Non au boycottage des Jeux

Selon un sondage Ipsos Reid, près de la moitié des Québécois (44 %) sont favorables au boycottage des Jeux olympiques pour protester contre la répression des Tibétains. Les écouter serait une erreur. Refuser de prendre part aux Jeux n’aidera en rien les Tibétains !

Si on veut vraiment influencer les Chinois — et leur gestion du Tibet —, on devrait commencer par mieux les comprendre. Leur pays change si vite.

L’insoutenable pression qu’exerce la nécessité de nourrir 1,3 milliard de personnes laisse peu de place aux considérations de préservation culturelle ou religieuse. La « société harmonieuse » souhaitée par le numéro un chinois Hu Jintao n’intègre pas la différence tibétaine autrement que sous la forme d’un exotisme bon à attirer les touristes (voir « Tibet : À bord du train des colonisateurs »).

La pollution, la déforestation, la limitation des naissances sont des fardeaux que portent déjà des millions de Chinois. En échange, Pékin leur offre la modernité et la consommation. « Pourquoi les Tibétains n’en seraient-ils pas contents ? » demande prosaïquement le pouvoir central. « Pourquoi vandalisent-ils des boutiques ? » Parce qu’ils n’en peuvent plus de voir les Chinois s’enrichir alors qu’ils sont pauvres et que leur culture se meurt ne fait visiblement pas partie des réponses convaincantes aux yeux du pouvoir.

Boycotter les Jeux olympiques de 2008 n’y changera rien. Si la Chine ne veut pas imploser sous la pression des immenses défis auxquels elle a à faire face (voir « Les bombes à retardement »), elle doit poursuivre sa vertigineuse course vers le développement économique. Pour y arriver, elle estime avoir besoin de l’eau, du minerai et de l’espace tibétains. Se priver de ces ressources n’est pas une option recevable pour Pékin. Les Tibétains en exil savent qu’ils doivent plutôt négocier une cohabitation.

Les organismes de défense des droits de la personne n’appellent d’ailleurs pas au boycottage des Jeux. Ils demandent plutôt une reprise des négociations entre les Tibétains en exil et Pékin. Le Canada devrait soutenir ces négociations. Si le Tibet y gagnait des écoles secondaires qui enseignent en tibétain — et non seulement en mandarin —, ce serait un bon pas en avant !

La Chine n’est pas le premier colonisateur à violer les droits de la personne. Pensons à la France à l’époque où elle colonisait l’Indochine. La France n’est plus un empire. La Chine s’apprête à devenir celui du 21e siècle. Et elle découvre déjà les responsabilités que cela lui imposera, elle qui a longtemps souhaité rester à l’écart du reste du monde.

Plus la Chine tisse des liens commerciaux internationaux — de l’Afrique à l’Amérique latine —, plus sa politique étrangère se nuance. Wen Jiabao, le premier ministre chinois, a publiquement demandé à la junte du Myanmar de se démocratiser ! Pékin a aussi cessé récemment de s’opposer au déploiement de forces des Nations unies au Darfour.

Plus la Chine prend de la place dans le grand jeu géostratégique du monde, plus elle est forcée de gérer des différences et de faire des compromis. L’Organisation de coopération de Shanghai, qui, à sa création, en 1996, ne regroupait que quatre républiques d’Asie Centrale, la Chine et la Russie, accueille depuis peu l’Inde, l’Iran, le Pakistan et la Mongolie en tant qu’observateurs. Cette alliance aux contours mal définis, qui s’est livrée à des manœuvres militaires en 2007, rend nerveux les États-Unis. Mais grâce à elle, voici les Chinois partageant des intérêts avec des pays à majorité musulmane ou hindoue ! Un cours intensif de diversité culturelle, qui pourrait un jour aider les minorités en Chine.

Hors du Tibet autonome (à peine un tiers du Tibet historique), dans les provinces voisines où vivent des minorités tibétaines, des organismes œuvrent pour maintenir en vie la culture, la langue et la religion tibétaines. Il faut les encourager. Tout comme il faut profiter de toutes les occasions pour promouvoir l’éducation et l’avancement des Tibétains. Le Tibet d’avant l’occupation n’était pas un paradis. La misère et l’ignorance y régnaient tout autant qu’une grande spiritualité.

Profitons des Jeux pour faire connaître aux Chinois le drame tibétain. La Chine peut réagir aux pressions internationales. Encore faut-il exercer les bonnes. Et pour cela, il importe de mieux comprendre les Chinois. Une bonne raison de lire ce numéro spécial !

 

À LIRE

« En mandarin, les trois idéogrammes qui forment le mot république (gong he guo) veulent dire mise en commun, harmonie et pays. Est-ce la même chose que la res publica, inventée par les Grecs, qui désigne la libre discussion des affaires de la cité sur l’agora, la participation de tous les citoyens aux affaires (res) publiques (publica) ? »

100 mots pour comprendre les Chinois, par Cyrille J.-D. Javary (Albin Michel)

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