Montréal est un homme

Jean-Pierre Ferland peut chanter ce qu’il veut, Montréal est un homme. La toponymie de la ville en témoigne. 

Photo © Mario Beauregard / La Presse Canadienne
Photo © Mario Beauregard / La Presse Canadienne

La majorité des gens ont tendance à féminiser le nom de la métropole. Alors, « Montréal est-il » ou « Montréal est-elle » ?

Jean-Pierre Ferland peut chanter ce qu’il veut, Montréal est un homme.

Au-delà de la définition de l’Académie française – qui affirme que Montréal est un nom masculin, pour ceux que cela intéresse –, la toponymie de la ville ne laisse planer aucun doute. Car les rues, boulevards et parcs montréalais portent rarement un nom féminin. La belle et grande rue Notre-Dame est bien seule…

« Si on regarde l’ensemble de la toponymie montréalaise, ça fait près de 6 000 noms. Seuls 7 % d’entre eux sont des noms de femmes, et 53 % sont des noms d’homme », a expliqué Isabelle Dumas, chef de la division du patrimoine à la Ville de Montréal, à l’émission C’est pas trop tôt !, à ICI Radio-Canada Première.

Les noms de Madeleine Parent, Léa Roback et Angelina di Bello font depuis peu partie de l’ADN urbain de Montréal, qui tente de changer cette tendance à la masculinisation de l’espace.

« Depuis une vingtaine d’années, on fait une sorte de discrimination positive. Quand on a une désignation à faire, si on a le choix entre un nom d’homme et un nom de femme, on va privilégier ce dernier », a dit Isabelle Dumas.

Cependant, il est illusoire de penser en arriver à une parité, explique la patronne de la toponymie à Montréal. « Il y a de moins en moins d’espaces à nommer. On donne à peu près 30 ou 35 nouveaux noms par année. Tranquillement, le territoire va finir par être développé. Alors, à moins de faire des parcs miniatures… »

De constater la place accordée aux femmes dans la toponymie d’une ville a quelque chose de révélateur sur le rôle de ces dernières dans la société, du moins historiquement. « Dans la banque prévisionnelle dont on se sert quand on est à la recherche de noms pour désigner des lieux, les hommes sont fortement majoritaires. »

« Il n’y a pas tant de femmes qui se sont illustrées de façon significative et qui sont décédées », ajoute Isabelle Dumas – il faut être décédé depuis au moins un an pour apparaître dans la toponymie.

Pour se rattraper, rien de tel qu’un beau coup d’éclat. Et si le nouveau pont sur le Saint-Laurent délaissait le nom de Champlain pour privilégier celui de Jeanne Mance ?

Pour écouter l’excellent reportage de Hugo Lavoie lors de l’émission de Marie-France Bazzo, cliquez ici.