Libérons l’école publique

Au Québec, l’école publique étouffe sous la bureaucratie et les corporatismes. À quand un front de libération ?

Photo: Yves Beaulieu
Photo: Yves Beaulieu

À Montréal, une enseignante qui veut repeindre un mur de sa classe ne le peut pas. C’est interdit. Des parents qui veulent faire une corvée afin de construire des rayonnages pour la bibliothèque ou laver les murs ne le peuvent pas non plus.

Les commissions scolaires disposent d’ouvriers, syndiqués, pour accomplir ce genre de boulot. Et les écoles publiques ne peuvent faire appel qu’à eux. La liste d’attente est longue même pour changer un néon. Les travaux se font entre 9 h et 17 h, pendant les heures de classe. Vive l’algèbre au son du marteau et de la scie !

L’école publique québécoise étouffe sous le poids des contraintes bureaucratiques et des corporatismes. Le mois dernier encore, un enseignant montréalais talentueux, que ses élèves adoraient, a expliqué dans Le Devoir pourquoi, après huit ans de dévouement à ses classes de latin, il démissionnait. L’école publique d’Outremont qu’il servait bien n’avait pas le droit de lui donner un poste permanent, parce qu’il n’avait pas tout à fait le bon diplôme. Depuis, cette école cherche en vain un prof de latin !

Le contrat de travail qui lie les enseignants au ministère de l’Éducation contient tellement de règles absurdes qu’il dessert souvent les meilleurs d’entre eux. Et les enfants. À quand un front de libération de l’école publique ? Ce front aurait un programme tout tracé.

A. Abolir ou réformer les commissions scolaires. Quand une commission scolaire met trois ans à approuver l’achat d’un tapis de judo pour un enseignant qui lutte contre le décrochage… on est en droit de vouloir réformer le système !

B. Sous-traiter au privé l’entretien des bâtiments — en tout ou en partie, selon les besoins — et s’assurer que les travaux bruyants se font en dehors des heures de classe.

C. Améliorer l’état des bâtiments par tous les moyens, même une corvée des parents et des dons de mécènes.

D. Introduire des évaluations annuelles écrites de la performance des enseignants par leurs supérieurs. Dans bien des cas, on néglige de procéder à ces évaluations ou on les fait verbalement, à la hâte.

E. Récompenser plus régulièrement — financièrement ou autrement — les enseignants qui se perfectionnent, qui contribuent à la vie scolaire, qui ont des idées. Congédier les mauvais.

F. Abaisser de 16 à 14 ans l’âge où la fréquentation scolaire cesse d’être obligatoire. Un jeune de 14 ans qui ne réussit pas à l’école et qui peut prouver qu’il a un boulot (il faudrait pour cela modifier la Loi sur les normes du travail) devrait pouvoir mener sa vie au lieu de « faire du temps » à l’école et de pourrir la vie des autres — parents, élèves et enseignants y compris.

G. Donner aux directeurs le pouvoir, chaque fois qu’ils peuvent justifier leur décision, d’embaucher les enseignants qui répondent le mieux aux besoins des élèves de leur établissement. Même si cela va à l’encontre de la liste des priorités syndicales ou des règles administratives.

H. Ne pas fermer les écoles, l’été, dans certains quartiers populaires. C’est souvent le seul endroit où des enfants issus de familles en difficulté trouvent des adultes en qui ils ont confiance.

Le 4 novembre prochain, dans tous les coins du Québec, les citoyens seront invités à voter pour les gens qui les représenteront au sein des commissions scolaires. Vous trouverez une liste des candidats dans notre site (lactualite.com/elections_scolaires). Contactez-les si ces questions vous intéressent.

La Fédération des commissions scolaires a refusé de parler à L’actualité des enjeux de ces élections, dont elle est pourtant responsable, car elle boycotte le numéro du classement des écoles. Elle vous parlera certainement à vous. Téléphonez-lui : 418 651-3220. Ou écrivez-lui : [email protected].

À SAVOIR

En Colombie-Britannique, un récent jugement de la Cour d’appel a confirmé le droit des enseignants — contesté par une commission scolaire — d’émettre des opinions en public sur les politiques ou les programmes de leur gouvernement, même s’ils critiquaient ainsi leur employeur. La Cour suprême a refusé d’entendre une demande d’appel sur cette question, le droit à la libre expression étant clairement, selon elle, protégé par la Constitution canadienne.