants gisements pétroliers qui entourent la ville.

Le territoire sous domination kurde a maintenant la taille du Nouveau-Brunswick ! Et assez de revenus pétroliers — grâce aux exportations vers la Turquie voisine — pour songer sérieusement à une totale indépendance.

Pour ce peuple qui a vécu sous le joug aussi bien des Romains que des Mongols et des Ottomans ou du tyran Saddam Hussein, ce serait un étonnant retour de l’histoire. Bref, tout n’est pas si déprimant au Proche-Orient.

Le sénateur américain John Kerry aura beau enjoindre aux dirigeants kurdes de ne pas lâcher le gouvernement irakien de Bagdad, les peshmergas feront ce qui est dans leur intérêt. Les Kurdes n’ont de toute évidence pas envie de laisser les autres décider pour eux. Qui le leur reprochera ?

 

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S’il y eût des reproches à pourvoir, ce ne serait sans doute pas aux kurdes d’Irak qui soit dit en passant ne représentent que 30% environ de la population kurde répartie sur plusieurs pays. C’est plutôt sur la sagacité des propos tenus ici par l’éditorialiste de L’actualité. Comme si le mot de « peshmergas » était devenu « tendance » ou tout bonnement le mot de l’heure de la mode estivale si vous préférez.

— Passé de mode évidemment dès la rentrée !?

Ce sujet plutôt grave gagnerait, je conçois, à être traité en profondeur et autant que faire se peut en toute objectivité, ce qui veut dire prenant en compte les avis contradictoires s’il en est, dans le contexte des forces présentes sur le terrain ou ailleurs y compris « chez-nous » en l’approche sensible des populations ; sur fond notamment d’une guerre civile syrienne qui n’en finit pas, lorsque le risque de déraper en une crise humanitaire des plus terribles de ce 21ième siècle est à l’heure actuelle sur le seuil de devenir une réalité.

Nous constatons que ce rêve de familles patriciennes américaines influentes — de redessiner les frontières du Moyen-Orient –, pourrait sans doute finir par se réaliser. Le prix à payer de cette reconfiguration pourra néanmoins avoir été plus exorbitant que plus d’uns ne pensaient initialement, quand surtout c’est le dessin même des dites frontières qui pourrait surprendre.

À moins bien sûr qu’on ne finisse un jour par un bel après-midi estival, par s’apercevoir que bon an, mal an, nous partageons tous après tout, la même et unique bouée de sauvetage.