Non, l’Alberta ne s’est pas convertie à l’islam

Un article partagé des milliers de fois laisse croire que l’Alberta a adopté la religion musulmane. C’est faux, avance Camille Lopez, qui y voit plutôt un nouvel exemple de tentative de désinformation.

Photo : La Presse canadienne

« Une province anglophone au Canada épouse l’islam et la langue arabe », titre Dreuz Info, un site bien connu pour ses textes souvent trompeurs sur les conséquences de l’immigration en Europe et, plus récemment, au Québec.

Avec un titre comme ça, il n’en fallait pas bien plus pour que certains internautes confirment leur crainte de voir la colonisation du Canada (ou l’invasion, chacun ses goûts) commencée, et partagent l’article en s’insurgeant à grands coups de CAPS LOCK et d’émoticônes fâchées.

Captures d’écran

L’auteur de l’article fait référence à deux nouvelles qu’il a pris soin d’associer pour amplifier la portée du texte. Glissées entre des phrases comme « les islamistes canadiens poursuivent subtilement la promotion de la [charia] », ces nouvelles sont présentées dans une ligne narrative claire et complètement subjective. Ce n’est pas très honnête, disons.

En octobre 2017, on annonçait qu’à la prochaine rentrée scolaire les élèves albertains pourraient suivre des cours d’arabe. Contrairement à ce que laisse croire le ton de l’article, le programme n’est pas imposé ; il se base plutôt sur le nombre d’élèves qui souhaitent y participer. Et ça marche : à Edmonton, nous apprend CBC, ces cours gagnent en popularité avec le temps. Tout ça sur une base volontaire.

Mais voici comment Dreuz a présenté la nouvelle : « Les islamistes qui soutiennent le Hamas et les Frères musulmans ont réussi déjà en 2017 à introduire la langue arabe dans les écoles publiques de cette province anglophone. »

Le danger de ce genre d’article est simple : en glissant des parcelles de vérité (ici, l’ajout de cours d’arabe dans des écoles) entre des préjugés violents et des faussetés, on donne l’impression au lecteur qu’il possède toutes les informations nécessaires pour bien comprendre la nouvelle qu’on lui présente. Alors qu’en réalité, on le prend par la main et on le guide tout droit vers la conclusion qu’on veut qu’il tire. Une objectivité simulée, mais rassurante.

Même chose ici, pour le deuxième sujet dont parle l’article.

Il y a trois semaines, le gouvernement de l’Alberta a désigné octobre comme étant le « Mois de l’héritage islamique ». Une façon, peut-on lire sur le site de l’instance, « de reconnaître et de célébrer les contributions des communautés musulmanes ».

Voici comment Dreuz a présenté la nouvelle : « Pour les musulmans ici, l’islam a un rôle très important à jouer dans la société canadienne. Car […] la religion devrait être imbriquée à la politique et les politiques du gouvernement devraient être influencées par les religieux. Le Mois du patrimoine islamique sera transformé en Alberta en une machine de propagande pour les islamistes qui veulent se cacher derrière l’écran de la diversité culturelle et qui ont réussi à infiltrer de nombreux niveaux de gouvernement provincial en Alberta […]. »

Comme l’auteur du texte, les internautes ont vite blâmé Justin Trudeau et son gouvernement qui « laisse n’importe qui entrer au pays ».

Captures d’écran

Le Mois de l’histoire islamique existe depuis 2007 au Canada. C’était Stephen Harper qui était au pouvoir lorsqu’il a été instauré, et non Justin Trudeau. L’Alberta ne fait qu’emboîter le pas à d’autres provinces qui célèbrent activement ce mois commémoratif. Et la charia n’est toujours pas imposée au pays.

Ben coudonc.

En rafale, quelques autres mois célébrés au Canada : le Mois de l’histoire des Noirs (février), le Mois du patrimoine asiatique (mai), le Mois national de l’héritage autochtone (juin) et le Mois de l’histoire des femmes (qui tombe aussi en octobre).

On a également les mois de la nutrition, de la psychologie, de la sensibilisation à la rosacée, de l’hémochromatose, de l’acné… mais on ne voit personne dénoncer l’invasion imminente des dermatologues. 

