L’intégration par le plein air

S’initier à la pêche, au canot, au tir à l’arc, manger de la poutine en groupe, chanter des airs autour du feu sont autant de façons pour les immigrants de plonger dans leur nouvelle vie.

Photo: iStockphoto

Cet été, partez à l’aventure dans les archives de L’actualité pour (re)découvrir les grands classiques estivaux du Québec.

Lorsque Hubert Baril-Boudreault, chargé de l’animation au Centre du Lac Pouce, près de Chicoutimi, a accompagné une famille chinoise récemment immigrée à une partie de pêche, il s’attendait à des réactions de dégoût. « L’hameçon, les vers de terre, ni les parents ni les enfants n’avaient déjà touché à ça ! » Mais ils étaient émerveillés.

Au cours de l’été 2016, le Centre du Lac Pouce a pour la première fois accueilli une vingtaine de familles chinoises, cubaines et syriennes de la région. « Ces gens veulent comprendre comment on vit », dit Laval Dionne, directeur général de ce camp nature où on peut s’initier à des activités aussi variées que le tir à l’arc, le canot ou la cueillette de champignons.

« C’était des vacances très agréables. Le paysage était très joli ! » dit Rania Jarboue dans son français encore hésitant. Quelques mois après son arrivée à Saint-Félicien, en 2016, cette réfugiée syrienne a séjourné une semaine au Lac Pouce avec son mari, leur fils de 7 ans et leur fille de 12 ans. Leurs activités favorites ? « Découvrir les forêts, les lacs. C’était tellement calme. » Et la cuisine, une curiosité. « Spaghetti, poutine… on a appris ce qu’on mange en vacances au Québec ! »

La tendance est répandue. Selon Robert Rodrigue, directeur général du Mouvement québécois des vacances familiales, les organismes d’aide aux nouveaux arrivants considèrent désormais les vacances comme un instrument d’intégration. Ainsi, la Maison internationale de la Rive-Sud, à Brossard, offre depuis 2012 aux nouveaux arrivants de la Rive-Sud de passer une semaine dans la  nature pour 20 dollars par personne. « C’est une belle occasion de rapprochement culturel, parce qu’ils se mêlent aux familles québécoises », dit François Vaillancourt, qui organise le camp à Chertsey, dans Lanaudière.

Rania Jarboue est convaincue de l’importance des loisirs dans le processus d’intégration. « L’été prochain, les enfants iront au camp de jour. Je veux qu’ils jouent avec d’autres enfants et pratiquent leur français ! »

Delphine Folliet, directrice générale de l’organisme Immigrant Québec, observe qu’un même cycle initiatique se répète chez les nouveaux venus. Ils passent bien souvent leurs premières vacances à la bibliothèque, avec leurs enfants. Certains regardent un peu plus loin, se tournent vers les activités festives du quartier, puis de la ville. Ensuite, ce sont les grands parcs régionaux. « À Oka, on entend maintenant plein de langues différentes ! » dit-elle. Lorsqu’ils sont bien installés, les néo-Québécois partent, par leurs propres moyens, à la découverte du Québec, en commençant par les valeurs sûres : la capitale, Charlevoix, Tadoussac, la Gaspésie.

Les séjours en camps familiaux ont l’avantage de favoriser la mixité : les familles immigrantes se retrouvent parmi la clientèle habituelle des centres. « C’est une occasion de rapprochement culturel », dit François Vaillancourt, agent de développement à la Maison internationale de la Rive-Sud.

Les immigrants ne sont d’ailleurs pas les seuls à en profiter, particulièrement à l’heure du feu de camp, qui devient un outil d’interaction culturelle. Au Centre du Lac Pouce, en plus des traditionnelles chansons québécoises qu’il est de mise d’entonner lors de cette activité, Hubert Baril-Boudreault invite les nouveaux arrivants à « en pousser une » en arabe, en mandarin ou en espagnol. « Il y a un aller-retour culturel intéressant », dit l’animateur, qui n’observe aucune tension dans les groupes. Et qui sait maintenant pour sa part dire merci et bonjour en mandarin.

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