Mon fric et moi

Que veulent d’abord les femmes ? Un mari ou une maison ?


Photo de Marie-Reine Mattera

Un mari, dites-vous ? Vous auriez eu raison… il y a 10 ou 20 ans. Oh ! les femmes veulent toujours un chéri. Mais elles ne l’attendent plus pour signer leur première demande de prêt hypothécaire. Au Canada, la nouvelle proprio a désormais moins de 30 ans.

« Autrefois, les femmes voulaient un boulot, puis un mari, puis une maison. Désormais, la maison a supplanté le mari dans les priorités », dit Dominique St-Pierre, directeur régional de Royal LePage. Cette société de courtage immobilier a mené, en 2007, une grande étude pancanadienne sur les acheteuses de maison. Elle a ainsi découvert qu’une femme sur trois est même prête à sacrifier sa réception de mariage pour grossir sa mise de fonds !

« On savait déjà que les femmes prennent part à 80 % des achats de maison, poursuit Dominique St-Pierre. Ce qui a changé, c’est le nombre de femmes seules qui achètent. »

Au Canada, depuis sept ans, 200 000 per­­sonnes par an s’ajoutent au club des proprios. Une hausse attribuée entre autres aux femmes, qui constituent désormais la majorité des acheteurs en solo. Le marché des condos, leur produit chouchou — ils demandent moins d’entre­tien —, est en explosion dans toutes les grandes villes canadiennes et se développe même en banlieue.

Et madame n’achète pas comme monsieur achète. Elle sait ce qu’elle veut et s’arrange pour l’obtenir. « Quand une maison leur tombe dans l’œil, les femmes y tiennent », dit Jacques Vincent, coprésident du promoteur immobilier Prével, qui, depuis quelques années, séduit beaucoup les jeunes par ses immeubles de condos du centre-ville de Montréal. « Elles s’adonnent moins au jeu des offres multiples et de la négociation. Même chose quand elles vendent : elles sont moins prêtes à négocier. » Bref, elles ne jouent pas.

Et sont sérieuses jusqu’au bout. Malgré des revenus plus modestes que ceux des hommes, les acheteuses arrivent à la banque avec des mises de fonds plus élevées. Et sont moins portées à dépasser leur budget.

« Tout cela est très bien. Mais il faudrait expliquer aux femmes qu’elles ne pourront jamais manger leur maison. Pour être véritablement indépendantes, elles ont besoin d’investir. » Directrice régionale pour le Groupe Investors au Québec, Liane Chacra s’intéresse depuis des années au rapport des femmes à l’argent et à l’investissement. Et à ce chapitre, dit-elle, on a bien avancé depuis 15 ans. Les femmes plus jeunes sont beaucoup plus à l’aise et informées que leurs aînées. Mais les Canadiennes, les Québécoises en particulier, ont encore du chemin à faire.

À peine la moitié des Québécoises ont un portefeuille REER (contre 71 % des Canadiennes et 63 % des hommes québécois). Et plus du tiers de celles-là ne savent pas de combien elles auront besoin à la retraite ni même quel rendement elles doivent espérer de leurs placements.

« Les femmes savent épargner, dit Liane Chacra. Mais elles sont encore trop nombreuses à croire que la diversification, c’est d’avoir des dépôts à terme dans trois banques différentes… »
En fait, au Québec comme partout en Occident, les femmes sont les championnes de la gestion « en bon père de famille »…