Meilleure année !

Pour que 2021 soit vraiment meilleure que 2020, comme on le souhaite tous, il faudra retisser les liens qui nous unissent, dit Marie-France Bazzo. 

Photo : Daphné Caron

Les « Bonne année ! » fusaient de toutes parts sur les réseaux sociaux, dans nos boîtes courriel, voire par téléphone, il y a quelques jours. Dans un bel élan de pensée magique, d’espoirs infinis et d’écœurement mêlés, nous rêvions, croyions, après des mois sur la garnotte, à une année 2021 meilleure. « Meilleure année ! » serait en fait le souhait le plus approprié.

Nous sommes tous là, en stand-by, reprenant (mollement) le travail dans nos bureaux maison de moins en moins temporaires. Nous digérons nos agapes des Fêtes confinées et renouons avec les smoothies réparateurs. La seule bonne nouvelle est que personne, vu l’incertitude dans nos vies, ne nous assène la liste de ses résolutions pour la nouvelle année. En effet, à quoi bon s’avancer alors que nous ne savons même pas ce qui adviendra après le 11 janvier ? Et c’est certain que les gyms fermés ne prédisposent pas aux velléités d’entraînement deux fois par semaine. Tout comme l’idée de perdre 10 kg est illusoire alors que cuisiner est le seul projet d’épanouissement personnel qu’il nous reste. Quant à aller marcher… bon. C’est comme respirer l’air ; c’est devenu notre fonds de commerce quotidien. Aucun défi là.

J’ai furieusement hâte à un retour à la vie, pas normale, juste humaine, remplie de gaieté, de spontanéité prudente. Je crois avec ferveur aux vertus du vaccin. J’espère vivement que tous les patients en attente, délestés de leur espoir, souffrants, et le personnel des services de santé verront bientôt la lumière au bout du légendaire tunnel. J’ai des visions joyeuses de banquets estivaux, de terrasses bruissant de conversations enivrantes, de festivals de fin d’été. Mais, comment dire…

Comme tout le monde, je vois la montée des cas à la suite des fêtes de fin d’année. Je constate que la vaccination se met en branle très laborieusement. On apprend que des mutations se propagent partout sur la planète. Nous comprenons tous que la vie (même pas normale, juste plus simple) sans la menace de confinements répétés dépendra du succès de la vaccination de la majorité de la population.

En fait, l’état actuel de la pandémie, malgré l’espoir amené par le vaccin, nous inquiète plus qu’il y a 10 mois. Car depuis les Fêtes, nous savons que non seulement ce n’est pas terminé, mais que quoi qu’il advienne, nous devrons modifier profondément nos vies. Aussi bien individuellement que collectivement. Tout ne se refera pas d’un coup de vaccin magique. La COVID-19 laisse entrevoir un monde durablement marqué par des pandémies, où les mesures de précaution nous accompagneront dorénavant. Le monde d’avant est résolument tombé dans le domaine du « bon vieux temps ». Qu’allons-nous faire de nos projets, de nos économies, de notre manière de consommer, de vivre la culture, les rassemblements, le travail, les déplacements ? Qu’adviendra-t-il du lien, de la confiance en l’Autre nécessaire pour assurer une société fluide ?

Je vois venir de la démotivation, une certaine méfiance. Depuis l’épisode des vacanciers du tout-inclus covidien et de leur quatorzaine à 1 000 $, on sent de l’incompréhension, pour ne pas dire du dégoût et de l’abandon. Si eux l’ont fait sans conséquences, pourquoi pas nous, à la prochaine relâche de mars ? Le lien nécessaire qui nous unit, révélé lors du premier confinement, s’étiole, on le voit bien. Nous sommes las, méfiants, bien moins « dociles » que l’an dernier.

Il nous faudra trouver beaucoup de ressort en nous et en nos proches pour passer à travers cet hiver et ce printemps. Si, jusqu’ici, le mot d’ordre a été de « se réinventer », il faudra ces prochains temps travailler sur le lien social. Se RE-LIER, se parler, communiquer à distance, faire circuler un élan de chaleur, rassurer les plus inquiets dans notre entourage, distribuer un peu de pep, car à tour de rôle, nous sommes découragés, nous enrageons. Il ne faudra pas tant SE faire du bien que d’en faire AUX AUTRES. Aller vers l’extérieur, illuminer modestement des vies.

Que nos résolutions, pour cette année incertaine, soient tournées vers les autres, plutôt que consacrées à la musculation de notre nombril. Chers lecteurs, je vous souhaite une meilleure année !

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Meilleure Année également Marie-France Bazzo!
Quel bonheur de vous lire! et relire!
Vous écrivez avec l’intelligence du cœur et le cœur de la raison !
De tout cœur bravo et merci!
Votre témoignage de ce jour m’a beaucoup touchée! Si vrai…si juste…si réconfortant! Vous êtes très inspirante!
C’est un cadeau à glisser fièrement dans mon “bas du Jour de l’An” resté suspendu rempli d’espoir!
Vous avez grand cœur et le don précieux de faire passer des messages si édifiants si pertinents !
En toute reconnaissance
Louise Boisclair Binet

Impliquons-nous auprès des organismes communautaires! Oeuvrer dans une banque alimentaire replace les valeurs à la bonne place. En offrant un peu de temps au sein de notre communauté, on se connecte à nos voisins de tous âges et on oublie notre nombril. «Meilleure année: plus de compassion, plus de tolérance»!

La vision de 2021 qui nous est présentée par Marie-France Bazzo relève du réalisme. Disons-le, j’aime bien ce qui est réaliste de sorte qu’en matière de « re-relation », il serait bon de se relier à nouveau et peut-être enfin, avec le réel. Mon sentiment et que depuis des années, nous vivons et habitons dans une sorte de monde chimérique dans lequel nous accordons une valeur démesurée au futile.

Plus c’est compliqué, entortillé, farfelu et plus on adore. Plus les idées ou les concepts sont sautés et plus on paye. Alors je nous souhaite une meilleure année plus vraie. Aussi douce que possible pour le porte-monnaie.

Illuminés modestement nos vies, c’est ce que je retiens de votre article. J’adore vous lire car vous savez faire la part des choses de façon si lucide et généreuse.
Je me sens mieux qu’avant les Fêtes puisque j’ai de l’expérience depuis plusieurs mois. Rejoindre les gens via une plate-forme numérique, au début, je trouvais la communication fausse maintenant je communique avec mes amis et je suis contente et satisfaite de l’échange qui se situe au niveau plus profond. Oui, la bouffe et la marche sont nos seuls activités. Je repends davantage la lecture: Michel jean, Serge Bouchard concernant la culture autochtone. La médiation et l’entrainement à la maison (Sercovie) est plus régulière qu’avant et me fait le plus grand bien. Nous enregistrons les émissions où priment les relations qui ont du sens. Nous continuons l’animation pour les groupe d’entraide pour endeuillés, de façon virtuelle, offerts par la maison de soins palliatifs de ma région. Une fois par mois, avec un groupe nous faisons du journal créatif et chaque semaine avec un groupe d’amis nous échangeons sur des sujets qui nous tiennent à coeur.Je crois que nous sommes très capables de nous adapter sans cesse en tant qu’être humain et j’ai confiance que nous retrouverons encore de l’élan cette fois aussi. J’envoie des pensées d’amour et de courage aux gens du réseau de la santé et à ceux qui en arrachent présentement. Nous sommes privilégiés et j’ai beaucoup de gratitude. (Retraitée de 62 ans)