Merci pour les écoles

L’école est enfin mise en avant et perçue comme une ressource essentielle à notre monde. Oui, pour des raisons économiques, mais surtout pour des raisons humaines.

Photo : L'actualité

À la fin du printemps, quand les magasins ont rouvert, mais que les écoles de la grande région de Montréal sont demeurées fermées, j’ai vu rouge. Je nous trouvais boboches. Je trouvais qu’on avait laissé tomber cette société qui était sortie dans la rue en 2012 pour scander l’importance de l’éducation accessible à tous. J’étais découragée de voir mes petits tourner en rond depuis des mois, de ressentir que l’on s’attendait à ce que, comme membre active de la communauté, je travaille tout en prenant la relève de l’éducation de mes enfants. J’étais fâchée et au bout du rouleau. Je me disais que notre monde fonctionnait tout croche. Après avoir vu l’hécatombe dans les CHSLD, j’étais triste pour cette planète que l’on saccage et j’y voyais une autre preuve que l’humain est nul pour s’occuper du vulnérable. Et les vieux, comme les enfants, comme la nature, c’est le vulnérable.

La vie va mieux quand on comprend le fragile. Mais souvent, on ne veut pas le voir. On veut du dur et du tangible ; ça, c’est rassurant. Moi, je veux aussi du doux, du beau, du poétique, du féminin de bord en bord. Je veux savoir que ce monde, nous le sauvons et le dorlotons pour tout ce qui mérite d’être vécu. Et l’amour, le beau, c’est ce qui mérite d’être vécu. Pour ça, ça prend l’école. L’école doit être au cœur de nos vies. Je sais que je pousse, je sais que beaucoup d’entre vous qui lisez ceci n’avez pas d’enfants et je sais que, pour vous, l’école, ça n’est pas le cœur de ce que vous faites. Si vous êtes un restaurateur ou un tenancier de bar ces temps-ci, si vos journées ne ressemblent pas aux miennes et si vous avez l’impression que les restrictions, c’est cher payé, je vous appuie. Je ne veux pas imaginer l’angoisse et le découragement que vous vivez. Si j’avais passé des années à trimer, à travailler fort pour vivre de ma passion, la bouffe, et si au bout de mes peines j’étais arrivée à mettre sur pied un resto que j’aime, dans une ville où les marges de profit sont déjà plus minces que mes clients, cet automne s’annoncerait pour moi aussi très déprimant. À ma petite échelle, je promets de commander chez les restaurateurs de mon quartier.

Mais en tant que mère de trois enfants d’une école primaire, je ne peux pas vous dire combien je suis soulagée d’avoir entendu le premier ministre, « le cœur gros », déclarer que sa priorité, pour les enfants, c’était de maintenir les écoles ouvertes. Les miens sont encore petits, mais je sais que ça n’est pas d’abord pour eux que l’école doit rester ouverte. Ils viennent d’un milieu où, en tout cas cette année, ils ne manquent de rien. J’ai perdu des projets, des occasions d’emploi, mais j’ai encore du travail, et leur père aussi. Ils viennent d’un foyer stable. D’un quartier où les parents des amis vont, dans l’ensemble, bien. Pour que mon quotidien fonctionne, bien sûr, j’ai besoin de l’école, mais je sais que ça n’est pas principalement pour nous que l’école doit rester ouverte : c’est pour protéger les enfants qui en ont besoin, vitalement.

Pendant le confinement, les signalements à la DPJ ont chuté de 21 %. Ils ont augmenté de 12 % lorsque l’école a repris en septembre. L’école, ça n’est pas seulement la base de nos sociétés, ce qui assure que le moteur est huilé, que les sphères sociétales de demain fonctionneront et seront peuplées de citoyens informés et aptes à faire rouler le monde ; c’est aussi un filet de sécurité pour trop de petits. Pour certains enfants, l’école est une ressource primordiale afin de manger le matin, de croiser des adultes qui veillent sur eux et de savoir que, s’ils viennent d’une famille brisée, il y a au moins une personne dans le monde qui les voit et les protège. Cela n’a pas de prix. Même pour un seul enfant, ça vaudrait la peine de le sauvegarder.

Je sais que c’est plus cher payé pour certains, je sais que nous traversons une situation décourageante à bien des égards, mais ça me rassure qu’enfin l’école soit mise en avant et perçue comme une ressource essentielle à notre monde. Oui, pour des raisons économiques, mais surtout pour des raisons humaines.

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Dans ce monde chamboulé, les grands parents que nous sommes, sommes devenus des remparts. La science nous classe dans la catégorie à risque d’être malade, très malade si nous nous approchons trop de nos enfants, de nos petits enfants. Prendre la relève des parents qui travaillent devient déchirant. L’école à la maison n’est pas une solution qui convient à tous, à toutes. En ce moment je me pose la question. Est-ce que j’irai m’occuper de mes petits enfants si l’école ferme. J’avoue que j’entrevois la mort en toile de fond. D’une part, ne pas leur venir en aide et d’autre part, aider et accepter de savoir qui m’aura potentiellement transmis le virus. Cette pandémie change nos vies… Elle brise nos habitudes et nous oblige à identifier clairement ce qui est essentiel à nos vies… Et ce sera l’amour des miens.

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NÉGLIGENCE, OUI!

L’école, c’est 75 % d’écoliers ordinaires pour lesquels le système scolaire québécois « performe » bien.

C’est aussi 25 % d’élèves vulnérables pour lesquels, sauf augmenter le taux de signalement à la DPJ, l’École québécoise gère administrativement des plans d’intervention anémiques.

Le Covid l’a accentué et l’actuel retour à l’école ne le corrige pas, faute de ressources suffisantes et parce que, pour eux, l’habitude des gestionnaires est de les balayer sous le tapis, comme des poussières scolaires impropres à la filtration…

Pour eux, ce n’est pas « Merci pour les écoles! », Madame Léa Stréliski !

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