Ma guerre ouverte contre le recyclage 2

Nous sommes en partie responsables de ce bordel parce que nous ne classons pas bien nos déchets, mais c’est aussi la faute de tous ces producteurs qui se fichent éperdument d’engendrer des tonnes d’emballages qui coûtent cher en traitement à la société et qui sont mauvais pour l’environnement.

Photo : L'actualité

J’ai passé une heure au téléphone avec Grégory Pratte, responsable des affaires publiques à l’OBNL Tricentris. Je ne connais rien au recyclage. Je ne suis pas journaliste. Je suis humoriste, auteure et chroniqueuse pour ce beau magazine. Je pose des questions surtout comme fille curieuse et surtout comme citoyenne mère de famille qui est écœurée que ça soit zéro efficace de générer chaque semaine une centaine d’emballages que je stocke chez moi, puis que je sors dans la rue. Ça niaise. Je n’aime pas ça. J’ai l’âme d’une mère qui sait que tout ce qui traîne se salit et ça revient dans la cour de qui quand les choses se salissent ? La mienne.

Ben, figurez-vous qu’un centre de tri, c’est un peu comme une mère de famille, ça s’occupe du bordel que les autres engendrent. Et un moment donné, une mère de famille comme un centre de tri, ça se vire de bord et ça veut demander à ceux qui créent le bordel : « T’as-tu fini là ? »

Je vous avouerai qu’au départ, parler à un centre de tri me faisait peur. J’ai en tête comme vous les images de dépotoirs, de mouettes qui rôdent, de conteneurs pleins de plastique qui s’en vont vers l’Asie, de biodiversité qui diminue, d’ours polaire qui tient sur un bout de banquise et de grosses usines qui fabriquent surtout de la boucane. J’avais peur en parlant à Greg d’être complètement découragée. Comme vous, en matière d’environnement, je fais parfois l’autruche. Mon anxiété a déjà été tellement élevée et en a pris aussi pour son rhume durant la pandémie, que j’angoissais d’appeler et de me fourrer la tête dans un nid de guêpes.

Puis je me suis souvenu que l’anxiété diminue avec la connaissance, lorsque celle-ci vient remplacer notre imaginaire (nos idées noires). Si un truc te fait peur, ne ferme pas les yeux, au contraire, renseigne-toi.

La réalité de tout ce qu’on génère en recyclage est un peu moins sombre que ce que je pensais. Premièrement, non, ça n’est pas vrai que l’on enfouit tout ce que l’on met dans le bac et ça n’est pas vrai non plus que chaque semaine ta boîte de céréales vide part pour l’Asie. La réalité, bien sûr et comme dans tout, est beaucoup plus complexe que ça. Ce que j’ai appris, c’est que le méchant plastique ne constitue que 4,5 % de notre bac de recyclage. Le gros du bac, c’est le papier (64%), le verre (14 %) et le carton (13,5 %). Et on le recycle localement.

Ce que j’ai appris aussi, c’est que, oui, bien sûr certaines matières partent vers l’enfouissement, et c’est généralement ça qui fait les manchettes et fait passer les centres de tri pour des pas bons, mais une mère de famille n’est qu’en partie responsable du bordel de sa maison. Nous utilisons au quotidien des produits qui ne sont pas recyclables et après nous les mettons dans le bac. C’est notre erreur parce que nous ne classons pas bien nos déchets, mais c’est aussi la faute de tous ces producteurs qui se fichent éperdument d’engendrer chaque année des tonnes et des tonnes d’emballages qui coûtent cher en traitement à la société et qui sont mauvais pour l’environnement, tout ça sous prétexte qu’ils font du gros cash et que leur promesse nous tient par les c… : les chips, c’est bon.

Coupable. Je relève la main. J’aime beaucoup, beaucoup les chips. Je suis team salé et je t’échange un sac de bonbons contre n’importe quel sac de chips any day. Mais savais-tu ça, toi, qu’aucun sac de chips au monde n’est recyclé ? Je respire dans un sac en papier. Imagine. Imagine tous les sacs de chips dans le monde tous les jours. En orbite autour de la Terre. Il doit y en avoir partout. Est-ce que ça vaut la peine de dégrader une planète parce qu’on n’est pas capables de se passer du bon goût de gras salé de la patate ? Je ne pense pas. Mais il doit y avoir une autre solution que nous priver de chips pour sauver la planète, sinon je ne me souviens plus si ça vaut la peine de vivre.

