Moi, je les prends, les 500 dollars du gouvernement !

Le contrecoup généralisé de l’inflation exigeait une réponse universelle. Ceux qui raillent la mesure du gouvernement pour soulager les Québécois de l’inflation vivent coupés de leur société.

Photo : Christian Blais pour L’actualité

Pour bien des commentateurs, l’annonce fut accueillie comme une mauvaise blague : que valent 1,37 $ par jour, hein ? C’est ce que représente le crédit d’impôt de 500 dollars annoncé dans le récent budget du Québec. Pourtant, ce n’est pas si négligeable.

Les analystes ont froncé les sourcils en constatant que le gouvernement Legault donnait son soutien à 94 % des contribuables pour les aider à faire face à l’inflation.

Le « montant ponctuel pour pallier la hausse du coût de la vie », nom officiel du nouveau crédit d’impôt de 500 dollars, est en effet accordé à quiconque gagne un revenu net de moins de 100 000 dollars par année, sans égard au revenu familial. De plus, une partie des 500 dollars est aussi accessible à ceux dont le revenu net est inférieur à 105 000 dollars.

Comme le Québec compte peu de citoyens très riches, et encore moins de richissimes, ça en fait, du monde qui sera dédommagé !

Le verdict est donc vite tombé : à cibler aussi largement, le gouvernement était coupable d’électoralisme. Ciel, que voilà un péché qu’aucun de ses prédécesseurs n’a pratiqué (hum…) !

J’ai pour ma part été bien plus agacée par le ton que prenait le débat que par la manœuvre gouvernementale.

D’un côté, on a entendu des gens vertueux qui ont souligné à gros traits qu’ils feraient don de ces 500 dollars à un organisme qui, lui, en avait réellement besoin ! On a bien compris l’invitation à les imiter. Cette générosité clamée haut et fort ne doit toutefois pas occulter le fait qu’un tel don est lui-même couvert par un crédit d’impôt qui profite au donateur…

De l’autre, il y avait les personnes inquiètes de la flambée inflationniste que ces 500 dollars risquaient de créer avec l’avalanche de dépenses qui s’ensuivraient (vraiment !), dont de bien superflus repas au restaurant. Pourtant, il n’y a pas si longtemps, sauver les restos des conséquences de la pandémie ne faisait-il pas partie d’une espèce de mission collective ? Il faut donc en déduire que tout ce secteur se porte maintenant mieux et n’a plus besoin de notre soutien ?

Les plus ratoureux y allaient pour leur part de conseils sur les meilleurs placements pour rentabiliser ces 500 dollars tombés du ciel. Comme si on avait décroché le gros lot !

Finalement, du coût de la vie qui grimpe, il était bien peu, voire pas du tout question. C’est pourtant ce qui a motivé le gouvernement à choisir ce cadeau électoral plutôt qu’un autre, parce que l’inflation nous concerne tous.

Et il a raison : à preuve, tous les hauts cris que l’on entend, même de ceux qui gagnent plus de 100 000 dollars par année, dès que le prix de l’essence augmente de plus de 2 cents le litre ! On en fait des reportages et des analyses, et l’industrie du commentaire s’indigne fort des soubresauts du prix à la pompe.

Aurait-il donc fallu, pour moins se faire critiquer, que le gouvernement caquiste imite celui, néo-démocrate, de la Colombie-Britannique et dédommage strictement les conducteurs (les particuliers recevant 110 dollars et les entreprises, 165 dollars) ? Ou bien qu’il diminue les taxes sur l’essence, comme en Alberta ou en Ontario (où il s’agit bel et bien d’une promesse électoraliste du premier ministre Doug Ford, car applicable seulement s’il est réélu) ?

Tant pis pour ceux, y compris les pauvres, qui n’ont pas de voiture ; tant pis aussi pour le souci environnemental.

À tout prendre, je préfère l’approche du Québec, qui reconnaît au moins le contrecoup généralisé de l’inflation, que seuls les gens aux très hauts revenus, comme il s’en trouve beaucoup dans les grands médias, peuvent se permettre d’ignorer, jusqu’à pousser loin la raillerie.

J’ai d’ailleurs vu là l’une des raisons du succès du gouvernement Legault que les sondages, en dépit de la montée du Parti conservateur du Québec d’Éric Duhaime, continuent de refléter.

De furieux débats identitaires dominent l’espace public alors que, sur le plancher des vaches, c’est le coût de la vie qui est le vrai sujet de préoccupation. Chacun — peu importe son sexe, sa couleur, son orientation sexuelle et ses revenus ! — essaie présentement de réajuster son train de vie, tant l’inflation bouscule notre quotidien. S’alimenter, se loger, se vêtir, se chauffer, se faire couper les cheveux : tout coûte vraiment, mais alors vraiment plus cher !

Le gouvernement a donc choisi d’être là pour tout le monde. Oui, ce « tout le monde » universel qui nous sort des étiquettes toujours plus pointues accolées aux individus. Ça fait du bien de se faire rappeler qu’on est dans le même bateau — certes, pas tous dans la même classe, mais soumis à la même houle.

