Magasiner pour oublier

Huit ans après le Printemps érable, on choisit de continuer à être broche à foin en éducation pour prioriser ailleurs ? Je suis découragée.

Photo : L'actualité

Je m’excuse, je suis encore fâchée. Je pense que je ne me remettrai jamais de voir la queue devant le magasin Simons avant de pouvoir envoyer mes enfants à l’école. Oui, je sais, je sais, vous avez trouvé des solutions. Du plexiglas, du push-push à main, un garde de sécurité, un nombre x de clients dans le magasin… tout ça. Vous y avez pensé et réfléchi, vous avez fait des consultations et vous avez regardé ce qui se faisait ailleurs…

Vous avez trouvé du personnel, des ressources, vous vous êtes organisés, puis vous avez pris le risque. Je ne veux même pas opposer les magasins et l’éducation et je sais qu’il y a plein de parents qui gèrent ou travaillent dans le commerce au détail, je comprends que l’économie fait rouler bien des affaires. Mais quel message est-ce qu’on s’envoie comme société d’avoir mis toutes ces ressources à déconfiner pratiquement tous les secteurs sauf l’école de la grande région de notre plus grande ville ?

On sentait déjà que l’éducation publique battait de l’aile, comme parent je comprends à peine toute la question des commissions scolaires, des locaux vétustes, des écoles pas de fenêtres, des bunkers sans arbres, des classes surpeuplées, des profs mal payés, des boîtes de Kleenex manquantes que nos enseignants achètent avec leur propre salaire… Je ne comprends pas grand-chose. Mais je vois le plomb dans l’eau et l’amiante dans les murs et les postes de spécialistes qui se font couper… Je vois la misère qu’on a à recruter du personnel. Bref, je vois que notre société bien axée sur la performance, le profit et ce qui brille a pendant de longues années mis sous le tapis la question des plus vieux et qu’on a en gros fait exactement la même chose avec les enfants. On n’est pas bons avec tout ce qui est fragile.

Et là, vraiment, symboliquement, que je puisse aller acheter des « gogosses» en plastique pour ma terrasse avant que mes enfants aient les fesses assises sur un banc d’école me tue. Clou, voici le cercueil.

Non mais, qu’est-ce qu’on est en train de dire à tous ces jeunes ? En 2012 on a marché dans la rue et « casserolé » pour un projet de société, la gratuité scolaire. Et au-delà de la colère qui grondait et amassait des foules, le rêve sous-jacent de tous ces gens qui marchaient dans les rues, c’était de sentir que la société québécoise comprenait à quel point presque tout tient sur l’éducation. Elle est la base de pratiquement toutes les sphères de la vie. Nous avions le rêve fou de nous dire entre nous, haut et fort, que l’éducation doit être une des valeurs centrales de tout ce que l’on construit. C’était pas pour que ça soit juste gratuit, c’était pour que ça soit important.

Comprendre ça, c’est comprendre la fragilité de la vie et c’est comprendre ce qui est essentiel. C’est se dire que l’on mise sur les bonnes affaires. Que le vulnérable sera protégé. Huit ans plus tard, pendant une pandémie inimaginable, alors même que nous venons de traverser des mois d’incertitude qui nous ont « stripé » de nos couches superflues, et mis face à face tout nus devant nos essentiels, on choisit finalement de continuer à être broche à foin en éducation pour en définitive abandonner et prioriser ailleurs. Je suis découragée.

Mais bon, comme m’a dit une madame sous un de mes statuts Facebook, je vais pouvoir aller magasiner pour me changer les idées. En plus, dans les grands magasins, contrairement aux écoles ou CHSLD, y’a l’air conditionné. Soupir.

Vous avez aimé cet article ? Pendant cette crise, L’actualité propose gratuitement tous ses contenus pour informer le plus grand nombre. Plus que jamais, il est important de nous soutenir en vous abonnant (cliquez ici). Merci !

Laisser un commentaire

Nous vivons au Québec avec toutes sortes d’infrastructures qui ont 50 ans et plus. Au lieu de mettre plus d’argent dans leur entretien, on a préféré faire ce que l’on sait faire de mieux ici : « patcher ». Sauf que cette technique n’est pas à proprement parler illimitée.

Pire, dans plusieurs secteurs, on a continuellement remis à plus tard les investissements. C’est le cas dans les écoles où on n’a pas prévu l’accroissement d’élèves dans des zones plus densément peuplées.

Même dans les universités, on n’a pas fait mieux. J’ai suivi à je ne sais combien ce cours dans des salles bondées (une soixantaine de personnes) prévue tout au plus pour 25.

Nous avons beau jeu de dénoncer maintenant la situation dans les CHSLD, cela fait déjà des décennies que certaines situations, incluant les conditions de travail (clauses normatives) sont dénoncées, sans succès. Qui font les frais si ce n’est les résidents de ces établissements ?

Ce qui pourtant en économie depuis Adam Smith est un facteur de la richesse des nations, c’est la conjugaison du savoir-faire des habitants. Les peuples industrieux, sont ceux qui réussissent le mieux. Par ce savoir-faire acquis, les personnes de tous sexes d’ailleurs (n’en déplaise à Noémi Mercier) peuvent cheminer dans la société.

Seule une éducation bien faite, bien structurée, des formations professionnelles de qualité et la capacité de pouvoir se former à tous âges, y compris dans les âges les plus avancés ; tout cela permet effectivement de construire cette richesse collective indispensable pour pouvoir financer tous les investissements ; futurs et présents.

