Maggie MacDonnell, l’étoile du Nord

L’enseignante canadienne vient d’être sacrée meilleure prof au monde. L’actualité l’a rencontrée à Dubaï.

Maggie MacDonnell soulève son prix remporté à Dubaï. (Photo: AP Photo/Martin Dokoupil)
Maggie MacDonnell soulève son prix remporté à Dubaï. (Photo: AP Photo/Martin Dokoupil)

C’est de la Station spatiale internationale, par un astronaute, que son nom a été annoncé le 19 mars dernier : Maggie MacDonnell, 36 ans, enseignante à l’école Ikusik, à Salluit, au Nunavik, tout au nord du Québec, venait d’être sacrée meilleure prof au monde. Elle a remporté le Global Teacher Prize 2017 à Dubaï, aux Émirats arabes unis. Et a reçu un message vidéo de félicitations du premier ministre Justin Trudeau — avec un clin d’œil « d’un professeur à un autre ». « Comme vous le dites si bien, vos élèves sont les vraies aurores boréales — ce sont eux qui vous inspirent. »

Maggie MacDonnell avait d’ailleurs tenu à être accompagnée par trois de ses anciens étudiants inuits, qui ont tous décidé, grâce à elle, de poursuivre des études collégiales dans le « Sud » (au collège Montmorency, à Laval, qui a un programme spécial pour les élèves du Nunavik). Le taux de décrochage scolaire au Nunavik s’élève à 80 %, quatre fois plus que dans le reste du Québec. « Elle nous pousse à aller jusqu’au bout de nos possibilités », dit Larry Thomassiah, 19 ans, sportif accompli et auteur-compositeur- rappeur qui a remporté un prix en 2016 pour sa chanson liée à la persévérance scolaire.

« Je voulais arrêter l’école pour m’occuper de mon frère et de ma sœur cadets, ajoute Samantha Leclerc, mais elle ne m’a pas lâchée tant que je ne me suis pas inscrite au cégep ! » « Samantha va devenir la première assistante dentaire de sa communauté ! » s’enorgueillit Maggie MacDonnell en regardant avec fierté la jeune femme de 21 ans.

Assorti d’une somme d’un million de dollars américains, ce prix a été créé en 2013 par la Fondation Varkey, organisme philanthropique voué à l’éducation (situé à Londres, il a été fondé par le milliardaire indien Sunny Varkey, établi à Dubaï, qui a fait fortune avec une chaîne d’écoles privées, les GEMS Schools, d’abord ouvertes dans les pays du Golfe, mais désormais présentes ailleurs dans le monde). Il est remis durant le Global Education & Skills Forum (GESF), une conférence internationale réunissant à Dubaï plus de 2 000 délégués du monde entier.

Maggie MacDonnell s’est retrouvée parmi les 10 finalistes de ce prix (venant du Pakistan, de la Jamaïque, de l’Espagne…), choisis parmi 20 000 candidatures de 179 pays. Originaire d’une région rurale de la Nouvelle-Écosse, elle est arrivée au Nunavik en 2011, après avoir travaillé cinq ans en Afrique, notamment dans des camps de réfugiés au Burundi et au Congo avec l’organisme Right to Play, qui utilise le jeu et le sport pour l’éducation des jeunes.

« Même si les conditions sont très différentes, j’avais la chance d’avoir une expérience transculturelle avant d’arriver au Nunavik, dit-elle. Et d’avoir travaillé dans des lieux comportant de nombreux défis. » Ajouté à son énergie, à son empathie et à sa bonne humeur, cela explique, selon elle, qu’elle soit demeurée aussi longtemps dans le Nord, alors que la majorité des profs venus du « Sud » ne restent même pas durant toute l’année scolaire. Le site Web de la commission scolaire Kativik (CSK) présente d’ailleurs toujours des offres d’emplois. kativik.qc.ca. Le dernier directeur de son école (200 élèves, de la 4e  année du primaire à la 5e  secondaire) a démissionné en octobre, après quelques semaines en poste ; c’est Youcef Boualem, professeur de sciences à l’école Ikusik, d’origine algérienne, qui assure la direction intérimaire.

