L’étrange histoire de David Armstrong Six

Un artiste figure sur la liste noire des personnes qui ne peuvent soumissionner les contrats de la Ville de Montréal.

Sur la liste que L’actualité a pu consulter, datée du 24 juillet, on peut lire, à côté du nom de David Armstrong Six, artiste sculpteur, la mention « admission tentative de fraude ».

Né en Ontario en 1968, Armstrong Six a exposé ses sculptures dans des galeries et des musées d’art contemporain situés un peu partout dans le monde, comme New York, Berlin, Toronto et Montréal. Il a reçu de nombreux prix du Conseil des Arts du Canada et du Conseil des arts et des lettres du Québec.

« Jamais je n’aurais pensé — ni su comment — frauder [la Ville] ! Tout cela est complètement injuste et très troublant », a souligné l’artiste en entrevue à L’actualité.

Tout démarre en février 2013. Armstrong Six se qualifie pour le dernier tour d’un concours de sculpture publique pour la rue Jeanne-Mance. Ce concours, organisé par la Ville de Montréal, prévoit que chaque artiste recevra 7 000 $ pour couvrir les frais liés à la recherche, la production de la maquette et la vérification de la proposition par un ingénieur.

David Armstrong Six admet avoir envoyé une facture de 8 048 $ à la Ville, soit une somme d’environ 7 000 $ à laquelle il a ajouté les taxes. Le hic : il n’avait pas de numéro d’inscription pour la TPS et la TVQ, et ne pouvait donc pas facturer lesdites taxes. L’artiste envoie dans la même journée une deuxième facture, établie à la somme prévue par le concours, et s’excuse auprès de la Ville.

« À ma grande surprise, la Ville a interprété ce bref laps de temps comme une tentative de fraude de ma part », dit-il. Il explique à la municipalité que ses coûts pour le projet dépassaient la somme allouée, et avoir voulu récupérer ceux-ci.

« J’ai fait quelque chose de stupide. Je ne dis pas que je suis innocent, mais cette erreur a été de courte durée. »

À la suite de cela, il reçoit une lettre de la Ville, le 25 avril dernier, l’informant qu’il est disqualifié pour deux autres projets artistiques, et qu’il est frappé d’une interdiction de participer à tous les concours de sculpture organisés par la Ville pendant cinq ans.

« Il va de soi que cela m’a choqué : je suis un artiste avant tout, et non un homme d’affaires. C’était mon premier concours d’une telle envergure : c’était une erreur de bonne foi », explique Armstrong Six.

Il dit être en contact avec un avocat pour que son nom soit retiré de cette liste. « Tout ce que je veux, c’est continuer mon travail d’artiste en paix », dit-il.

La Ville considère cela comme un litige à l’endroit d’un particulier et, conséquemment, ne peut divulguer trop de détails. « La décision a été fondée sur des éléments qui sont solides, et on ne souhaite pas faire plus de commentaires sur la place publique », a précisé Philippe Sabourin, responsable des communications pour la Ville. « On a expliqué à M. Armstrong les raisons qui justifient ce choix », a-t-il indiqué.

La liste noire de la Ville a été mise en place après l’adoption de la loi 1 sur l’intégrité en matière de contrats publics, présentée par le Parti québécois en novembre 2012. Une entreprise ou un particulier peut se voir imposer une interdiction de soumissionner en fonction d’un certain nombre de critères — qui vont de condamnations précédentes à un manque d’intégrité « à laquelle le public est en droit de s’attendre ».

Sur cette liste, on peut notamment trouver les noms de Lino Zambito, Gilles Surprenant ou encore Luc Leclerc.

Cette liste a cependant suscité quelques controverses.

Le 27 juillet dernier, La Presse révélait que Pierre Allard, un témoin que la juge France Charbonneau avait personnellement félicité pour avoir refusé de participer à la collusion, était sur la liste noire. Il avait admis avoir donné 60 $ en pot-de-vin. En même temps, l’entrepreneur Tony Accurso, qui n’a jamais admis quoi que ce soit, ne figure pas sur cette liste, malgré les nombreux chefs d’accusation qui pèsent contre lui.