Or, ce « tout le monde »-là est heureux qu’on ne snobe pas le côté terre à terre de sa vie : qu’on ne lui raconte pas que 75 dollars suffisent pour une épicerie familiale ; qu’on ne prétende pas que « ses » 500 dollars seront flambés au resto ; qu’on ne se moque pas des gâteaux Vachon ou autre produit populaire que ce 1,37 $ de plus par jour lui permettra de continuer d’acheter. Bref, il est content qu’on lui épargne les leçons. C’est ce que les caquistes ont réussi à faire.

Je ne crois pas non plus que le gouvernement Legault a fait un geste si populiste. Cette action est plutôt dans la foulée de l’approche adoptée partout ailleurs au Canada pendant la pandémie : la mise en place d’une mesure simple, sans trop de critères, qui offre un soutien ponctuel dans un moment de crise qu’on n’a pas vraiment vu venir. À défaut d’être optimal, c’est rapide, donc efficace.

Puisque l’inflation est partie pour durer, il faudra maintenant des mesures plus ciblées — à l’image de la prestation spéciale de 200 dollars que le gouvernement a débloquée en début d’année pour les 3,3 millions de Québécois moins nantis qui ont droit au crédit d’impôt de solidarité. Plus structurantes également, comme l’opposition le réclame, afin que le coup de pouce se transforme en solide coup de main.

Mais, pour faire partie de ces gens qui suivent attentivement où va leur argent, je sais aussi que les coups de pouce, même petits, ne sont pas à négliger. Et que ceux qui en font des gorges chaudes vivent bien coupés de leur société.

Les commentaires sont fermés.

Je partage votre point de vue Mme Boileau. Certes, ce n’est pas un sujet qui va alimenter les journaux populaires, leurs clientèles obligent et encore moins les médias sociaux car ce n’est pas un sujet « woke ».

C’est qui le gens déconnectés de la société? Ceux qui reconnaissent le fossé entre ceux qui font 100 000$ par année et ceux qui font le salaire minimum? La distance énorme entre une famille où le deux parents ont de bons salaires et celle, monoparentale, où la mère ou le père doit compter le dernier sous? Je ne fais pas 100 000$ par année, très loin de ça, mais je connais des Québécois réels qui ont de la misère à se payer un petit café, pour lesquels 0.25$ est déjà trop. Alors, j’aurai tranquillement laissé mes 500$ pour que ces gens reçoivent plus, et soulagent, quoique temporairement, leur misère.

J’apprécie habituellement vos commentaires, parfois un peu dérangeant. Mais pas du tout celui là! Je crois qu’ un montant plus élevé ciblant les ménages à revenu plus faible, aurait été plus juste et tout aussi efficace pour l’économie, qui d’ailleurs ne se porte pas si mal.

Ces 500.00$ seront certainement les bienvenus pour une famille qui nécessite un nouveau Frigo, cuisinière ou autre. Ce pourrai aussi être un traitement médical non couvert pour un adolescent, un animal de compagnie etc. Alors un gros merci pour ce coup de main inattendu…

Bien d’accord avec vous Mme Josée. Ceux qui s’enrichissent le plus ne lèvent pas le nez sur les cennes noires (auj. 0.05c) qui trainent dans la rue, ni sur les cans de bière. C’est l’accumulation de petits montants et non les gros lots espérés qui nous enrichissent. C’est aussi la gestion du peu qu’on a.

Je pense à l’infirmière qui a passé les deux dernières années dans l’enfer de la crise,avec le temps supplémentaire peut avoir fait $90000 se faire dire par la gauche toi tu es trop riche tu es choyée tu ne mérites pas ce petit supplément mais on va continuer à te siphonner ton énergie, c’est du mépris. Un couple qui a deux enfants, travaille aux salaires minimums et consomment pensez-vous que cet argent va aller à des choses prioritaires.

L’augmentation de la monnaie en circulation fait nécessairement augmenter les prix. Les pays utilisant cette méthode pour contrer l’inflation voient depuis des années leur taux d’inflation monter extrêmement haut (Venezuela). Une part importante de l’inflation que l’on connaît est causée par l’injection de liquidités de la part du gouvernement et de l’assouplissement pandémique de la banque du Canada. Il n’y a pas de méthode magique pour limiter l’inflation, il faut retirer de la masse monétaire tel que la banque du Canada tente maintenant de faire, ne pas laisser les gouvernements s’endetter en donnant de l’argent supplémentaire et finalement attendre que les problèmes dans l’offre soient résolus. Si on continue de soutenir la demande en donnant de l’argent, l’inflation augmentera plus rapidement et les consommateurs auront des anticipations plus élevées de l’inflation. Il sera donc de plus en plus difficile pour les banques centrales de régler le problème (spirale inflationniste). Aucune théorie économique ne montre que l’augmentation de la monnaie ne mène pas à de l’inflation. Il s’agit d’ailleurs de la principale limite de l’endettement, effectivement, un état ayant une banque centrale a l’opportunité d’avoir le contrôle de la monnaie en plus d’avoir la vie éternel contrairement à une personne. Ainsi, l’état pourrait créer de la monnaie à l’infini et la distribuer pour financer les projets. Et bien non, le problème à tout ça est l’inflation. Il ne s’agit pas d’opinion ici mais simplement de sciences-économiques.