Ne sous-estimons pas Ignatieff !

La clarté de son programme économique et environnemental pourrait faire des libéraux un parti fort tentant pour les Québécois qui rêvent de changement à Ottawa.

Photo : Olivier Hanigan pour L’actualité

Bien des militants libéraux doivent se demander si la stratégie de leur chef les conduira au pouvoir… ou dans les limbes de l’histoire. Car répondre sans détour aux questions comme il l’a fait en août en Estrie peut poser problème en campagne électorale.

Il reste que ses réponses ont séduit l’auditoire de l’Université Bishop’s, à Lennoxville, où Ignatieff s’est arrêté lors de sa tournée. « Il a du cran, ça me plaît », commentait Éric Blais, étudiant en physique de 20 ans. « Je vais parler de lui à mes amis qui n’ont pas voté l’an dernier. »

Un peu comme Barack Obama avant lui, Ignatieff admet ne pas connaître toutes les réponses. Il dit que certains problèmes demanderont des sacrifices. Il avoue ne pas avoir de grand projet mobilisateur, sauf… dire la vérité ! Il ne renie pas ses idées, même pour conserver des circonscriptions dont il a pourtant cruellement besoin.

« Son honnêteté m’impressionne. Enfin, quelqu’un qui ne nous prend pas pour des enfants », remarquait une quadragénaire après avoir entendu le chef libéral dire, tandis qu’il était au pays de l’amiante, que le Canada devait cesser d’expor­ter ce matériau et trouver d’autres façons de créer de l’emploi dans la région. Cette réponse lui vaudra, dès le lendemain, de perdre son candidat, qui s’est dit incapable de défendre cette position.

En campagne électorale, alors que le moindre clip de 15 secondes peut faire déraper le plus beau plan de communication, Ignatieff optera-t-il plutôt pour des réponses en écran de fumée ? Le Canada qui est dans sa tête ne se résume pas facilement en un slogan. Il est complexe, nourri de multiples influences, tolérant et porteur d’identités multiples. Ce n’est pas toujours le pays réel.

Ignatieff est peut-être le premier chef politique fédéral dont la vie a été marquée par la complexité des identités. Il peut accepter que des loyautés nationales – comme celle des Québécois – puissent être fluides. « Je suis d’ici autant que je suis de « quelque part » », dit-il en parlant de l’Estrie, où sa famille est enterrée, mais où il a peu vécu.

Et il admet que, dans le passé, son Canada a fauté à l’égard d’autres nations. « Nous avons bâti le rêve national canadien sur les ruines de la civilisation métisse, sur les ruines d’une civilisation française pancanadienne. Il faut maintenant trouver une manière de permettre à tous de rêver à nouveau. »

Combien de Canadiens, aujourd’hui, pensent comme lui ? Probablement fort peu. Mais n’est-ce pas justement ce qu’on attend de nos politiciens ? Qu’ils aient une vision et cherchent à nous mobiliser pour lui donner corps ?

Ignatieff ne voit pas de problème à laisser le Québec parler sur la scène internationale. Il dit que la loi 101 est « une bonne chose ». Il dit aussi que le Québec détient tous les pouvoirs dont il a besoin dans le domaine de la culture et qu’il suffit que tout le monde « travaille ensemble », une idée qui semblera naïve à ceux qui ont combattu la rigidité de bien des fonctionnaires fédéraux. Ignatieff rêve parfois un brin en couleurs.

Mais son acceptation profonde de la complexité des identités modernes est un atout pour les francophones. La clarté de son programme économique et environnemental pourrait faire des libéraux un parti fort tentant pour les Québécois qui rêvent de changement à Ottawa. Et qui veulent en faire partie. Il faudra voir s’il pourra rester franc dans la tourmente d’une campagne électorale. Et si d’autres Éric Blais seront séduits. Rendez-vous en octobre.

ET ENCORE

OBJECTIF QUÉBEC

Les libéraux doivent faire élire de 8 à 10 députés de plus au Québec, et de 40 à 50 de plus dans l’ensemble du pays, pour espérer gouverner. Difficile, mais faisable.

LEURS CIBLES « PRENABLES »

Ahuntsic, Jeanne-Le Ber, Outremont, Brome-Missisquoi, Compton-Stanstead, Gatineau, Pontiac et Haute-Gaspésie-La Mitis-Matane-Matapédia.

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