Ne fermez pas les écoles

Je ne fêterai pas Noël s’il le faut, mais ne fermez pas les écoles ! Les enfants en ont trop besoin. Il y en a trop à la dérive.

Photo : L'actualité

Je vais monter les marches de l’Oratoire à genoux s’il le faut. Mais ne fermez pas les écoles. Vous dire comme j’aime voir mes enfants avoir récupéré leur monde. Vous dire comme ça leur fait du bien. Même si je sais que c’est dur. La pandémie les affecte. Et cette année scolaire bat de l’aile. Elle est fatiguée.

Ma plus jeune est en première année. Il lui a manqué l’an dernier les mois cruciaux de la maternelle où on se met à « travailler ». Ces mois où l’enfant doit vraiment dire au revoir à la garderie et comprendre que l’an prochain, il devra rester assis à un pupitre, écouter, travailler et moins faire de jeux. Que l’école comme on la connaît devra être son nouveau petit quotidien.

Ma fille, à cause de sa date de naissance, avait quatre ans quand elle est entrée en maternelle ; c’est la plus jeune de sa classe et ça se sent. Vous avez peut-être des jeunes qui sont dans la même situation. On ne peut pas ignorer l’effet sur la scolarisation des mois d’école ratés. Bref, tous les jours, ma fille me répète qu’elle n’aime pas l’école. Son retard n’est pas tant pédagogique, elle n’est pas capable de faire son deuil de ce qu’elle a abruptement perdu l’an passé. Elle suit, mais la marche est haute. Tout le monde est en mode rattrapage.

Mon plus grand entre au secondaire l’an prochain. Lui aussi a un trou dans ses connaissances. Il y avait déjà des matières où il était perdu. Ses notes sont en chute libre. Les bulletins ont été retardés, nous n’avons pas eu de bulletin pour la dernière étape l’an dernier, là, on est obligés de faire un suivi minutieux de tout ce qu’il fait à l’école pour ne pas le lâcher, être sûr qu’il aura ce qu’il faut pour passer son année et franchir cette grande étape qu’est la fin du primaire.

Comme parent, j’ai de grands moments de découragement. Il m’arrive de venir les yeux pleins d’eau quand à la fin de la journée, j’ai l’impression d’avoir donné tout ce que j’ai. Mes enfants sont le centre de mon monde, mon mari et moi faisons tout pour eux. Ils sont notre moteur. Mais y a des jours où on n’y arrive pas. Y a des jours où on ne sait pas quoi faire. Où malgré tous nos efforts, notre attention, tout ce qu’on essaie, on a l’impression d’échouer. Quand leur comportement est complètement inadéquat, quand ils s’enfoncent dans des résultats scolaires sous la note de passage, quand on a le sentiment que le moindre relâchement de notre part entraîne des conséquences négatives sur eux, c’est décourageant.

Mais élever des enfants est une job sans relâche. Quand t’es installé dans une routine, quand t’atteins un plateau confortable, la phase se termine, les données changent, une nouvelle vague arrive. Ne fermez pas les écoles, je ne fêterai pas Noël s’il le faut, les enfants en ont trop besoin. Il y en a trop à la dérive. Les miens sont outillés, je vis dans un quartier où les gens ont des moyens, où les parents travaillent. Et je vois bien que malgré les ressources, c’est fragile. Je ne peux pas imaginer ce que c’est pour ceux qui sont dans une situation plus précaire que la mienne.

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Je suis avec vous à 100%. Je vois aller mes petits-enfants et je les sens fragiles, tellement fragiles. Ne les ébranlons pas davantage, de grâce!

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Bonjour,
Habituellement je suis d’accord avec tout ce que vous écrivez et j’aime beaucoup vous lire. Mais là non, si nos petits enfants ne peuvent pas avoir un congé, ils n’auront pas de quarantaine. Nous ne pourront pas nous voir, nous serrer dans nos bras, jouer aux cartes avec eux, jouer au Monopoly, patiner sur le lac, glisser dans les côtes. Ça aussi c’est vital pour les enfant qui sont en manque de grands parents. Pour nous qui avons les bras vides depuis le mois d’août c’est aussi vital. Ils ont besoin de nous comme nous avons besoin d’eux. Nous suivons les règles sanitaires alors, voir tes grands parents sur une tablette depuis août, ce n’est pas ça qui te fais sentir bien et grand. Oui, nos 7 petits sont tout pour nous et nous les aidons dans leur développement car ils deviennent le centre de l’univers lorsqu’ils sont avec nous (idem avec leurs parents) mais nous apportons des souvenirs, une identité et de l’amour avec un grand A pour chacun. Pour ce faire ils doivent être en quarantaine avant de venir chez nous. En tout cas, je ne voudrais pas être celui qui prendra la décision. Ce sera difficile. En attendant, continuer à enrichir mes matins. Merci, j’adore les soeurs Stéliski!

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On dit souvent que les enfants sont des éponges. Cette image n’est probablement pas fausse. Quand les choses vont bien, ils absorbent des vibrations positives, les choses baignent. Les résultats scolaires sont usuellement à l’avenant.

Les syndicats d’enseignants — qui voient bien comment les choses marchent actuellement -, sonnent le tocsin ou l’hallali, car ils redoutent un vague de décrochage massive. Ceci est d’autant plus alarmant, comme le mentionne Léa Stréliski dans les milieux les moins favorisés. Mais globalement tout cela affecte tout le monde.

Alors que nous savons qu’il faudra au minimum encore une année avant un semblant de retour à la normale. On dirait que ce gouvernement se délecte en passant son temps à essayer une chose, puis une autre, puis une autre encore, au lieu de définir une politique fiable avec laquelle les citoyens puisse s’adapter.

Nous savons tous très bien que de dé-balancer les rythmes scolaires n’est pas la meilleure idée du siècle, mais au lieu de se décider clairement, on laisse la plupart des parents d’élèves sur le grill. C’est cela, parait-il, exercer le pouvoir.

— À côté de cela, l’Enfer de Dante a un goût de miel qui ressemble presque à l’image qu’on devrait plutôt se faire du Paradis….

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