Diplômée en kinésiologie et en éducation physique, Maggie MacDonnell a mis en place le programme de cheminement particulier de la CSK, fondé sur la réalisation d’initiatives visant à cultiver le leadership chez les élèves. Avec son mari, Abdullah Kafashe, un Tanzanien, elle a aussi été parent d’accueil temporaire, hébergeant des jeunes devant être séparés de leur famille en raison des problèmes sociaux qui minent le Nunavik. Tout aussi engagé dans la collectivité, Abdullah a notamment été agent d’intervention au centre de réadaptation, enseignant dans le domaine des arts, entraîneur de basketball et chef cuisinier à la garderie de Salluit.

À Dubaï, chacun des 10 enseignants finalistes a présenté une « classe de maître », ce qui a permis aux délégués — dont beaucoup d’enseignants — de puiser de nouvelles idées pour leur école. Celle animée par la dynamique Maggie a fait fureur. Après avoir raconté les difficiles conditions de vie des habitants du Nunavik et notamment celles des jeunes — suicides, surpopulation dans les maisons, grossesses précoces, drogue… —, elle a expliqué comment elle a imaginé des solutions efficaces à des problèmes qui semblent insolubles. « L’idée est de permettre aux jeunes d’être fiers d’eux-mêmes en se présentant sous un nouveau jour. » Les moins de 18 ans représentent le tiers de la population des 14 villages de la région.

Par exemple ? « Pour empêcher l’intimidation et le vandalisme, je les ai impliqués dans un atelier de réparation de vélos, et pour répondre à ceux qui répètent qu’ils s’ennuient et qu’il n’y a rien à faire au Nunavik, j’ai mis en place une série d’activités [cuisine communautaire, tournois de ping-pong…] et ouvert le premier centre de mise en forme de Salluit. »

Sans oublier le club de course, grâce auquel elle a pu emmener des élèves courir un demi-marathon à Hawaï, en 2014 et en 2016. Un voyage financé par des collectes de fonds — soupers spaghettis, tombolas de biscuits… — et des dons d’entreprises locales. « Une expérience incroyable ! » dit Lucasie Amaamatuak, 19 ans, qui se prépare maintenant pour le marathon de la Barbade, en décembre. Le jeune homme rêve de devenir technicien du son et est aussi musicien. Sa dernière chanson ici:

C’est pour s’occuper d’un autre problème crucial au Nunavik — la perte de la culture et du territoire — que Maggie MacDonnell compte investir le million de dollars qu’elle vient de gagner dans la mise en place d’un programme visant à faire renaître la pratique ancestrale du kayak chez les jeunes Inuits. « Ce qui réunira la protection de l’environnement, l’activité physique et la réappropriation culturelle. »

Installée à Kuujjuaq depuis la fin février, elle a été nommée par la commission scolaire Kativik conseillère pédagogique pour le programme « Écoles en santé » — et fera ainsi le lien entre les 17 écoles des 14 villages du Nunavik.

Prix en éducation : la surenchère
Faire d’un enseignant une star : c’est l’objectif du Global Teacher Prize. « Notre culture encense les vedettes du cinéma et du sport, dit Sunny Varkey, son fondateur. Pourquoi un professeur, qui exerce le métier le plus important de tous, ne devrait-il pas être célébré ? » Parmi les critères de sélection de ce prix (ouvert aux enseignants du primaire et du secondaire) : l’utilisation de pédagogies novatrices produisant des résultats concrets sur l’apprentissage des élèves. Maggie MacDonnell est la troisième à le remporter, après une Américaine, en 2015, et une Palestinienne, en 2016.
C’est toutefois la Fondation du Qatar qui a ouvert le bal en 2011 avec le prix WISE pour l’éducation, remis à Doha lors du Sommet mondial sur l’innovation en éducation (WISE). D’une somme de 500 000 dollars américains, il est décerné à une personnalité ayant contribué de façon majeure au progrès de l’éducation (le Bangladais Fazle Hasan Abed a été le premier lauréat).
Mais c’est la Chine qui s’apprête à offrir le gros lot avec le Yidan Prize, qui attribue deux prix de quatre millions de dollars américains chacun. Lancé en 2016 par Charles Chen Yidan, 45 ans, magnat de l’Internet chinois, le prix récompensera deux projets de recherche capables de « créer un monde meilleur grâce à l’éducation ».
Les premiers gagnants seront annoncés en septembre.