Je me demande pourquoi.

Sources :

Des nouvelles louches, des infos à démentir, des fausses nouvelles ? N’hésitez pas à m’écrire à [email protected]

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13 commentaires
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Le titre ne dit pas que l’Alberta s’est convertie à l’islam mais plutot qu' »Une province anglophone au Canada épouse l’Islam et la langue arabe ». Il y a toute une marge entre se convertir à 100% comme vs le soutenez dans votre titre, et épouser l’arabe et l’Islam, i.e. faire entrer l’arabe et l’islam dans la vie des Albertains à des années-lumière de ce monde moyen-oriental.
Les faits que l’article énumère sont tous exacts. On accorde de longues citations au ministre des Services sociaux et communautaires, Irfan Saber, à la ministre du Travail Christina Gray ainsi qu’à la présidente du Conseil des communautés musulmanes d’Edmonton, Nahla Juma pour exposer leur position,
Ensuite, on explique comment les Islamistes profitent de ces ouvertures naives des Canadiens pour y faire avancer leur agenda. Bref, de l’excellent travail de Dreuz.
PS: Est-ce qu’il y a un mois de l’histoire juive au Canada? De l’histoire catholique? De l’histoire bouddhiste? Non on ne mélange pas politique et religion ici.

Mai est le mois du patrimoine juif. Une simple recherche Google aurait pu vous l’apprendre. Je doute fortement que vou ayez vraiment vérifié les faits avancés par cet « article » de Dreuz.

Excellent travail, ce site de propagande haineuse et de prévisions douteuses, dites-vous?! Mettez-vous vite à l’arabe, vous pourrez ainsi espionner l’ennemi.

Quand même ironique que le mois de l’héritage islamique soit en octobre, le même que celui des femmes, quand on sait le traitement que réserve l’islam aux femmes….

L’état québécois, canadien ou albertain ne devrait pas avoir à promulguer de mois de la culture islamique. La neutralité s’impose il va sans dire. Que pensez-vous de Rachel Notley voilée pour souligner la fin du Ramadan.
Hélas, votre publication prend de plus en plus les oripeaux du politiquement correct et de la bien-pensance. Dommage !

L’école n’a pas a enseigner l’arable, même sur une basse volontaire, ce n’est pas sa vocation. Il y a des centres privée pour Ça. Je suppose qu’on n’enseigne même pas le français dans vos écoles.

J’imagine que vous êtes aussi contre les cours d’Espagnol et Chinois dans les écoles? L’Alberta a même des écoles bilingues Chinois-Anglais!! (°〇°)
(En passant, il y a des écoles et des commissions scolaires francophones en Alberta)

@ Julie:
Au Canada, les seuls cours que les commissions scolaires peuvent se permettre d’offrir à leurs programmes sont le français et l’anglais, soit les deux langues officielles du pays. Si des gens veulent apprendre d’autres langues, elles sont libres d’en payer les frais dans des cours offerts sur une base privée en dehors du système scolaire et ne devraient pas, non plus, pouvoir obtenir de réductions d’impôts. Cela relève de la formation personnelle.
Qu’il y ait des commissions scolaires et écoles françaises en Alberta relève de la constitution même de PET qui l’a imposé d’un océan à l’autre; et même sans ça, les deux peuples fondateurs du pays sont les anglais et les français, personne d’autre, à part les autochtones à qui, fort heureusement, on commence à reconnaître les droit de vivre dans leur langue tout en participant à la vie des sociétés dans lesquelles ces nations vivent, soit la française et l’anglaise.

Et si vous nous pondiez une chronique sur le français M.Lopez, comment elle est apprécié, aimé et enseigné cette belle langue canadian pure laine partout au Canada avec photos et gros bec à l’appuie. Vous auriez aussi la chance de nous montrez l’appui indescriptible des canadians de toute origines au francos-ontarien qui subissent les affres d’un digne successeur de Lord Durham lui-même.

Ça nous changeraient de la télé réalité standard canadienne ou des chroniques insipides sur le sujet quand on se donne la peine d’en écrire.

…et si vous appreniez à bien écrire le Français Monsieur Corbeil? Ça serait déjà ça de pris…