L’heure de la collaboration

Peu de politiciens sont aussi adaptés que Pauline Marois à la tâche que les électeurs viennent de lui confier : diriger un gouvernement minoritaire.

L'édito de Carole Beaulieu - L’heure de la collaboration
Photo : Jacques Boissinot / PC

Toute l’histoire politique de cette femme, cette succession d’échecs parfois cuisants, de demi-victoires et de rebonds, dit sa capacité de ne pas renoncer à sa courtepointe parce que le tissu disponible n’est pas aussi abondant ni harmonieux qu’elle le souhaite.

La voilà nantie de bouts de tissu dépareillés. Reste à trouver les fils qui feront les coutures. Chez les libéraux et les caquistes, il y a des couleurs qui s’harmoniseraient avec les siennes.

Aussi sociale-démocrate soit-elle, Pauline Marois sait gouverner au centre. Ministre des Finances en 2002 et 2003, elle a présenté des budgets équilibrés. Même si les dernières années ont tiré son parti plus à gauche qu’il ne l’était sous les Lucien Bou­chard ou Jacques Parizeau, la nouvelle première ministre a toujours été de tendance centriste. Libérée de la pression de se déporter vers la gauche – les deux députés de Québec solidaire ne peuvent faire tomber son gouvernement -, la voilà libre de coudre l’avenir comme il lui semble bon.

François Legault a beau dire que ce sera aux libéraux de « sauver Pauline », la CAQ refusera-t-elle de soutenir un gouvernement qui proposera d’adopter des éléments de son programme ?

Augmenter les pouvoirs du Vérificateur général, nommer un commissaire à l’intégrité, mettre en œuvre les recommandations de la Commission spéciale sur la question de mourir dans la dignité ne sont que quelques-unes des promesses caquistes que des péquistes auraient pu faire.

De la même manière, les péquistes pourraient proposer aux Québécois – comme l’ont promis les libéraux – un crédit d’impôt en échange d’investissements dans des fonds détenant des participations dans des entreprises qui développent le Nord.

En renouant avec la tradition centriste de son parti, Pauline Marois pourra gouverner. Il lui faudra bien sûr remiser – pour un temps, du moins – son rêve de bâtir un pays. À moins qu’elle ne séduise sept députés prêts à se faire transfuges ! Les deux partis fédéralistes ont recueilli 58 % des voix et la première ministre devra en prendre acte.

La courtepointière devra aussi mettre la pédale douce sur quelques projets identitaires. Imposer le cégep en français à tous les francophones n’a rien d’urgent.

Et les dossiers pressants ne manquent pas : s’enten­dre sur un protocole clair pour décider d’exploiter les hydrocarbures, mettre au point des mesures pour décourager les retraites hâtives, s’accorder sur les objectifs de la Loi sur la réduction de la dette et instituant le Fonds des générations, élaborer une stratégie plus efficace d’intégration des immigrants à l’emploi, engager le Québec dans l’accord de libre-échange à prévoir avec l’Europe. La liste est longue de projets que libéraux ou caquistes pourraient soutenir.

Le Québec n’est pas une société ingouvernable, comme le disent trop souvent certains critiques. C’est une société tenace, opiniâtre, terre à terre à l’extrême sous ses discours passionnés. Si elle ne l’était pas, elle n’aurait pas survécu aussi longtemps en terre d’Amérique !

Au cours de la campagne, un électeur nouveau s’est affirmé, créature exigeante à la recherche du parti « parfait ». Consommateur friand des services à la carte, cet électeur-là vit mal qu’aucun parti n’exauce tous ses vœux. À moins d’un changement au proces­sus électoral, il va devoir réapprendre le compromis. Et les élus du 4 septembre, apprendre à se concentrer sur des priorités partagées par la majorité.

ET AUSSI

« Nous partageons la même histoire et je veux que nous puissions forger ensemble notre avenir partagé », a dit, en anglais, Pauline Marois à ses concitoyens anglophones le soir de sa victoire. Une phrase passée trop inaperçue dans les médias.

 

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