Ne nous abandonnez pas cet hiver

Tous ceux qui ont le pouvoir de gérer cette ville et nos quartiers devraient nous permettre cette année de ne pas hiberner et de profiter de l’hiver comme si c’était l’été.

Photo : L'actualité

J’aime la ville l’été. Assez pour parcourir ses rues à vélo. Assez pour me perdre dans ses ruelles. Pour flâner devant ses vitrines, un cornet à la main. Assez pour y perdre mon temps, rêver, regarder les gens. Me promener dans le parc, faire la queue à la piscine publique. Toutes ces choses que je fais avec un, deux, voire trois enfants pendus à mon bras. Gambadant ou se plaignant que tout ce qu’on fait est donc plate.

Qu’à cela ne tienne, j’aime la ville. J’aime son action. Son murmure. J’aime son effervescence. Son mouvement. J’en ai besoin. J’ai pensé la quitter, j’allais partir. Pour la banlieue. Je pensais que je n’offrais pas la bonne enfance à mes enfants. Que ruelles et parcs n’étaient plus assez. Que j’aurais dû faire comme mes parents dans les années 80, élever mes petits dans une grosse cabane. Avec plein de pièces. Le genre de cabane où a aussi grandi mon mari et qui, il y a 40 ans, coûtait le prix d’un trois et demie aujourd’hui. J’exagère, mais l’accès à la propriété, c’est prouvé, est plus compliqué pour notre génération.

Je pensais que je devais offrir à mes enfants une enfance digne de Home Alone. Sans le bout où on en oublie un à la maison. Une grosse maison avec plein de fenêtres et des moulures à n’en plus finir. Un gros arbre dans le jardin avec un pneu attaché à une corde. Une vie de riche. Une vie de banlieue. De campagne. Mais pas de ville. Ark !

Mais, finalement, il se trouve que le confinement allait avoir raison de moi. Et prendre ses décisions selon un événement qui ne survient qu’une fois aux 100 ans, il a beau ne pas être fini, ça a l’air que ça ne me fait pas. J’ai besoin de Montréal. J’ai besoin d’investir la ville. Et ce qui était le plus douloureux en confinement, c’est que nous n’avions plus accès à nos quartiers. À tout ce qui fait leur richesse. L’automne arrive, je vois deux ou trois feuilles qui ont abandonné avant les autres et je sais bien ce qui suit. Si l’on ne peut pas savoir ce que sera la deuxième vague, ce que l’on peut connaître à coup sûr, c’est l’hiver. Nous, peuples nordiques, qui obtenons un sursis chaque année, nous savons que nous ne sommes pas faits de juillet et d’août. Non. Nous sommes faits de décembre.

Je vous ai vu dehors, je vous ai vu sillonner les rues désormais piétonnières, je vous ai vu emprunter Mont-Royal comme si c’était les Champs-Élysées. Ce que je demande à tous ceux qui ont le pouvoir de gérer cette ville et nos quartiers, c’est ne nous abandonnez pas cet hiver. Nous aurons encore besoin des parcs, des avenues, des terrasses. Nous viendrons avec nos tuques, nos mitaines et nos foulards, mais fournissez les foyers extérieurs, les chocolats chauds, les patinoires, les pistes de luge. Permettez-nous d’être aussi piétons l’hiver. Permettez-nous cette année de ne pas hiberner, de profiter de l’hiver presque comme si c’était l’été.

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Lorsque Léa Stréliski écrit ceci : « Et prendre ses décisions selon un événement qui ne survient qu’une fois aux 100 ans »…. Je redoute fort qu’elle n’ait pas encore pleinement pris conscience des réalités environnementales dans lesquelles nous vivons.

Un peu de prévoyance ne serait pas du luxe. Même quand on observe ce qui se passe dans un siècle, des crises de toutes sortes se produisent. Quand elles ne sont pas mondiales et sanitaires, elles sont locales, comme la crise du verglas de 1998. Cela laisse des traces.

De la même façon, madame Stréliski ne semble pas voir ou vouloir voir les contraintes administratives des villes. C’est bien beau de souhaiter « piétonniser », mais il y a en hivers des contraintes de déneigement. Je serais surpris que la ville de Montréal soit outillée pour pouvoir procéder au déneigement dans tous les espaces mis à la disposition des piétons ou des cyclistes cet été. Sans devoir qui plus est entraver le stationnement et la circulation.

Prévoir de modifier durablement, l’usage fait des villes requière des projets, de la planification, des investissements, des aménagements et une acceptation. Et selon moi la priorité devrait plus aller a la lutte contre les îlots de chaleur que spécifiquement aux piétons.

Lorsqu’on observe ce qui s’est fait à Montréal depuis Jean Drapeau, nous ne pouvons que constater un développement anarchique, parfaitement antisocial et une absence totale de planification urbaine. Et disons-le clairement, l’administration de madame Plante n’a jusqu’à présent fait guère mieux que ses prédécesseurs malgré sa sincérité et ses bonnes intentions.

Elle fait de ses priorités le coûteux prolongement de la ligne bleue alors qu’il serait bien plus simple de travailler sur : « comment se déplacer autrement » et surtout « comment vivre mieux autrement ».

Quant à moi, j’aimerais bien vivre à Montréal… mais je n’en ai tout simplement plus les moyens. J’intègre par conséquent une banlieue fourre-tout où se retrouvent (comme par hasard) une pléthore de personnes pour qui Montréal n’est plus abordable et qui n’ont pas réellement le choix. Chaque année cette ville trouve de nouveaux habitants de par la gentrification et l’immigration, mais en même temps il s’en perd tout autant.

Et puis il y a celles et ceux qui de tous âges et de toutes conditions meurent à Montréal. Mais évidemment, c’est un autre sujet.

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