Ceux qui sont en charge de l’État prétendent qu’ils nous ont entendus, poursuivent néanmoins inlassablement dans une vision comptable consumériste, comme si cela allait de soi que c’est ce que plébiscite toute la population.

Pourtant depuis la Commission Parent dont les rapports ont été publiés en 1963-64, sous la houlette de Paul Gérin-Lajoie, les fondations d’un Québec modèle en éducations avaient été posées. Il suffisait de construire… mais on a préféré laisser les gens livrés à eux-mêmes et laisser aux élites le soin de déterminer l’avenir selon leurs besoins.

Il n’y a aucune certitude que les jeunes qui sont en âge d’être scolarisés maintenant, qu’ils ne soient pas carencés émotivement d’ici 8 ou 10 ans, comme Léa Stréliski l’évoque dans cette chronique. Il leur sera plus difficile encore de se frayer un chemin dans une société où la capacité de comprendre toutes choses rapidement sera indispensable à la flexibilité nécessaire pour relever les défis d’un monde toujours plus imprévisible et changeant.

Répondre

C’est comme tout le reste: les partis politiques se font élire en promettant des baisses de taxes et d’impôts et les gens votent pour ça. Le résultat prévisible c’est que les services diminuent et les infrastructures se dégradent. L’école n’est pas exemptée de ce genre d’austérité, tout comme le système de santé et, pire encore, celui des soins pour les aînés. Alors les enfants qui ne votent pas sont les pantins des promesses de baisses de taxes des politiciens.

Évidemment certains diront que comme peuple à peu près le plus taxé en Amérique du Nord, on ne devrait pas avoir ces problèmes. Oui, mais c’est sans compter la corruption latente qui règne dans cette province où les enveloppes brunes et les post-it sont renommés. Il faudrait que les fonds publics soient vraiment consacrés à du long terme, à améliorer les systèmes d’éducation et de santé pour les rendre plus humains et moderniser les infrastructures pour qu’elles répondent aux besoins des gens. Pour ce faire il faut arrêter de promettre des baisses de taxes et d’impôts et, surtout, avoir un bien meilleur contrôle neutre des dépenses publiques pour empêcher les politiciens de se servir dans la cagnotte des fonds publics et favoriser leurs amis pour se faire réélire.

Répondre

Lorsque le magasinage est devenue une activité, un passe-temps ou une thérapie, c’est qu’il y a un problème….

Répondre

Je suis d’accord avec votre raisonnement. D’ailleurs la suspension de l’école n’a pas arrêté d’être prise comme une longue vacances par le Ministre, profs et élèves. C’est difficile de retourner les enfants quand les profs soulèvent un tollé à chaque fous qu’on parle de réouverture. On passe notre temps à prioriser l’école chez nous, à soutenir une image positive des profs et là j’ai le sentiment que tout le monde de l’éducation choisit les vacances plutôt que mon enfant! Ici sur la Rive-sud les écoles ont réouvertes. Mais le discours des profs était clairement que ça serait difficile et pas agréable pour les enfants….bref, ils viennent de mettre en place la télé école ( après 2 mois ) . Oh oui, on reçoit bien une trousse pédagogique une fois par semaine, les profs s’assurent de nous la transmettre. Mais l’implication des parents est nécessaire pour accompagner, corriger, soutenir son enfant. Rien du professeur payé chez lui…..Alors la différence je crois c’est que les commerçants veulent retourner travailler, ils ont hâte de voir les clients! Ils en ont besoin.

Répondre

SVP…cessez de dire que les profs font rien et sont payés. Vous n’avez aucune idée de ce métier autre que ce que vous entendez et vivez en ce moment à la maison. Je suis tannée d’entendre ce discours de gens qui n’osent pas venir faire de la suppléance (car on manque d’enseignants) mais aiment critiquer car ils ne voient que les avantages!

Je vous adore!!! Je pense exactement comme vous sans avoir votre belle plume! J’aime moi-même trois enfants….

Répondre

Lorsque vous avez marché dans les rues s’était pour que l’élite universitaire puisse bénéficier d’étude gratuite. Pendant ce temps ces sommes versé aux Université n’allait pas à l’ajout de professionnel dans les écoles primaire et secondaire, à l’amélioration des écoles, à l’amélioration des conditions des profs. Bref à s’assurer que les ti-cul qui sortait du secondaire était confiant et gonflé à bloc pour continuer leur parcours scolaire. Bref vous avez milité pour bloquer l’avenir des plus démunis pour privilégié les mieux nantis, les étudiants universitaire. Le wake up est peut-être dur mais au lieu de regarder le gouvernement, regardez vos choix comme militante.
Bonne journée.

Répondre

D’accord avec toi Léa, je veux lancer une explication et dites-moi ce que vous en pensez… La population est de plus en plus vieillissante, pas de surprise avec tout ce qui c’est passé ces derniers mois dans les CHSLD, mais il reste que ce segment de la population les 55 ans et plus sont plus nombreux que tout les autres groupes d’âges. Ils votent beaucoup plus que les jeunes, de plus, ils sont très présents en politiques et la majorité des riches sont dans ce groupe d’âge alors pourquoi pensez-vous qu’on investit pas éducation, ils ont aucun intérêt. Lisez un peu sur la génération des boomers vous comprendrez tout.

Répondre
Les plus populaires