Maman modèle

Si les diplômes des deux parents s’équivalent, celui de la mère compte plus dans la réussite scolaire d’un élève.


Photo: Yves Beaulieu

Il y a cinq ans, Sigrid Gonzalez était incapable d’aider ses quatre filles à faire leurs devoirs. « J’en pleurais », dit cette Hondurienne d’origine, qui a immigré au Québec en 1991. Déterminée, elle a obtenu il y a près de deux ans un diplôme d’études professionnelles (DEP) pour devenir préposée aux bénéficiaires. « Mes enfants sont fiers de moi ! » souligne-t-elle avec son accent chantant et une lueur dans ses yeux verts.

Bien mise, un brin timide, la petite femme de 35 ans est assise dans la bibliothèque de Toujours ensemble, organisme sans but lucratif de l’arrondissement de Verdun, à Montréal. Depuis 1999, ses filles, aujourd’hui âgées de 9 à 16 ans, ont droit à l’aide aux devoirs et aux dîners scolaires (repas chauds à 50 cents) offerts par l’organisme. « Avant de venir ici, elles avaient de la difficulté à l’école, dit la mère, aujourd’hui membre d’un comité de l’organisme. Maintenant, elles réussissent bien. »

Sigrid Gonzalez, qui a fréquenté l’école pendant 11 ans au Honduras, y est pour quelque chose. Cette maman à la maison — elle a accouché d’un garçon il y a près d’un an — révise chaque soir les devoirs et les leçons de sa petite classe. Et elle ne manque pas une réunion de parents à l’école. « Mon mari y assiste aussi lorsqu’il en a le temps, dit-elle. Mais il travaille beaucoup. »

Les études le montrent : le suivi scolaire demeure l’affaire des mères. « Plus elles sont scolarisées, plus elles s’impliquent dans cette tâche », dit Rollande Deslandes, professeure et chercheuse au Département des sciences de l’éducation de l’Université du Québec à Trois-Rivières. Mère de cinq enfants, elle étudie le rôle des parents dans la réussite scolaire. « Elles se sentent davantage compétentes pour aider leurs enfants. »

L’instruction de la mère influe sur la réussite et sur la persévérance des enfants. C’est d’ailleurs la principale variable du ministère de l’Éducation dans le calcul de l’indice de milieu socioéconomique, qui sert à établir une partie du financement des écoles. L’Institut économique de Montréal tient aussi compte du nombre d’années d’études de la mère dans l’indicateur d’impact du Portrait des écoles.

Mais le doctorat de papa n’est-il pour rien dans les notes de fiston ? Richard E. Tremblay, professeur et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur le développement de l’enfant de l’Université de Montréal, rappelle que les hommes et les femmes ont, en général, un conjoint aussi instruit qu’eux. Mais, à diplôme égal, celui de maman pèse plus lourd dans la balance. « C’est elle qui porte l’enfant durant la grossesse, un moment crucial pour le développement du cerveau », dit Richard E. Tremblay. Une mère instruite a un mode de vie plus sain (elle s’alimente mieux, entre autres) et allaite généralement son bébé plus longtemps.

Les mères scolarisées ont en outre un vocabulaire plus riche et elles parlent davantage à leur bambin, selon Richard E. Tremblay. Elles lui racontent plus d’histoires et lui posent des questions qui l’aident à raisonner.

Lorsque le jeune atteint la 3 e secondaire, le père « se rattrape », précise Rollande Deslandes. « Il s’implique davantage auprès du jeune, qui doit choisir certains cours et réfléchir à son avenir. » Souvent, le père fait aussi le taxi pour les activités parascolaires. « Ce moment privilégié, dans la voiture, lui permet d’échanger des idées avec son adolescent et de lui transmettre des valeurs », ajoute-t-elle.

Des pères qui ont des enfants en garde partagée se sont mis, eux aussi, aux devoirs et aux leçons. Les papas des familles traditionnelles en feront-ils autant dans l’avenir ? Possible, selon Rollande Deslandes. Mais les attentes de la société devront changer. « Jusqu’à maintenant, le suivi scolaire est une des tâches implicites de la mère », conclut-elle.

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