Aaaah… Oui. Ben, peut-être qu’on pourrait demander aux fabricants de sacs de croustilles d’investir dans la recherche pour nous créer un sac qui disparaît quand il est vide ! Oui, allô ? Pourquoi vous « brettez » de même ? Parce que vous savez qu’on est incapables de se passer de vos délicieuses chips, donc ça ne change rien, vous savez qu’on les achèterait même si le sac était fait en peau de notre mère ?

Je trouve ça cheap. L’emballage des briques de fromage, tsé, que j’achète à la tonne ? Ça ne se recycle pas. L’emballage des crottes de fromage, notre fleuron québécois, notre âme faite en voix de Céline, ben, ça non plus, ça ne se recycle pas. Les « tites » compotes qu’on lance aux enfants dans le « char » pour qu’ils les aspirent et se ferment enfin la trappe… Nope. Ça ne se recycle pas. Les contenants de mini yogourt que tu mets dans la boîte à lunch et qu’ils mangent une fois sur deux quand ils n’explosent pas, ça non plus.

On peut évidemment choisir de ne plus acheter tout ça. Je suis dans cette réflexion depuis quelque temps, mon but est de ne plus charrier mes gros sacs de recyclage. De changer certaines de mes habitudes pour l’environnement, mais aussi pour mon bien-être.

J’achète de plus en plus en vrac, je mets ça dans de jolis bocaux, j’ai du plaisir à le faire. Mais je suis bien consciente que je suis une goutte d’eau qui essaie de se purifier dans un océan de plastique. Greg au bout du fil me rappelle que chaque geste compte et que, depuis les 23 ans que Tricentris est ouvert, il a vu beaucoup de progrès. « Je suis assez vieux pour me souvenir que le tri de déchets avant, c’était sortir tes sacs verts au bout du chemin et on envoyait ça dans le champ. Point. » On a fait du chemin.

La prochaine étape ? Qui va lever la main pour faire pression sur les 3 000 producteurs du Québec qui remplissent chaque semaine nos maisons d’« emballages-cossins » ? Ne me regardez pas, j’ai appris à mes gars à laver, plier et ranger leur linge pour avoir droit au jeu vidéo, parce que j’étais tannée de faire du lavage. Il est temps qu’on fasse aussi pression sur les entreprises pour qu’elles innovent en matière d’emballages.

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Je suis parfaitement d’accord qu’un moment donné, le fardeau ne doit plus n’être que sur les consommateurs.

Je sais bien que « chaque geste compte » et je suis prêt à en faire des gestes, j’en fais déjà pas mal.

Mais je vis dans le monde dans lequel je vis et c’est parfois compliqué, même impossible, de toujours faire le bon choix. Pourquoi des produits avec des emballages non recyclables se vendent-ils encore quand il y aurait clairement des alternatives? Pourquoi je peux encore acheter des trucs qui sont emballés individuellement, ensuite mis dans une boite et que ladite boite est à son tour emballée de plastique? Pourquoi si j’achète, par exemple, un moniteur d’ordinateur, la petite feuille qui explique la garantie est-elle dans un sac de plastique?!

Je sais pas, de toujours demander aux consommateurs de sauver la planète, dans ma tête c’est comme de dire que pour baisser le taux d’homicide, il faudrait demander aux victimes d’arrêter de se mettre devant les balles…

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pourquoi les gouvernements ne feraient-ils pas pression sur les FABRICANTS de plastique. Moi, j’aime le plastique , c’est tellement pratique, propre, etc…..je me souviens du temps avant le plastique……l’emballage des viandes par ex….etc….pour tout ce qui a rapport à l’alimentation , quel utilité que le plastique. Alors les FABRICANTS, ils font de l’argent en vendant leur plastique, ils devraient aussi être redevable à la société de l’aider à s’en débarasser. Ils connaissent la formule chimique de la fabrication, ils devraient être en mesure d’avoir la formule pour qu’il retourne à son état original. Faisons pression sur les FABRICANTS et aussi qui sont-ils ces fabricants? Ce sont les gens les plus mystérieux de la planète ,on ne les voit jamais en entrevue, etc…
r

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Quand les fabricants deviendront redevables à la société en recyclant leurs produits plastique ou carton, ils auront déjà mis la main dans vos poches pour éponger leurs pertes et en auront fait un autre profit… à vos dépends, toujours ! Toute addition, amélioration ou modification résulte en un gain pour tous les intermédiaires, soit des fabricants jusqu’au vendeur au bout de la chaîne. Et vous, le client, il s’appelle ¨poisson¨ !

