Noël sera (encore) synonyme de cadeaux 

Réveillon ou pas, le budget pour les cadeaux demeure presque inchangé par rapport à l’an dernier. Surtout que ça ne coûtera pas cher en « frais de déplacement ».

Photo : kajakiki / Getty Images

Ce sera un temps des Fêtes pas comme les autres. En raison des mesures sanitaires actuelles, les Canadiens s’attendent à dépenser 30 % moins cette année, selon le sondage annuel de PwC. À pareille date l’an dernier, ils déclaraient vouloir augmenter leurs dépenses. Les économies seront toutefois réalisées sans que cela  diminue la générosité, révèle le même sondage : les Canadiens envisagent non pas de réduire le budget pour les cadeaux, mais plutôt de sabrer les dépenses de déplacement. On dirait qu’on n’ira pas goûter à la tourtière de tante Hélène cette fois-ci.

Si les Québécois dépensent toujours moins que leurs voisins des autres provinces à Noël, leur budget ne les empêche pas d’investir 15 % plus qu’eux en nourriture et en alcool. Habituellement, les Fêtes dans la Belle Province, c’est moins de cadeaux, mais plus de soupers, plus arrosés. Ce type de dépenses sera en repli avec des rassemblements qui se feront au compte-goutte. La visite chez tante Hélène est annulée.

Pour ce qui est des cadeaux, le budget demeure presque inchangé par rapport à l’an dernier, avec une dépense évaluée à 630 dollars en moyenne. Mais cette estimation va d’un extrême à l’autre : certains profiteront des Fêtes pour dépenser les sommes qu’ils ont économisées en allant moins souvent au restaurant, alors que d’autres tenteront de réduire la facture, citant souvent (42 %) des difficultés financières. Un tiers des Québécois achèteront moins de présents en raison de la réduction du nombre de festivités. Pas besoin de cadeaux quand on ne se voit pas. Encore désolé pour tante Hélène.

L’enthousiasme des Canadiens à casser leur cochon pour les échanges de cadeaux est un revirement de situation qui saura plaire au commerce de détail. Une rare oasis dans une année difficile, marquée par les fermetures de commerces et la chute de confiance des consommateurs. En avril dernier, un mois complet après le début du confinement, l’indice de confiance des consommateurs avait connu le plus grand recul de son histoire. Cette estimation populaire de la performance économique a une forte incidence sur notre enthousiasme quant à la consommation. Au printemps, les Canadiens estimaient que c’était un mauvais moment pour faire un achat majeur comme une maison, une voiture, des électros ou des raisins à prix non réduit. D’ailleurs, l’indice de confiance est toujours 60 % inférieur à son niveau prépandémique. Pas surprenant que le commerce de détail ait vu ses ventes diminuer de quelque 30 %, et ce, bien que les dépenses en ligne aient doublé par rapport à l’an dernier.

Cette guerre entre les achats en ligne et en magasin se joue sur le terrain de la facilité, de la santé et de la sécurité. Autant de critères qui aident les géants du Web et les commerces qui offrent des sites transactionnels. Pour faire face à la demande de livraison de colis, Postes Canada a annoncé vouloir ajouter 4 000 travailleurs saisonniers. Comme les soldes, la période de magasinage en ligne s’étire aussi d’année en année. Elle ne se limite plus à la fenêtre allant du Vendredi fou aux soldes d’après Noël : elle a débuté cette année le 11 novembre, à l’occasion de la fête des Célibataires, et on prévoit qu’elle battra son plein jusqu’au 12 janvier, pour accommoder les gens qui effectueront de nombreux retours de marchandises. Au Québec, 12 % des consommateurs affirment avoir profité de la pandémie pour faire leur premier achat en ligne. Une adaptation rapide et des habitudes qui tendent à s’ancrer. Tante Hélène semble avoir rejoint les quelque 40 % de Canadiens qui étaient déjà membres Amazon Prime en 2019.

Mais n’enterrez pas tout de suite les magasins physiques. La réouverture des enseignes en mai avait donné lieu à d’importantes files d’attente devant les commerces de tout acabit, de l’Apple Store à Ardène. Cet intérêt pour les boutiques physiques se fera sentir en décembre, puisque deux Canadiens sur trois envisagent toujours de choisir leurs cadeaux en magasin pour les Fêtes.

En magasin ou en ligne, les dépenses de Noël sont un fardeau pour de nombreux Canadiens : 59 % des consommateurs font leurs achats à crédit et les deux tiers avouent perdre la maîtrise de leurs dépenses. De plus, à la facture des Fêtes s’ajoutent trop souvent les frais d’intérêts élevés des cartes de crédit. Étant donné que Noël 2020 nous obligera à limiter de façon importante le nombre de rassemblements, c’est sans doute l’occasion de remettre en perspective notre rapport à la consommation et de revoir la pression que nous nous imposons.

Sur cette réflexion, je vous laisse à votre magasinage (responsable), tandis que je vais expliquer à mon fils pourquoi cette année on ne verra pas tante Hélène, alors que ça demeure sécuritaire pour le père Noël de visiter toutes les maisons la même nuit…

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Au printemps, le premier ministre Legault avait annoncé que le lapin de Pâques était un fournisseur de service «essentiel» et était immunisé contre la Covid. Le Père Noël doit faire partie de cette catégorie!

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