Mordre en toute impunité

Il fut un temps où être une vedette excusait tout, où tout était permis.

Photo : L'actualité

Il fut un temps où c’était permis. Ça allait presque avec. Le showbiz. Cette effervescence. Le pouvoir du charme qui s’étendait dans les fêtes, les soirées, les galas. Dans les rumeurs de loges. Ce pouvoir de la vedette. Ce « tout est permis ». Atteindre le plus haut échelon de la société. Depuis que les rois ont été décapités, la monarchie s’atteint par likes. Qui sera hissé au plus haut rang de la collectivité ? Celui qui fait que tu ne peux pas sortir de chez toi sans que l’on te reconnaisse. Même masqué. Qui sera l’étoile qui brillera tant qu’elle attirera les foules, les flashs et surtout, surtout, surtout les producteurs ? L’argent ?

L’argent qui te colle dessus comme un aimant. Qui sera celui ou celle qui aura le talent d’attirer vers lui ou elle l’argent ? Voilà bien ce que tente toujours de dénicher le showbiz, comme un cochon cherche une truffe. Qui ? Jusqu’à il y a quelques jours, c’était Julien Lacroix semble-t-il. J’ai vu bien des gens être très méchants à son égard, dire qu’il n’était même pas connu. Ils ne comprenaient même pas que l’on parle de lui. J’en ai vu d’autres se ravir de sa chute parce qu’ils le trouvaient médiocre et puis, bien sûr, j’ai vu des kilomètres de statuts se roulant dans la satisfaction de voir une étoile tomber. Parce que si les étoiles tombent, on a juste à tendre un peu la main pour atteindre leur ciel, plutôt que mettre tout le travail qu’il faut pour se hisser à leur niveau.

Comme il est jouissif de se rouler dans la merde. Ce n’est pas glorieux, mais on le voit chaque fois qu’un animal se fait écraser sur la route. Ce besoin humain de regarder des entrailles « écrapouties » sur le bitume. Se frotter les mains par complaisance que cet animal se soit fait écraser, mais pas nous. Non, nous, nous pouvons nous draper dans toute la noblesse qu’il nous reste.

Il est tombé. Le clown est sûrement très, très triste à l’heure actuelle. Sans trop le connaître, je sais que ces gens-là, lui et les Maripier Morin de ce monde sont souvent élevés au rang qu’ils occupent parce que la vie publique devient leur vie unique. Je me demande bien ce qu’il reste quand la « balloune » éclate.

N’empêche que ce qui n’est plus permis et ce qui doit cesser et ce que ces vagues dénoncent, c’est que l’impunité est morte. Que l’on se le dise, le vedettariat, aussi puissant soit-il, n’excusera plus rien. Ce masque n’est plus assez téflon pour laisser les gens se promener la main baladeuse, la queue dégoulinante et la mâchoire prête à mordre. No more. Les coulisses ont changé. Ce dont on ne parle pas, c’est la drogue. Car, si l’impunité ne trônera plus dans le showbiz, il faudra aussi un jour se parler de comment ces milieux détruisent les talents et les âmes charismatiques qu’ils découvrent. Les artistes finissent généralement mal. Et il faut des armées de personnes qui les entourent bien pour qu’ils ne finissent pas l’oreille coupée.

La maladie mentale n’est jamais bien loin. La haine profonde de soi aussi. Et bien sûr l’écart gigantesque qui se creuse entre ce que le public adule et le mal-être profond qui nous hante. Sous la pression, face à la peur, la vulnérabilité et ce devoir de toujours créer et créer plus, la drogue, l’alcool deviennent nos meilleurs alliés. Ces amis fidèles, toujours là pour nous attraper à la fin de la journée. Avec des bons copains qui t’entourent parce que tu brilles. Et qui ne seront plus là quand tu tomberas. Des partenaires de débauche. Cette débauche si glamour qui va avec la vedette. Avec le noir de l’arrière-scène. Avec les nuits qui s’éternisent. Et un jour avec l’obscurité que tu deviens.

Avant, me disait mon père, les producteurs, le showbiz achetaient même la drogue aux artistes. Pour qu’ils « performent ». Pour qu’ils s’amusent. Pour qu’ils continuent. Ça allait tellement avec. De toute façon, être une vedette excusait tout. Le mal-être de l’artiste, alcoolo, poudré ou juste excité par son pouvoir, lui donnait naturellement un passe-droit sur la psyché, l’esprit et le corps des autres.

Tout ça doit cesser. Quelles que soient tes raisons. Quelle que soit la phase que tu traverses. Quels que soient l’alcool ou les drogues que tu consommes. Quels que soient ton talent, les gens que tu connais, les puissants que tu côtoies, rien n’excuse que tu choisisses délibérément de faire mal à autrui. Rien ne te donne le droit au corps de l’autre, rien ne te donne le droit de ne pas faire ce que l’on fait tous, essayer d’être des humains dignes qui ne font pas trop chier les gens.

Agresser sexuellement est un crime odieux et l’impunité du showbiz doit mourir. Bravo à celles et ceux qui, courageusement, s’y attaquent à la pioche. Je n’ai pas pitié de ceux qui tombent, personne n’a à payer de son corps parce que vous êtes malades, égoïstes ou que vous avez besoin d’aide.

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