NFL : les joueurs gais bannis ?

Une frange de la classe politique américaine refuse purement et simplement de voir des gais sur un terrain de football.

Photo © Joe Robbins / Getty Images
Michael Sam (Photo © Joe Robbins / Getty Images)

Il a fallu le véto de Jan Brewer, la gouverneure républicaine de l’Arizona, pour qu’une loi très controversée autorisant les commerçants à invoquer la liberté religieuse pour refuser le service aux homosexuels soit jetée à la poubelle, cette semaine. Mais, pendant ce temps-là, un autre front homophobe s’ouvrait aux États-Unis.

Une frange de la classe politique américaine refuse purement et simplement de voir des gais sur un terrain de football. Vous aurez beau leur dire que, depuis la fondation de la National Football League (NFL) en 1920, ces élus ont probablement déjà adulé un joueur gai sans le savoir, rien n’y ferait. Le déni est puissant.

Jack Burkman, l’un des lobbyistes les plus influents de Washington,  a ainsi annoncé travailler, en collaboration avec des membres du Congrès, sur un projet de loi visant à bannir les gais de la NFL. Il devrait être rendu public d’ici à la fin de la semaine prochaine.

« Notre nation est en train de perdre sa dignité. Imaginez votre fils obligé de prendre une douche avec un homme gai… C’est une perspective effrayante pour chaque maman dans ce pays. Comment cette nation a-t-elle pu en arriver là ? », a-t-il fait savoir par l’intermédiaire de son agence de relations publiques.

Comment les États-Unis en sont arrivés à se poser ces questions ? La réponse est simple. Elle porte le nom de Michael Sam. Courageux, ce jeune athlète de 24 ans, l’un des plus grands espoirs du prochain repêchage de la NFL, est sorti du placard le 9 février dernier lors d’une entrevue avec le réseau américain ESPN, déclenchant une tempête qui, visiblement, a emporté les législateurs du Capitole. Si Michael Sam est repêché, il deviendra le premier joueur professionnel ouvertement gai, marquant de son nom l’histoire du sport professionnel américain, plus habitué à voir des joueurs en fin de parcours révéler leur homosexualité.

« Si la NFL ne dispose d’aucune morale ou valeur, alors le Congrès se doit de lui en trouver », a ajouté Burkman.

En entrevue avec The Daily Beast, il n’a pas nié que cette proposition de loi cache une manœuvre électoraliste. Sans révéler les noms de ceux qui avaient apporté leur soutien au projet, il a admis qu’il s’agissait de sénateurs et de représentants du Parti républicain qui se sont retrouvés sous le feu des critiques du Tea Party et de l’extrême droite. Perçus comme étant des centristes dans leurs propres États, ils ont décidé d’agir.

Quid de la constitutionnalité de la législation ?

« La dernière chose que fait le Congrès, c’est adresser la constitutionnalité du projet de loi », a expliqué Burkman, qui est diplômé en droit de l’Université Georgetown. « Selon mon expérience, le Congrès a même tendance à passer outre la constitutionnalité. Jusqu’à présent, dans toutes les discussions que nous avons eues, la question juridique est passée en dernier. »

Son opinion, a priori représentative de celle du groupe, vaut aussi son pesant d’or. Quand Ben Jacobs, le journaliste du Daily Beast, lui a demandé s’il y avait des preuves d’un préjudice réel causé par les douches prises ensemble par des joueurs gais et des joueurs hétéros, Burkman a répondu : « Je m’en fous. […] Rien que le fait que cela arrive est indécent. […] Ai-je réellement envie d’entrer dans le business de prescrire ce qui est indécent ? »

La question est rhétorique, mais on se doute de sa réponse.

Tout juste a-t-il tenu à clarifier que la législation ne cherchait pas à exclure des personnes, mais visait plutôt à rétablir les principes de « décence élémentaire » et de « civilité ».

Deion Sanders, un ancien joueur vedette de la NFL, a expliqué au cours de l’émission de télévision The Arsenio Hall Show qu’il y avait des joueurs homosexuels dans le vestiaire de chacun des cinq clubs qu’il a défendus durant sa carrière. Michael Sam ne sera pas le premier joueur ouvertement gai de la ligue, mais plutôt le premier à jouer après avoir rendu l’information publique.