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Bons baisers du Nunavik


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Est-ce qu’elle parle français? (elle enseigne au Québec)
Est-ce que c’est le même concours que celui auquel a participé le prof de la Rive-Sud de Québec qui a un zoo dans sa salle de classe?

Petite leçon d’histoire: C’est grâce au gouvernement du Québec de Maurice Lenoblet Duplessis si les Inuits du Nunavik on l’anglais comme langue seconde. Le gouvernement fédéral prétendait que les Inuits du nord québécois n’étaient pas des « Indiens » au sens de la loi et, donc, étaient de la compétence de la province, y compris en matière d’éducation alors que Duplessis prétendait qu’au contraire les Inuits étaient des « Indiens » au sens de la loi et qu’en conséquence l’éducation était du ressort du gouvernement fédéral. Duplessis a gagné sa cause devant la cour suprême du Canada dans la « Reference whether « Indians » includes « Eskimo » » qu’on retrouve à [1939] S.C.R. 104 (jugement du 5 avril 1939). En conséquence l’éducation des Inuits du Nunavik fut de la responsabilité du fédéral et l’anglais devenait forcément la langue d’instruction. Les choses ont changé avec la Convention de la Baie James et du Nord québécois mais l’anglais demeure la première langue seconde au Nunavik même si on offre l’éducation aussi en français. Ce n’est pas surprenant puisque l’anglais est aussi la langue seconde de tous les autres Inuits du nord canadien. Serait-ce là le résultat des dommages collatéraux des politiques soit-disant nationalistes des gouvernements du Québec?

Intéressant de voir la thèse et l’antithèse d’un article au suivant! L’intervention au nord de Joé Juneau à grands frais et impacts quasi nuls, et cette grande dame, Maggie MacDonnell, qui a 1000 fois plus d’impacts avec 1000 fois moins de moyens! Merci pour ce portrait inspirant!

Un autre exemple, que sans le feu sacré qui se transmet avec le savoir, rien n’est possible .
Très inspirant! Au moins une bonne nouvelle!

Enfin une bonne nouvelle provenant du Nunavik et félicitations à Mme MacDonnell pour une belle victoire à cette compétition internationale. L’éducation au Nunavik constitue un véritable défi car on sait que l’éducation peut aussi être un instrument d’assimilation et de colonialisme (on n’a qu’à penser aux infâmes pensionnats « indiens »). Le Québec ne s’est pas tellement penché sur la question mais le Nunavut l’a fait et le rapport Berger d’il y a quelques années confirme que c’est une question très difficile mais que le système d’éducation devrait devenir plutôt un instrument d’émancipation de la culture inuite. La difficulté c’est l’arrimage avec les études post-secondaires et universitaires qui se font souvent dans le sud du pays parce qu’il n’y a pas d’université dans l’Arctique canadien, contrairement aux autres pays polaires. Les universités du sud ont du mal à s’ajuster aux cultures autochtones et à les intégrer dans leurs curriculums et peuvent constituer, bien malgré elles (l’enfer est pavé de bonnes intentions!), un autre instrument d’assimilation et d’érosion des cultures autochtones.

Un bel exemple qui montre combien un prof peut faire la différence dans un petit village ou une communauté… Je viens d’un petit village et plusieurs de nos profs avaient des idées créatrices pour nous intéresser et nous encourager à l’école, et surtout participer ou jouer un rôle dans la communauté comme bénévoles. Un grand nombre d’étudiants ont laissé le village pour faire un cours au cegep et à l’Université. Certains sont revenus redonner et vivre dans le village! Bravo Maggie et aussi tous les bons profs qui font une différence!

Quel parcours de vie! Vous méritez toute l’admiration du Canada tout entier. Félicitations Madame.