Non, une photo ne montre pas la future policière musulmane sans son voile

Une image devenue virale tente de prouver que Sondos Lamrhari, la jeune musulmane qui étudie en techniques policières et qui a récemment fait les manchettes parce qu’elle est « déterminée à garder son voile », s’affiche sur Facebook sans son hidjab. C’est faux.

Photo : iStock

« Quelqu’un peut-il m’expliquer ça ??? Le hidjab dans la police mais sur fb, pas de hidjab », s’interroge un internaute peu averti, par le truchement d’un montage photo qui circule maintenant abondamment sur Facebook.

La publication veut, semble-t-il, s’immiscer dans le débat autour de la future policière musulmane Sondos Lamrhari, qui a révélé au Journal de Montréal qu’elle était bien déterminée à assurer ses futures fonctions en portant son hidjab.

Le cliché montre ainsi une jeune femme d’origine arabe qui a les cheveux détachés — une photo personnelle, selon la publication —, puis, juste en dessous, la une du Journal de Montréal, sur laquelle l’étudiante en techniques policières pose fièrement avec son voile. Il s’agirait, selon le montage, de la même personne.

Mais puisque j’ai deux yeux, j’ai facilement pu constater, comme une grande partie des gens qui ont commenté sous la publication, qu’il ne s’agissait pas de la même femme.

En faisant une simple recherche d’image inversée sur Google, j’ai découvert que la première photo montre en fait la designer montréalaise et dirigeante de Salem Sports, Elham Seyed, mentionnée dans le même article du Journal de Montréal.

Il ne fallait pas chercher bien bien loin.

Pourquoi y croit-on ?

Captures d’écran de commentaires sous la publication Facebook.

Alors, s’il est si évident qu’il ne s’agit pas d’une photo personnelle de Sondos Lamrhari, pourquoi l’image circule-t-elle autant ? Et, surtout, pourquoi de nombreux internautes semblent-ils y croire ?

C’est simple : notre cerveau est influencé par la distorsion cognitive, un mécanisme qui nous encourage à laisser de côté notre sens critique et à croire très rapidement à ce qui vient confirmer nos valeurs, nos opinions. La déviation est pire quand l’objet de notre jugement provoque une forte émotion. La peur, la haine, la colère, par exemple.

Facebook reproduit (et encourage) cette distorsion avec ses algorithmes, qui ne nous montrent presque exclusivement que ce que nos proches partagent et aiment.

Un type de désinformation difficile à retracer

Si la publication est devenue virale — plusieurs centaines de partages, de « j’aime » et de commentaires ont accompagné trois images identiques publiées par des comptes différents —, impossible pourtant de retrouver une seule de ces images…

C’est le danger avec ces fausses informations publiées sous forme de « meme » (images qui se veulent drôles et qui sont créées pour circuler le plus possible) : elles sont reprises un peu partout et on en perd facilement la trace.

Comme l’explique mon collègue Jeff Yates (Inspecteur viral), ces photos publiées directement sur les réseaux sociaux, et non dans des articles, sont « extrêmement difficiles à combattre » et à signaler. On risque de les voir réapparaître dans quelques semaines ou quelques mois, quand la poussière sera retombée. On les appelle les publications « guérilla ».

Si Sondos Lamrhari décidait, par exemple, de porter plainte contre l’auteur de la publication, la tâche s’avérerait probablement impossible, puisque ladite image n’est liée à aucun site Internet, à aucun propriétaire…

Des nouvelles louches, des infos à démentir, des fausses nouvelles ? N’hésitez pas à m’écrire à [email protected]

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4 commentaires
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Elle n’est pas d’origine arabe. Ça aussi c’est une fausse nouvelle. Cela devient de la désinformation et de la propagande. Les parents sont d’origine marocaine. Hors n’en déplaise aux bien-pensants, la majorité des marocains ne sont pas et n’ont jamais été des arabes. La majorité des conquis ont pour se faciliter la vie prit et penser « l’origine » du conquérant comme étant arabe… et adopter la langue du conquérant pour faciliter le commerce dans cette région du monde. À cet effet, est-ce qu’un mexicain parlant espagnol est un espagnol? Est-ce qu’un brésilien parlant portugais est un portugais? Croire que le Roi du Maroc est un descendant direct de Mahomet relève plus du mythe que de la réalité objective. Il ne faut pas confondre la conquête musulmane (par la religion et la langue bureaucratique) du Maghreb avec des hordes d’arabes d’Arabie Saoudite s’y abattant… Même leur Grand Héros Saladin n’était pas un arabe, c’était un kurde. Au niveau mondial, la seule exception connue où le conquérant à pris le nom du peuple conquis est le Canada… Ailleurs, de par le monde à quelques exceptions près, les peuples conquis ont pris le nom (ne serait-ce que par la langue) du conquérant…

La personne que l’auteure désigne d’origine arabe et décrite comme ayant « les cheveux détachés » est Elham Seyed, designer de mode d’origine iranienne. Bien qu’elle aussi ne soit pas arabe, avant de vous exciter, prenez le soin de lire attentivement.

En tant que blanc, tu dois être bien renseigné sur qu’est-ce qui est arabe et ce qui ne l’est pas. Oui le Maroc fait parti du Maghreb et donc est arabe. La policière est arabe et dire le contraire, c’est propager des fausses nouvelles

Quelque soit la photo, cessons la polémique en obligeant les corps policiers à faire respecter l’uniforme. Le foulard n’est pas de l’uniforme. Si elle veut le porter, qu’elle soit policiere de bureau.