Luge d’eau : danser avec les rivières

Coup d’œil sur un sport spectaculaire en plein essor.

Allongés sur leur planche, palmes aux pieds, les adeptes de la luge d'eau avancent en surface, en dessous et au-dessus des rapides des rivières du Québec et d'ailleurs. La star montante Tom Paterson (en jaune) adore le bouillonnement printanier. (Photo : Josh Galt/Facelevel.com)
Allongés sur leur planche, palmes aux pieds, les adeptes de la luge d’eau avancent en surface, en dessous et au-dessus des rapides des rivières du Québec et d’ailleurs. La star montante Tom Paterson (en jaune) adore le bouillonnement printanier. (Photo : Josh Galt/Facelevel.com)

Le Mangeur d’autobus, le Couteau du boucher, le Monstre au visage blanc… Ces rapides de la rivière des Outaouais portent bien leurs noms à donner froid dans le dos. Longs de plusieurs centaines de mètres, éclaboussant d’écume quiconque les approche, ils sont réputés difficiles même par les adeptes de la nage en eaux vives les plus aguerris. Mais pour Tom Paterson, 22 ans, star montante de la luge d’eau — un mélange de nage, de surf et de kayak de rivière —, c’est un terrain de jeu formidable !

Le voilà d’ailleurs qui, palmes aux pieds, se propulse entre deux rochers, le haut du corps appuyé sur une sorte de planche (un flotteur en polystyrène), avant de disparaître quelques secondes, pour mieux resurgir sur la crête d’une vague, à genoux sur sa luge. C’est alors qu’il l’agrippe et s’élance dans une vrille au-dessus des eaux, puis se pose sur la même vague, sans se laisser emporter par les flots tumultueux !

Depuis trois ans, l’Ontarien révolutionne son sport, descendant les rivières les plus difficiles du Québec, faisant de chaque vague un tremplin pour exécuter des acrobaties de haute voltige.

« Je m’inspire de la tendance freestyle dans le monde du kayak de rivière, dit Tom Paterson, et je l’adapte au fait qu’en luge d’eau tu es dans la rivière et non en surface. »

Ce que le jeune homme apporte de nouveau dans la communauté des nageurs d’eaux vives (les riverboarders, comme ils s’appellent entre eux), c’est la composante aérienne de la luge d’eau. « Personne avant lui n’avait réalisé de telles prouesses techniques », dit Martin Bertrand, président d’Horizon X, la société de rafting outaouaise où Tom Paterson travaille comme guide.

Tom Paterson est bien connu des nageurs d’eaux vives de par le monde grâce aux vidéos de ses exploits, qu’il produit pour son commanditaire, Face Level Indus­tries, un site de nouvelles sur les sports « qui se pratiquent tête première ». « Il y a même des Français qui viennent en Outaouais pour apprendre de lui », dit Martin Bertrand.

Étonnant, puisque c’est à un Parisien, Claude Puch, que l’on doit l’invention de la toute première hydroluge, commercialisée sous ce nom à la fin des années 1970. L’activité s’est développée dans l’Hexagone sous l’égide de la Fédération française de nage en eaux vives, puis, à partir de 1991, de la Fédération française de canoë-kayak, mais elle est restée confinée à un relatif anonymat ailleurs dans le monde. Trop marginale, disait-on.

Les choses changent, toutefois. À preuve, depuis 2013 se tient un Championnat du monde, organisé par la World River­boarding Association (WRA). Du 12 au 19 octobre 2015, des athlètes des quatre coins de la planète envahiront Lanquín, au Guatemala, pour sa seconde édition.

« Et j’ai la ferme conviction que d’ici quelques années, si nous con­tinuons sur notre lancée, ce sport pourrait se faufiler jus­qu’aux Jeux olympiques », dit Denis Morin, de Québec, adepte de longue date de l’hydroluge et membre du comité organisateur des Mondiaux de la WRA. Ceux-ci attestent, selon lui, l’atteinte d’une certaine maturité pour ce sport. « On sent qu’il y a un véritable esprit de corps. Avant le Mondial de 2013, tout le monde était seul dans son coin », dit l’homme de 53 ans.

Mais avant de rêver aux anneaux olympiques, la communauté des riverboarders devra continuer de se développer. Et pour cela, la passion contagieuse de Tom Paterson pour les acrobaties sera d’une aide précieuse.