Lisons plus, parlons mieux!

Des nouvelles réjouissantes pour contrer le misérabilisme ambiant: la langue et la culture s’améliorent au Québec.

Aucun bouquin. Pas même une BD… Il y a 15 ans, près de 40% des Québécois avouaient n’avoir lu aucun livre au cours des six mois précédents. Aujourd’hui, cette proportion n’est plus que de 25%. Et le quart des Québécois ont lu de un à deux livres au cours des six derniers mois, soit 8% de plus qu’en 1992.

«Ces données corroborent les résultats de notre vaste enquête sur les pratiques culturelles des Québécois parue en 2004. Ils lisent davantage et achètent plus de livres neufs», dit Benoît Allaire, chargé de projet à l’Observatoire de la culture et des communications de l’Institut de la statistique du Québec.

Plus de 17% des Québécois vont au cinéma au moins une fois par mois. C’est 9% de plus qu’en 1991. Et c’est comparable à ce que l’on observe dans le reste du Canada.

Mais pour le reste, les Canadiens des autres provinces lisent plus (36% ont lu au moins cinq bouquins depuis six mois, contre 28% des Québécois) et ils voyagent davantage hors du pays ou des États-Unis.

La question linguistique est un élément central de la culture. Pas étonnant que la protection du français préoccupe toujours beaucoup les Québécois. En cette matière, leurs attentes envers l’État demeurent élevées: 59% sont d’avis que les gouvernements n’en font pas assez pour protéger et promouvoir l’usage du français au Québec. Et 71% trouvent qu’ils n’en font pas assez au Canada non plus.

Assez ou pas, reste que 4 Québécois sur 10 estiment que la qualité du français parlé au Québec s’est détériorée ces dernières années. Le quart croient au contraire qu’elle s’est améliorée. Qui dit vrai? Sur le terrain, les perceptions diffèrent et l’avis général est que la qualité du français parlé des Québécois est en hausse. Tant mieux. Cela révèle peut-être que les exigences des Québécois augmentent.

Guy Ferland enseigne la philosophie depuis une dizaine d’années au cégep Lionel-Groulx, à Sainte-Thérèse. Il constate une nette amélioration du français parlé de ses étudiants. «Ils s’expriment avec beaucoup plus d’aisance que leurs aînés. Ils ne manquent ni de verve ni d’assurance. Ils ont plus de facilité à argumenter que les étudiants des années 1990», dit-il.

Elle est bien révolue, poursuit-il, l’époque où un «oral» apparaissait aux étudiants comme une épreuve contraignante. «Au contraire, ils ne demandent pas mieux que de s’exprimer haut et fort. Ils aiment prendre la parole», dit-il.

Gérald Paquette, de l’Office de la langue française, s’intéresse à l’évolution de la situation du français depuis une trentaine d’années. Il partage le point de vue de Guy Ferland, qui est aussi celui des linguistes Marie-Éva de Villers et Guy Bertrand. «La qualité du français parlé, au Québec, s’est améliorée de façon sensible depuis 1992. Dans la population en général et chez les jeunes en particulier, le vocabulaire des Québécois est plus riche, plus varié et plus précis. Nous utilisons beaucoup moins d’anglicismes. Et quand nous le faisons, c’est souvent sciemment, dans le but de faire “branché”», dit-il.

Cela dit, le français écrit, disent en chœur les experts, n’a pas suivi la même courbe. Les fautes de syntaxe et la méconnaissance des règles de grammaire sont légion. La raison? Les carences dans l’enseignement du français au cours des dernières décennies.

Les technologies de l’information ne constituent pas une menace, disent les mêmes linguistes. Le courriel, pour ainsi dire inexistant en 1992, n’empêchera pas une amélioration du français écrit. «Au-delà du phénomène du texto, le courriel a réhabilité le genre épistolaire. Nous écrivons beaucoup plus qu’avant. Les gens réapprennent en quelque sorte à s’écrire», dit Gérald Paquette.

Les Québécois misent toujours sur l’État pour protéger la langue et assurer le développement de la culture. Ainsi, l’immense majorité (84%) est favorable aux subventions de l’État dans le secteur culturel. Mais attention! Pour 64% des gens (contre 49% en 1992), l’État devrait avoir le droit de ne pas subventionner certaines œuvres parce qu’il les juge trop controversées ou choquantes.