Mon beau et controversé sapin

Dans ce pot en grès dont le terreau accueille une guerre de religion digne de la bande de Gaza se trouve un sapin AVEC PAS DE DÉCORATIONS DE NOËL!

Notre culture est au bord de l’annihilation. En ce moment même, le tissu de notre société est mis en lambeaux. Le choc des civilisations est en cours, et son épicentre est situé dans un pot, à la SAQ de l’avenue du Parc à Montréal. (Ou pas. Voir la mise à jour, plus loin dans le texte.)

Dans ce pot en grès dont le terreau accueille une guerre de religion digne de la bande de Gaza se trouve un sapin. Un sapin chenu, un brin décrépit, mais surtout un sapin AVEC PAS DE DÉCORATIONS DE NOËL!

Un conifère si chétif et si peu décoré que même Charlie Brown n’en voudrait pas. (Photo : prise d'écran TVA)
Un conifère si chétif et si peu décoré que même Charlie Brown n’en voudrait pas. (Photo: prise d’écran TVA)

Que vaut à ce conifère festif un tel dénuement? Joue-t-il dans un film de Gilles Carle? Fait-il du jogging dans Ahuntsic? Participe-t-il à la journée sans maquillage? Que nenni!

Figurez-vous donc que TVA Nouvelles, toujours en quête de son premier Pulitzer, a entendu dire que des gens, qui préfèrent garder l’anonymat, comme si c’était le Watergate, ont entendu des employés dire… qu’on leur avait dit… que c’est à la demande des membres de la communauté juive hassidique! Scandale!

C’est l’homme qui a vu l’homme qui a entendu dire qu’il y avait un ours quelque part. Pis cet ours-là veut nous empêcher de fêter Noël. Inacceptable!

MISE-À-JOUR – Coup de théâtre! Mercredi, Yves Poirier de TVA déterre un nouveau scoop : son précédent scoop de sapin de la discorde n’était en fait qu’un canular, originant de la blague d’une caissière.

Dans un topo où il semble complètement aveugle à son propre rôle dans l’affaire, il rapporte que la SAQ est «désolée que l’affaire ait pris une telle ampleur» et que la communauté hassidique «se serait bien passée de cette histoire». Yves Poirier, quant à lui, est-il désolé? Se serait-il passé de rapporter une rumeur comme une nouvelle en ayant pour seule source qu’une dame qui veut rester anonyme?

Impossible de le savoir, puisque Yves Poirier est reparti sur le terrain, pour fouiller son prochain grand reportage. À l’heure qu’il est, TVA n’a toujours pas annoté la page web de son reportage original, pour indiquer au lecteur que ce qu’il s’apprête à lire à autant de valeur informationnelle que le jeu des 7 erreurs dans le Journal de Montréal.

Bon. La SAQ affirme n’avoir reçu aucune demande, et le représentant de la communauté hassidique se retient pour ne pas répondre «Mais c’est ben cave, ton affaire» au journaliste, mais ce n’est pas une raison pour ne pas aller en ondes et en ligne avec cette histoire.

Parce que cette histoire, elle va pogner. Le monde ADORE se faire croire que Noël est en danger. C’est la même chose tous les ans. Chaque Noël que le petit Jésus amène, on a droit à ces récits d’horreur.

Une année, c’est un Walmart de Pointe-Claire qui souhaiterait «Joyeuses Fêtes» plutôt que «Joyeux Noël». L’année d’après, c’est un CPE multiethnique qui aurait refusé qu’on fasse une crèche montrant la naissance du père Noël. L’année suivante, c’est un bureau de fonctionnaires à Gatineau qui aurait interdit à un employé d’installer 200 mètres de lumières festives dans son cubicule pour ne pas aveugler la personne musulmano-judéo-athée qui travaille en face de lui.

Et chaque fois, l’histoire, vraie ou pas, fait le tour des réseaux sociaux. Les Québécois, menacés dans le seul moment de l’année où ils se souviennent qu’ils cochent «chrétien» quand ils remplissent un formulaire de recensement, partagent la nouvelle avec des cris de colère et d’horreur.

Cette année, avant même cette terrible histoire de «sapin de la discorde», il y a eu le projet de loi de François Blais pour interdire qu’on fête Noël dans les CPE. Le compte rendu de l’affaire, rapportée par le prestigieux site Les Manchettes, a fait le tour d’Internet et a même donné naissance à une pétition signée par 800 personnes. Pas mal pour UNE FAUSSE NOUVELLE publiée sur un site qui n’a pas le doigté ou le sens de l’humour du défunt Navet.

Oui, on peut trouver ici et là des situations réelles où quelqu’un a pris une décision de poireau, généralement pour «accommoder» des gens qui n’avaient rien demandé et qui s’en foutent un peu. Mais Noël est-il menacé parce qu’on peut assembler deux ou trois anecdotes?

C’est à croire qu’en Amérique du Nord, on aime plus se faire peur à Noël qu’à l’Halloween.

Les rues sont décorées, les magasins sont décorés, les maisons sont décorées, tous les postes de télé sont en mode Noël, y a pas moyen d’allumer la radio sans entendre des grelots ou, pire, la */[email protected] de chanson «Feliz Navidad», tout le monde (catholique ou pas) va être en congé mais, oh malheur: NOËL EST MENACÉ.

C’est ça.

Attendez que la communauté hassidique tombe sur cette recette de Sapin en biscuits, sur le site de la SAQ. Ça va barder.

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Mais comment va-t-on faire pour célébrer si le sapin n’a pas de boules? INACCEPTABLE.

« Pulitzer » prend juste un L, en passant.

Et un sapin concept, en plus. Les boules ne sont pas dans l’arbre, mais autour de l’arbre, accrochées au plafond. Un sapin de Noël déconstruit.

Comment ça se fait que ce scandale là ne poigne pas plus que celui du panier d’épicerie qui va augmenter de plus de 20% en 2016. C’est-ti le manque de neige qui nous plonge dans une telle léthargie? Si l’hiver peux-tu finir !!!