Les plastics que de problèmes un il y en a trop ,deux plusieurs ne sont pas recyclables pourquoi? Je tente de faire ma part en recyclant comme le café et thé que j’utilise comme fertilisant et les cup je les recycles j’ai le temps je suis à la retraite c’est bien différend pour les familles toujours pressées par les obligations de la vie.Je crois qu’il faut éliminer de plus en plus le plastique à la source pourquoi Et s’est un exemple l’achat d’une prise de courant dans un contenant de plastique rigide une prise de courant s’est pas fragile à ce que je constate.Je crois que les gouvernements doivent légiférer dans ce sens pour forcer l’industrie a faire des choix judicieux.

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Merci madame Léa de partager publiquement ces inquiétudes vis-à-vis le manque de responsabilité de nos dirigeants à l’égard de notre environnement.

J’ai tout récemment écrit à la SAQ pour leur dire que j’en avait marre qu’on ne puisse toujours pas retourner nos bouteilles vides de qualités pour qu’elles soient adéquatement recyclées. Une promesse d’actions qui avait pourtant été publiquement exprimée par la SAQ en tout début d’année. On a donné un retour de réponse automatique à mon courriel, rien de plus?

Avant d’écrire ces quelques mots, j’ai appelé une succursale de ma région (en Outaouais) pour m’assurer qu’il n’y avait pas eu de changement récent à l’inaction de la SAQ et on m’a gentiment dit; monsieur vous pouvez simplement traverser l’autre côté du pont en Ontario et ils les prendront avec plaisir et même vous payez pour le retour de vos bouteilles vides parce qu’ici dans nos succursales nous n’avons aucune façon de les traiter…

Donc oui, j’en ai marre…surtout parce que le peuple Québécois à clairement démontré au cours des années que nous étions un peuple écologiquement responsable et prêts à faire tous les efforts et les gestes nécessaires pour protéger notre environnement et notre bien-être commun pour nous et pour les générations à venir. Alors pourquoi donc MONSIEUR Legault, vous, homme d’action et de résultat que vous êtes, ne vous penchez pas aussi sur l’établissement de solutions durables concernant tous les petits gestes de consommation simples que font au quotidien vos citoyens avant de partir trop vite dans la réalisation de vos grands projets pour relancer l’économie Québécoise?

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Le seul pouvoir qu’on a est celui d’acheter nos légumes non emballés. Dévalisons le rayon des légumes tout nus et partageons nos trucs pour les conserver sans plastique. La laitue se conserve très bien au fridg dans l’essoreuse à salade après l’avoir déchirée en morceaux et lavée.

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Très intéressant. En effet, le travail à faire sur la réglementation des emballages est urgent. Toutefois, il est très difficile de le faire, simplement parce que les entreprises font très souvent du lobbying pour dire aux gouvernements que ça leur coûterait très cher et qu’ils ne seraient plus compétitifs.

Comme nous n’avons plus de temps, ça serait tout à fait le bon moment, d’endiguer le mal « à la source » plutôt que de tenter pendant des décennies de trouver des solutions pour le régler. Un des principal problème de notre ère de résumé a « nous (Incluant les gouvernements) sommes beaucoup trop focusé a vouloir faire le bien plutôt qu’à endiguer le mal ».

Je finirais en disant que c’est bien tout ça, mais faut se questionner sur l’impact relatif par rapport au reste de nos comportements, parce que 25 ans de zéro déchet n’a pas l’impact d’un seul vol d’avion…un vol d’avion Mtl-Paris c’est 2 tonnes de GES et 2 tonnes et bien c’est à peu près le budget individuel de GES auquel nous devons tous nous ramener…ce qu’on devrait être en train de faire dans cette tragédie climatique c’est se demander ensemble ce qu’on peut conserver. Maintenant il n’y a plus personne qui puisse se dire qu’il ne sera pas gravement impacté de son vivant. Et c’est le dernière décennie pour vraiment se préparer.

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Recyclage, mais quoi? Ce plastique ne se recycle pas, qui me le dit. Quand aurons-nous une liste de ce qui se recycle. Via le Publ-Sac, ce serait facile de fournir une charte.
Les sacs de chip, je ne savais pas! Et quoi d’autre, il y tellement de plastique?

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